lundi , 17 juin 2019
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Les élections européennes 2019 peinent à mobiliser les foules

POLITIQUE – Même pas deux millions de téléspectateurs pour un débat en prime time sur France2, des salles qui peinent à se remplir, la concurrence d’un grand débat qui n’en finit pas… A six semaines du scrutin et alors que la campagne bat son plein, les élections européennes peinent toujours à passionner les foules, laissant craindre un nouveau pic d’abstention dans les urnes le 26 mai.

Le phénomène n’est pas inédit: le rendez-vous des européennes est traditionnellement le plus boudé par les électeurs, avec un triste record à battre: celui de 2009 où plus de 59% des inscrits avaient décidé de ne pas se déplacer dans les isoloirs.

Mais cette année, le risque de démobilisation est accentué par la concurrence d’une actualité brûlante, depuis la crise des gilets jaunes jusqu’au feuilleton du grand débat en passant par le psychodrame européen du Brexit.

Les Français ne sont pas “rentrés” en campagne

Conséquence: certains partis peinent à mobiliser leurs militants sur le terrain. EELV, qui organisait son premier grand meeting de campagne ce mercredi près de Lyon, n’a attiré que 700 soutiens pour venir écouter sa tête de liste Yannick Jadot. Une déception qui ne traumatise pas non plus les écologistes. “Au-delà de rassembler la famille, l’objectif d’un meeting, c’est d’être diffusé sur les chaînes d’info. Or là, elles nous ont dit que c’était trop tôt. Ça veut tout dire”, explique au 4Suisse un membre de l’équipe de campagne, convaincu que les Français ne sont pas encore “rentrés” dans cette campagne européenne.

Même l’effet curiosité ne suffit pas à remplir une salle, encore moins un stade. Pour son premier meeting il y a une semaine à Toulouse, une des plus importantes fédérations socialistes, le chef de file de Place Publique allié au PS, Raphaël Glucksmann, n’a rassemblé que 500 personnes réunies au stade Ernest-Wallon, l’enceinte où joue le Stade toulousain. Une audience famélique que relativise Sébastien Vincini, patron de la fédé socialiste de Haute-Garonne: “On avait 5 jours pour monter le meeting. On avait mis 350 chaises, on en ajoutées 150 et il y a avait du monde debout. On a encore pas mal de force vive en Haute-Garonne. Après, ce n’est pas la présidentielle, on va pas refaire le Bourget”.

L’épée de Damoclès de l’abstention

Tous les partis ne sont pourtant pas logés à la même enseigne. Pour son premier rassemblement inaugural, l’ex-ministre LREM Nathalie Loiseau a fédéré 3000 personnes près de Paris. “3000 à Paris, ce n’est pas la folie non plus, nuance un concurrent. Il faut juger avec des villes comparables.”

La France insoumise, elle, est parvenue à rassembler presque 1000 personnes à Amiens, en s’appuyant sur deux guest-stars François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon. Une quarantaine de places n’ont toutefois pas trouvé preneur.

“A la base, on était parti sur 400 personnes. C’est toujours très compliqué de mobiliser les gens pour les élections européennes”, reconnait Bastien Lachaud, directeur de campagne de la FI. Pour autant, “l’affluence dans les réunions publiques fait partie de nos bons indicateurs”. Anticipant le risque de l’abstention, le mouvement piloté par Manon Aubry pour les européennes a fait le choix de multiplier les réunions publiques dans des villes moyennes où la concurrence politique est moindre. “Qui, à part nous, peut revendiquer 800 personnes à Nîmes? 700 personnes à Saint-Brieuc?”, se félicite Bastien Lachaud.

Malgré cela, tout le monde redoute un record d’abstention, susceptible de rebattre les cartes à tout moment. Pour l’heure, “nos électeurs ont surtout prévu de rester chez eux”, reconnaissait la semaine dernière Manon Aubry qui, du haut de ses 29 ans et d’une notoriété encore à construire, mène sa première bataille électorale.

Théoriquement, le passage à un scrutin national, avec une seule liste par parti, aurait dû simplifier la compréhension de l’enjeu électoral. Mais le désintérêt pour la chose européenne, doublé d’un nombre important de primo-candidats, peine à imposer le débat d’idées auquel aspirent les candidats en lice.

15 jours de campagne-éclair

Faute de moyens ou par crainte du fiasco, certains partis n’ont toujours pas organisé de grands meetings et misent avant tout sur les médias pour faire campagne et accroître leur notoriété. D’où le combat mené par certains “petits” candidats pour participer à ces grandes confrontations cathodiques. Parfois jusque devant les tribunaux. “Même lorsqu’ils sont inaudibles, les débats sont utiles. Cela permet de lever des contradictions, et de rebooster le moral des troupes”, explique Bastien Lachaud.

Est-ce pour autant pire qu’en 2014? “Je me souviens qu’en 2014, ça avait été difficile de mobiliser déjà, se remémore Sébastien Vincini. Notre dernier meeting avait été un four malgré la présence de nombreux ministres comme Laurent Fabius ou Ségolène Royal”. Même constat chez EELV: “En 2014 on n’a pas fait de grands meetings du tout. On n’était même pas diffusé à la télé.”

Quoi qu’il arrive, chacun est convaincu que la partie se jouera dans les 15 derniers jours. “En 2009, un mois avant le vote, les sondages donnaient les écologistes à 8%. On a fini à 16%. Toutes les études montrent que le vote pour les européennes, et particulièrement celui des écologistes, se cristallise au dernier moment”, note un membre de l’équipe de Yannick Jadot. D’où le choix du 22 mai, à quatre jours du scrutin, pour l’organisation de son grand meeting final à Paris. 

En attendant, comme le rappelle ce député, “une campagne électorale, c’est de la répétition”. Il faut marteler les messages jusqu’à ce que les électeurs soient prêts à les entendre. 


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