mardi , 23 juillet 2019
Accueil » Actualité » Le Missouri adopte à son tour une loi très restrictive sur l’avortement

Le Missouri adopte à son tour une loi très restrictive sur l’avortement

Michael B. Thomas via Getty Images

Une affiche soutenant la loi restrictive sur l’avortement placée devant le bureau du gouverneur Mike Parson à Jefferson City, le 17 mai.

AVORTEMENT – L’offensive anti-avortement gagne du terrain aux États-Unis. Le Missouri était en passe d’adopter ce vendredi 17 mai une loi très restrictive sur l’avortement dans le sillage d’autres États conservateurs, qui misent sur une Cour suprême remaniée par Donald Trump pour revenir sur ce droit acquis par les Américaines il y a 46 ans.

Le Parlement du Missouri, un État rural et religieux du centre du pays, a approuvé à une large majorité un texte qui interdit d’avorter après huit semaines de grossesse, même en cas de viol ou d’inceste, au nom d’un droit “sacré” à la vie. La loi prévoit des peines de 5 à 15 ans de prison pour les médecins qui pratiqueront des interruptions volontaires de grossesse (IVG) après cette échéance, mais pas pour les femmes.

Le texte doit encore être promulgué par le gouverneur républicain Mike Parson, un farouche opposant au droit à l’avortement qui se félicitait récemment sur Twitter d’avoir réduit de 20.000 à 3000 le nombre d’IVG réalisées chaque année dans son État.

“Grâce à des décennies de gouvernance conservatrice et pro-vie, le Missouri a récemment atteint le taux d’avortements le plus bas DE TOUS LES TEMPS. Nous sommes passés d’un nombre maximum de plus de 20.000 avortements dans notre État à moins de 3000 aujourd’hui. Nous avons encore beaucoup de travail!”

L’avortement limité dans plus de la moitié des États

La loi devrait rapidement être invalidée par les tribunaux, car elle est en contradiction avec l’arrêt emblématique de la Cour suprême, Roe V. Wade, qui a légalisé en 1973 le droit à l’avortement. Mais le but du Missouri est d’intenter plusieurs recours, jusqu’à faire appel à la haute cour pour la convaincre de revenir sur cette décision. 

Dans la même logique, l’Alabama (sud) vient d’interdire tous les avortements sauf en cas de danger mortel pour la mère, avec des peines pouvant aller jusqu’à 99 ans de prison pour les médecins. Malgré les menaces de boycott d’Hollywood, la Géorgie, où ont lieu de nombreux tournages, avait auparavant banni les IVG dès que les battements de coeur du foetus peuvent être détectés, soit vers la sixième semaine de grossesse, un stade où la plupart des femmes ignorent encore être enceinte. 

Depuis le début de l’année, des lois similaires ont été adoptées dans l’Ohio, le Kentucky ou encore le Mississippi.

“Ce torrent de lois extrêmes va probablement continuer”, a prédit l’Institut Guttmacher, qui milite pour l’accès à la santé reproductive. Selon lui, plus de la moitié des États américains ont mis en place depuis le 1er janvier des règles limitant l’accès à l’avortement.

Pénaliser les femmes pauvres

“Les États conservateurs sont galvanisés par le président Trump et les changements à la Cour suprême, qui est beaucoup plus sympathique” à leur cause, relève Lawrence Gostin, professeur de Droit à l’université de Georgetown. Pendant la campagne présidentielle de 2016, le milliardaire républicain avait conquis la droite religieuse en promettant de nommer à tous les niveaux des juges opposés à l’avortement.

Depuis son élection, il a fait entrer deux nouveaux magistrats conservateurs à la Cour suprême, Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh, ce qui place les progressistes en minorité (quatre sur neuf). Le chef de la Cour suprême, John Roberts, qui joue un rôle pivot, est toutefois attaché à préserver “la légitimité de la Cour” et veut éviter qu’elle “ait l’air partisane”, estime le professeur Gostin.

Pour lui, il est peu probable que les juges de la Cour Suprême renversent purement et simplement l’arrêt Roe V. Wade. “Mais ils vont essayer de rendre l’avortement plus inaccessible” ce qui in fine, dit-il, risque de pénaliser surtout les femmes pauvres, dans les zones rurales.

Les démocrates quasi-unanimes

Selon un sondage du Centre de recherches Pew datant de 2018, 58% des Américains estiment que l’avortement devrait être légal, et 37% souhaitent son interdiction. Et les différences d’opinion suivent en grande partie les lignes partisanes.

Les candidats démocrates à la Maison Blanche ont d’ailleurs dénoncé d’une voix quasi unanime l’offensive anti-avortement en cours. “On va se battre pour protéger les droits des femmes et on va gagner”, a ainsi promis la sénatrice Elizabeth Warren.

 

“Les femmes ne devraient pas affronter ce combat toutes seules”, a affirmé le sénateur Cory Booker. “En tant qu’hommes, c’est notre responsabilité d’écouter, parler et agir”.


Première apparition

A lire aussi: