mardi , 16 juillet 2019
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Le triclosan peut altérer l’efficacité d’un traitement antibiotique

Le triclosan est un ingrédient ajouté à de nombreux produits de consommation destinés à réduire ou à prévenir la contamination bactérienne. Des chercheurs s’inquiètent du fait que son omniprésence semble augmenter le nombre de mauvaises bactéries pendant une infection et les rendre moins sensibles à l’action des antibiotiques.


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Il entre dans la composition de cosmétiques et produits de soins (savons, déodorants ou dentifrices), de médicaments, d’articles en textile et en plastique. Outre sa possible capacité cancérigène, le triclosan est suspecté d’agir comme un perturbateur endocrinien, soit une substance qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes à l’organisme. À cela s’ajoute son rôle probable dans la résistance aux antibiotiques et une nouvelle étude vient confirmer ce risque. Menée par des chercheurs de l’Université Washington à St. Louis celle-ci révèle que ce produit chimique censé tuer les bactéries les rend en réalité plus fortes et plus résistantes à un traitement antibiotique.

Plus précisément, l’exposition chronique au triclosan pourrait rendre certaines mauvaises bactéries capables de tolérer des concentrations normalement mortelles d’antibiotiques, notamment ceux utilisés pour traiter les infections des voies urinaires. « Afin de tuer efficacement les cellules bactériennes, le triclosan est ajouté à des concentrations élevées dans les produits. », explique le Pr Petra Levin, qui a participé à l’étude. « Mais il reste longtemps dans le corps et dans l’environnement. » Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux antibiotiques « bactéricides » qui détruisent les germes et sont généralement prescrits pour traiter les infections bactériennes.

Les antibiotiques ne peuvent pas faire leur travail avec le triclosan

Ils ont traité des bactéries avec ces derniers et surveillé leur capacité à survivre dans le temps. Dans un groupe, les bactéries ont été exposées au triclosan avant l’administration de l’antibiotique et dans l’autre groupe, aucune intervention n’a eu lieu. « Le triclosan a considérablement augmenté le nombre de bactéries survivantes. Normalement, une cellule sur un million survit aux antibiotiques, et un système immunitaire en bon état peut la contrôler. Mais le triclosan a modifié ce nombre de cellules. Au lieu d’une bactérie survivante sur un million, un organisme sur dix survit après vingt heures. Dans ce cas, le système immunitaire est dépassé. », ajoute le Pr Petra Levin dans un communiqué.

Sans compter que la propriété protectrice du triclosan ne s’est pas limitée à une seule famille d’antibiotiques : plusieurs antibiotiques considérés comme uniques dans leur manière de tuer les bactéries étaient moins efficaces pour tuer celles exposées au triclosan, à l’instar de la ciprofloxacine un antibiotique de la famille des fluoroquinolones. Or, les infections urinaires surviennent lorsque des bactéries, principalement de type E. coli, pénètrent et infectent les voies urinaires et des antibiotiques tels que la ciprofloxacine sont très utilisés pour en venir à bout. Les chercheurs craignaient donc que la présence de triclosan dans le corps puisse nuire au traitement des infections urinaires.

« Nous avons trouvé 100 fois plus de bactéries »

Pour répondre à cette question, ils ont testé chez la souris l’impact de la présence de triclosan dans leur organisme lors du traitement d’une infection urinaire. Toutes les souris malades ont reçu de la ciprofloxacine mais seules certaines d’entre elles ont bu de l’eau enrichie en triclosan. Après le traitement antibiotique, les souris exposées au produit chimique avaient toujours un grand nombre de bactéries dans leur urine et dans leur vessie. «  La différence de charge bactérienne entre les souris qui ont bu de l’eau enrichie en triclosan et celles qui n’en ont pas consommé était frappante : nous avons trouvé 100 fois plus de bactéries dans l’urine des souris du premier groupe. », ajoutent les chercheurs.

Pour l’équipe scientifique, cette étude doit servir d’avertissement et aider à repenser l’importance des antibactériens dans les produits de consommation. » Mais d’autres études cliniques sont nécessaires pour prouver définitivement que le triclosan interfère avec les traitements antibiotiques chez l’Homme. Ces conclusions interviennent plus de deux ans après l’appel officiel d’une centaine de scientifiques issus de 29 pays pour que les fabricants suppriment totalement le triclosan de leurs produits et trouvent des substituts sans risque. A noter que dans l’Union européenne son usage en tant que conservateur ne doit pas dépasser 0,3 % pour les dentifrices, savons et gels-douche et 0,2% pour les bains de bouche.

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