vendredi , 23 août 2019
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Le remaniement et la liste LREM sont décevants pour l’Europe

Par une accélération du calendrier, Nathalie Loiseau, ancienne ministre des affaires européennes, vient d’être désignée cheffe de file de la République en marche pour les élections européennes du 26 mai prochain.  

Dès hier soir, le remaniement avait lieu et le ministère délégué aux affaires européennes était rabaissé au rang de simple secrétariat d’État. Est-ce un hasard ou une fatalité qui voudrait que l’Europe n’a jamais eu la place qui devait lui revenir au sein d’un gouvernement? 

Quelle place pour l’Europe dans le gouvernement? 

Certes, l’Europe relève de la compétence exclusive du chef de l’Etat, en particulier la cellule Europe de la présidence de la République. D’ailleurs, en faisant de l’Europe un simple secrétariat d’État, c’est aussi une façon de dire que tout se gère à l’Elysée et que la nouvelle secrétaire d’Etat ne sera au final qu’une porte-parole de l’action du chef de l’Etat. Ainsi, alors que l’on parlait de Clément Beaune comme futur ministre des affaires européennes, le conseiller Europe du chef de l’Etat reste à l’Elysée. Le Président montre par là que c’est bien sûr avec lui qu’il continuera à gérer les dossiers européens majeurs.

La constitution de la liste pour les élections européennes de la République en marche a aussi reçu un accueil plus que mitigé. Il ne s’agit pas de remettre en cause les qualités de Mme Loiseau. Mais la tête de liste devra faire un effort quand les Français et les Françaises pensent que l’Europe ne doit pas se réduire à un langage technocratique insipide. Pour illustrer l’Europe, il faut aussi parler avec son cœur, savoir démonter les arguments des adversaires de l’Europe avec fougue tout en ne stigmatisant pas nécessairement l’adversaire. L’exercice est difficile. 

Une liste réduite au cercle des proches 

Il reste aussi à la liste du parti présidentiel à montrer qu’elle est capable de construire un projet et de susciter un élan. Beaucoup de membres de la société civile ont été déçus de la manière dont les trente premiers noms de cette liste ont été choisis. Tandis que plus de 2700 candidatures de la société civile ont été reçues au siège du parti présidé par Stanislas Guérini, on aurait pu croire à un réel renouvellement de la façon de sélectionner les candidats. Las! Il n’en a rien été. 

Cette liste a tout de l’ancien monde. Au lieu de faire une large ouverture à la société civile qui y a cru, on a d’abord placé les proches du Président, puis un membre du cabinet du premier ministre très contesté surtout dans ses propres rangs. On a aussi privilégié les proches d’Alain Juppé nommé récemment au Conseil constitutionnel, enfin les proches de François Bayrou dont la directrice de la communication de la mairie de Pau. Si la République en marche fait valoir qu’elle a trouvé des candidats de la société civile, ces derniers n’en sont pas en réalité puisque les quelques personnes retenues sont en réalité d’anciens élus, ou des proches de la République en marche ou du Modem, ou même des membres d’institutions de la République. Ces personnes sont en réalité les faux-nez de la société civile. 

Quelle marge de manœuvre pour la France après les élections?

Quoi qu’il en soit, il appartiendra à cette liste d’essayer de convaincre les électeurs et les électrices que la France et Emmanuel Macron ont encore le poids nécessaire pour embarquer l’Union européenne dans un vrai projet politique. 

Emmanuel Macron avait jadis parlé de “refondation” de l’Europe, terme d’ailleurs déjà en vigueur avec François Hollande. Hélas, depuis les discours lyriques et philosophiques mais dépourvus de toute portée pratique de la Sorbonne et d’Athènes, la France n’a pas été en capacité de faire bouger fondamentalement les lignes. 

Si l’Europe de la défense a avancé, l’action d’Emmanuel Macron s’est inscrite dans la lignée de celle de François Hollande en partenariat avec la commission européenne. Si la directive sur le travail détaché a été révisée, elle ne l’a été que partiellement en laissant le volet “transporteurs routiers” de côté. En réalité, la notion de l’Europe qui protège s’est heurtée aux dures réalités de la construction européenne qui nécessite dialogue et concertation. 

La perte d’influence d’Angela Merkel et d’Emmanuel Macron 

La chute de la force d’attractivité de la coopération franco-allemande en raison notamment de la perte d’influence d’Angela Merkel a été d’autant plus marquante. Par ailleurs, les Allemands ne pardonnent pas à la France d’avoir cédé aux gilets jaunes et d’avoir ainsi perdu toute crédibilité s’agissant des réformes structurelles à faire. 

Enfin, les récentes propositions d’Emmanuel Macron contenues dans un article diffusé dans toute la presse européenne a fait long feu. Quelques jours après, la nouvelle cheffe de la CDU Anegret Kramp-Karrenbaueur démolissait littéralement les propositions d’Emmanuel Macron qui ne semble pas avoir compris que la France d’aujourd’hui n’est plus celle du général de Gaulle ni même de François Mitterrand. 

Le Brexit, la montée des populismes, compliquent d’autant la tâche et s’il faut être ferme sur les principes et les valeurs de l’Europe, il est fini le temps où la France pouvait donner des leçons à tout le monde. Il faut agir de façon différente, changer de méthode et se remettre en cause si l’on veut avoir une chance de regagner notre influence en Europe.

 


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