samedi , 20 avril 2019
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Le projet de loi énergie-climat nous prend pour des imbéciles


Le projet de loi énergie-climat devrait changer d’intitulé pour être dénommé loi de régression énergétique. En effet, ce texte au demeurant très court n’est destiné qu’à valider plusieurs reculades majeures du gouvernement sur nos objectifs climatiques, reculades au demeurant probablement incompatibles avec nos engagements communautaires.

À titre préliminaire, on soulignera le caractère paradoxal de ce projet de loi qui intervient alors même que la ville de Grande-Synthe et les associations regroupées autour de « l’Affaire du siècle » poursuivent l’État pour une inaction climatique. La démonstration de cette inaction -on pourrait même parler d’action contre-productive- est parfaitement illustrée par ce texte qui prend nos concitoyens pour des imbéciles.

En effet, le gouvernement ayant décidé, en dépit de toute rationalité économique, financière et industrielle, de renforcer la part du nucléaire dans le mix énergétique (alors que celle-ci n’a jamais été aussi faible puisqu’elle est passée de 77 à 68% entre 2005 et 2017), toute la logique de la politique énergétique s’en trouve inversée. La place des énergies renouvelables, malgré les envolées lyriques, reste congrue et la meilleure preuve en est que les investissements R&D sont d’un facteur 1 à 100 entre le renouvelable et le nucléaire (ce qui montre le mensonge flagrant dans les déclarations étatiques sur la volonté de pousser les énergies renouvelables). Et l’accent ne doit surtout pas être mis sur la réduction de la consommation énergétique; en effet, il faut vendre l’électricité nucléaire. D’où la substitution à la règle du facteur 4 –c’est-à-dire de la réduction par quatre de nos émissions de gaz à effet de serre pour 2050- pourtant fixée dans le droit communautaire, d’une règle de neutralité carbone qui n’a aucune valeur juridique et surtout aucune réalité technologique. Il s’agit en effet de prétendre compenser les émissions de gaz à effet de serre -qui donc théoriquement peuvent continuer à croître- par l’absorption de ces mêmes gaz. Cette prétention est à la fois stupide et tragique. Elle est stupide dans la mesure où malheureusement les puits de carbone que constituent la forêt et les océans jouent de moins en moins leur rôle et que nous ne disposons pas de technologies permettant aujourd’hui de stocker de manière définitive et sûre le carbone. C’est donc un pari lancé par les mêmes ingénieurs, disciples du Docteur Folamour, qui il y a 50 ans affirmait pouvoir régler la question des déchets nucléaires. C’est tragique dans la mesure où la France fait un choix suicidaire, à l’opposé de celui des autres pays tout en prétendant vouloir servir d’exemple. C’est pathétique!

Ce choix majeur étant fait, il ne reste plus qu’à en tirer les conséquences qui sont celles de la régression.

Cette régression est tout d’abord de reculer la réduction de la part du nucléaire à 50% en 2025 à une date ultérieure -ce qui aurait été parfaitement atteignable puisque nous sommes à 68% et que donc plus d’1/3 du chemin entre 75 et 50 a déjà été fait sans fermeture d’aucun réacteur. Au passage, la loi valide la durée de vie à 50 ans de nos réacteurs, ce qui, quand on sait l’état plus que préoccupant de nos vieux réacteurs -reconnu au passage par l’ASN- consiste à faire prendre, en toute connaissance de cause, un risque vital à nombre de nos concitoyens.

Ensuite, la régression concerne la diminution de nos ambitions en termes de consommation d’énergie finale par rapport à 2012 (fixé par la conférence environnementale de 2013) puisque l’objectif intermédiaire de 20% en 2030 est ramené à 17%, rendant impossible l’atteinte de l’objectif de 50% en 2050, ce dont nos gouvernants actuels se moquent éperdument puisqu’ils ne seront plus là à cette époque. Quant à la réduction de la consommation d’énergie fossile, elle reste bien théorique puisque si quatre centrales à charbon doivent être fermées, le gouvernement ne cesse de délivrer des permis d’exploration pétrolière à Total, renforçant ainsi à terme la production de pétrole et par voie de conséquence l’augmentation de la consommation d’énergie fossile.

De toute façon, les émissions de gaz à effet de serre sont revues à la hausse puisque l’objectif de plafond de 254 millions de tonnes CO2 initialement prévu pour 2023 est remonté à 277 millions tonnes dans le projet PPE, accessoire de la loi climat énergie.

En définitive, c’est donc bien une régression qui est envisagée et non pas du tout le projet ambitieux présenté par Monsieur de Rugy. Espérons que les organismes concernés, à savoir le CESE et le Conseil d’État auront le courage de rappeler au gouvernement ses engagements et ses devoirs, les uns et les autres étant manifestement ignorés par le projet. En effet, ce texte devra être confronté aux différents textes communautaires qui viennent d’être adoptés (directives du 11 décembre 2018 relative aux énergies renouvelables d’une part et l’efficacité énergétique d’autre part, le règlement sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action pour le climat du 11 décembre 2018). Or, la prémisse de départ c’est-à-dire l’oubli du facteur 4 n’est pas compatible avec les orientations communautaires. En effet, limiter à 2° la température impose et de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre et de trouver de surcroît des solutions de compensation pour les émissions qui resteront. Le projet français est un très mauvais signal, venant d’un pays qui prétend à l’exemplarité climatique, pour tout le reste du monde. C’est un très mauvais coup porté à tous les jeunes qui s’emparent aujourd’hui de la question climatique.

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