jeudi , 22 août 2019
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«Les enfants ne sont pas des petits adultes»

        

L’enfant est-il un patient «à part» ou sa santé peut-elle être appréhendée comme celle d’un adulte?

Pre Klara Posfay-Barbe  L’enfant est un individu qui fait bien sûr partie de la même société que les adultes, et qui y a une place très importante. Au niveau médical, on les considère cependant encore beaucoup comme des «petits adultes». Mais ce n’est pas le cas, ni dans les types de maladies, ni dans les traitements qui les concernent. Il est important d’avoir une approche globale de l’enfant, puisque c’est un être en croissance: il est vrai que ses os grandissent, mais pas seulement. Son cerveau et ses organes se développent également, de même que ses capacités intellectuelles, sociales, émotionnelles. Un incident de parcours, comme une maladie ou une prématurité, peut parfois avoir un impact sur son développement. Nous avons, dans cette optique, beaucoup d’interactions avec le Centre de développement de l’enfant des HUG, qui a récemment ouvert ses portes. Un pédiatre doit se préoccuper de l’enfant dans son ensemble et pas seulement de traitements ponctuels pour répondre à des symptômes. Il doit ainsi évaluer les conséquences qu’une maladie peut avoir sur sa vie quotidienne, sur sa capacité à aller à l’école, à s’adonner à des activités sportives ou musicales, etc.

Les enjeux autour de la santé de l’enfant ont-ils évolué ces dernières années?

Il y a une prise de conscience de la complexité des maladies de l’enfant. On se rend compte qu’il y a des maladies dites «orphelines» qui nécessitent, parfois, un suivi global complexe à l’âge adulte également. Par ailleurs, certaines maladies de l’adulte se manifestent dès le jeune âge. Les interactions entre pédiatrie et médecine de l’adulte se sont donc renforcées. L’un des grands enjeux actuels est la thérapeutique, car il y a encore très peu d’études sur les médicaments destinés aux enfants, même lorsqu’il s’agit de médicaments courants comme les antibiotiques ou le paracétamol. On fait encore souvent une extrapolation des doses ou des effets secondaires rencontrés chez l’adulte, alors que ce n’est pas toujours pertinent. Il y a certes davantage de recherches qu’avant en pédiatrie, mais les besoins sont encore grands.

Quels sont les enjeux éthiques de la pédiatrie clinique?

L’un des enjeux de la recherche clinique en pédiatrie est qu’il est plus difficile de convaincre les parents d’intégrer des enfants dans des protocoles de recherche. Il est souvent plus facile d’associer les familles à des études cliniques lorsqu’il s’agit de maladies graves: plus la maladie l’est, plus on est prêt à tenter de nouvelles thérapies pour sauver l’enfant. A l’avenir, la médecine personnalisée, entre génétique et environnement, nous aidera sûrement beaucoup à affiner les traitements chez l’enfant. Les développements technologiques pourraient aussi simplifier le diagnostic. Une goutte de sang – au lieu d’un tube – pourrait, par exemple, suffire à identifier une bactérie. L’éthique, quant à elle, pose de nombreuses questions sur le droit et le consentement. Par exemple, à partir de quel âge un enfant peut-il participer aux décisions thérapeutiques ou à celle de prendre part à un projet de recherche? Ou encore, quelle doit être la place accordée aux parents en tant que partenaires des soins de l’enfant?

Quels sont les domaines qui restent aujourd’hui à explorer?

La prévention est un aspect primordial. Des enfants en bonne santé auront plus de chances de devenir des adultes en bonne santé. Cela peut concerner, entre autres, leur hygiène de vie, leur alimentation, la vaccination et, pourquoi pas, leur rapport aux écrans.

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