vendredi , 23 août 2019
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Le trublion Boris Johnson prend la succession de Theresa May


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Boris Johnson a été élu, mardi, à la tête du Parti conservateur pour succéder à Theresa May et sort vainqueur de la course à Downing Street. L’eurosceptique ex-maire de Londres atteint ainsi la plus haute marche du pouvoir au Royaume-Uni.

Boris Johnson est sur le seuil d’entrée du 10 Downing Street. « BoJo », comme il est surnommé, a très largement remporté la course pour devenir le prochain Premier ministre britannique face au ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, selon des résultats annoncés, mardi 23 juillet par le Parti conservateur.

L’ex-maire de Londres et ex-chef de la diplomatie britannique a obtenu 92 153 des voix des quelque 159 000 votes des membres du parti qui étaient appelés à les départager, contre 46 656 voix pour Jeremy Hunt. Il devient donc chef des Tories et obtiendra les clés de Downing Street, mercredi après-midi, après une visite à la reine Elizabeth II.

L’ancien maire de Londres a réussi à rallier les membres de son parti en leur promettant de faire enfin sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne, la cheffe du gouvernement sortante ayant échoué à concrétiser le résultat du référendum de juin 2016.

Mais ses détracteurs craignent qu’il peine à maîtriser les subtilités du Brexit, soulignant que dans ses postes précédents, il n’a pas brillé par son sens du détail.

Mister bourde

Né en 1964 à New York, ce fils d’un eurodéputé britannique et d’une mère artiste, a commencé sa carrière en tant que journaliste. Sa première expérience se révèle être un fiasco. Alors qu’il débute au Times, il invente une citation d’un professeur d’université et se fait licencier dans la foulée. De 1989 à 1994, il devient le correspondant pour l’Europe du Daily Telegraph à Bruxelles. Il se fait rapidement connaître du grand public pour ses papiers grinçants sur les travers des institutions européennes. Comme le raconte le correspondant de Libération, Jean Quatremer, qui l’a côtoyé à l’époque, « c’est lui qui a inventé un genre journalistique, les ‘euromyths’ que l’on appellerait aujourd’hui ‘fake news’ ».

« Il n’a pas hésité, avec l’approbation de sa rédaction en chef, à travestir la réalité, voire à inventer de toutes pièces des histoires, afin de donner de l’Europe l’image d’un monstre bureaucratique prenant des décisions les plus absurdes », décrit son confrère français.

Courbure des bananes, taille des saucisses, standardisation des cercueils ou interdiction des cocktails de crevettes, Boris Johnson n’hésite pas à forcer le trait et s’attire la sympathie des milieux conservateurs. À la fin des années 90, il se lance ensuite en politique, mais n’arrive pas à se faire élire député. Ce n’est qu’en 2001 qu’il obtient enfin une circonscription dans l’Oxfordshire.

De coûteux fiascos

Sept ans plus tard, il accède au poste de maire de Londres et devient une figure connue en dehors des frontières du Royaume-Uni, notamment en raison de ses nombreuses bourdes et de sa communication décomplexé.  Si Boris Johnson est fier de son bilan à Londres, citant le faible taux de criminalité et les investissements dans les transports et le logement – surtout des tours de luxe –, ses opposants l’accusent d’avoir soutenu de grands projets qui se sont révélés être de coûteux fiascos.

En 2014, il promet de construire  un pont-jardin sur la Tamise de 366 mètres recouverts d’arbres et de fleurs. Mais le dossier de financement, mal ficelé, fait tout capoter. Présenté de prime abord comme un « cadeau » aux Londoniens, grâce à l’apport de fonds privés, le projet aura finalement coûté des dizaines de millions de livres aux contribuables britanniques. Toujours en tant que maire, il s’illustre en achetant à l’Allemagne trois canons à eau d’occasion pour équiper la police britannique, pour plus de 300 000 livres. Jamais utilisés, ils ont été revendus pour un montant trente fois inférieur.

Une arithmétique hasardeuse

Lors du référendum sur le Brexit, il devient un acteur majeur de la victoire des anti-européens. Peu de temps auparavant, Boris Johnson avait pourtant signé une profession de foi glorifiant  l’ »aubaine » que serait un vote en faveur du maintien dans l’Union et annonçait un « choc économique » en cas de Brexit.

Lors de la campagne, il n’hésite pas à affirmer que le Royaume-Uni envoie « 350 millions de livres à l’UE chaque semaine ». Reste que selon les chiffres de la Commission européenne, la facture du Royaume-Uni s’est élevée en moyenne à 135 millions de livres par semaine, entre 2010 et 2014 : 2,5 fois moins que les 350 millions vantés par « BoJo ». Cette arithmétique hasardeuse a valu à Boris Johnson des poursuites pour mensonge. La Haute Cour de Londres a fini par les rejeter, donnant raison à la défense qui avait dénoncé des accusations « politiquement motivées ».

Après la victoire de son camp, il est nommé à la surprise générale ministère des Affaires étrangères du gouvernement  de Theresa May. Là encore, ses prises de positions et ses nouvelles gaffes suscitent des tollés un peu partout dans le monde. En visite en Nouvelle-Zélande, il compare le salut maori à un coup de boule. Lors d’un déplacement en Inde, il fait la promotion du whisky alors que l’alcool est interdit dans la communauté sikh.

Le chef de la diplomatie britannique égratigne aussi les dirigeants du monde en comparant François Hollande à un kapo d’un camp nazi ou Hillary Clinton à une infirmière sadique. Cet arrière-petit-fils d’un ministre intérieur ottoman, Ali Kemal, a même reçu le premier prix « d’un concours de poèmes insultants » envers le président turc Recep Tayyip Erdogan.

En juillet 2018, en désaccord avec la conduite d’un Brexit modéré, il finit par claquer la porte du gouvernement. Il promet aujourd’hui de quitter l’UE avec ou sans accord le 31 octobre. Mais comme il l’a montré depuis le début de sa carrière, Boris Johnson est imprévisible. Pour Jean Quatremer, rien n’est encore écrit : « On considère à Bruxelles qu’il est capable de tout, même de renoncer au Brexit s’il y voit son intérêt personnel. Après tout, ne s’y est-il pas longtemps opposé avant de prendre la tête de la campagne du leave, n’hésitant pas à mentir, et à l’admettre, ou à insulter ses partenaires européens avant de faire marche arrière ? ».




Retrouvez cet article sur : AFP

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