mardi , 16 juillet 2019
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Le climat, enjeu « sans précédent » des élections européennes


Première publication :

Sous la pression de la société civile, l’urgence climatique s’est imposée de façon inédite comme un des enjeux du scrutin européen qui se tient jusqu’à dimanche.

Âgée de 16 ans, la Suédoise Greta Thunberg n’a pas l’âge requis pour voter aux élections européennes qui se tiennent du 23 au 26 mai. Mais en lançant le mouvement de grèves scolaires pour le climat, elle a contribué à faire du changement climatique un des enjeux de ce scrutin. La seconde « grève mondiale pour le climat » a eu lieu vendredi 24 mai… en plein scrutin européen.

Invitée à Bruxelles mi-avril, la lycéenne avait estimé que l’électionconstituait un vote « pour les futures conditions de vie de l’humanité »etaverti les représentants de la classe politique européenne que s’ils n’agissaient pas, ils resteraient dans l’histoire comme « les plus grands méchants de tous les temps ».

Comme un écho à la vague de mobilisation de la jeunesse européenne, la nécessité de réagir face au dérèglement climatique fait de plus en plus consensus parmi les partis politiques traditionnels. « On vit un moment extraordinaire », estime Neil Makaroff, responsable des questions européennes au sein du Réseau action climat qui fédère plusieurs dizaines d’associations impliquées dans la lutte contre le changement climatique.« Pour le scrutin de dimanche, tous les partis politiques français, du Rassemblement national à la France insoumise, parlent de climat et d’écologie, c’est sans précédent », relève-t-il… non sans douter de la sincérité de certaines formations sur le sujet.

Faire l’impasse sur le climat s’apparente désormais à une erreur politique : deux millions de Français ont signé la pétition baptisée « L’Affaire du Siècle » permettant aux ONG Oxfam France, Greenpeace, Notre affaire à tous et la Fondation pour la nature et l’homme d’attaquer la France en justice pour « manquements » à son obligation d’action contre le dérèglement climatique. Le 15 mars dernier, lors de la première grève mondiale pour le climat, rien qu’à Paris, entre 30 000 et 40 000 jeunes ont « séché les cours pour sauver la planète ».

Le mandat du prochain Parlement européen sera décisif

Fin 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a averti dans un rapport qu’il restait onze ans pour inverser la tendance.

« Aujourd’hui, le climat est à la mode mais il reste dix ans pour inverser la tendance. Le mandat du prochain Parlement européen doit servir à cela car la bataille sera perdue en 2030″, souligne Neil Makaroff.

De fait, dans toute l’Europe, le climat est devenu un sujet politique incontournable. Fin 2018, l’État néerlandais s’est vu imposer par la justice, après une plainte de l’ONG Urgenda au nom de 900 citoyens, de relever les ambitions du pays en matière de réduction des gaz à effet de serre. En avril dernier, un baromètre publié par le Parlement européen montrait que si l’économie, la croissance, la lutte contre le chômage des jeunes et l’immigration restaient les sujets de préoccupations principaux des Européens, le changement climatique et la protection de l’environnement gagnaient en importance. Mi-mai, la chancelière allemande Angela Merkel, jusque-là frileuse sur la question, s’est prononcée en faveur de la neutralité carbone (c’est-à-dire une économie sans gaz à effet de serre) d’ici 2050. Pour Neil Makaroff, ce changement de cap « est une réponse à la jeunesse allemande qui descend dans la rue tous les vendredis ».

La fronde anticlimat existe en Europe, portée notamment par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) ou, en Pologne, par le parti Droit et justice (PiS). Prodiesel et procharbon, ces formations cherchent à séduire ceux qui pensent que la lutte contre le changement climatique fait grimper les prix de l’énergie, détruit des emplois et nuit à l’industrie. Pourtant, « les études montrent que la transition écologique peut créer deux millions d’emplois en Europe d’ici 2030″, assure Neil Makaroff.

L’échelon européen est-il pertinent pour agir sur le climat ? « Local, national, international… tous les échelons sont importants », estime Neil Makaroff. « Mais au niveau européen, une décision a un impact critique car elle touche 500 millions d’Européens ». Un impact qui peut être positif ou négatif : car si l’UE a joué un rôle pilote dans l’Accord de Paris qui vise à limiter la hausse de la température globale à « bien moins de 2 °C » d’ici 2100, l’Union distribue aussi 112 milliards d’euros par an de subventions aux énergies fossiles.


Retrouvez cet article sur : AFP

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