jeudi , 23 mai 2019
Accueil » Actualité » Les étapes de la discorde entre Rome et Paris

Les étapes de la discorde entre Rome et Paris


Les relations entre Paris et Rome connaissent une spectaculaire dégradation depuis la constitution d’un gouvernement italien atypique formé de l’alliance de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (antisystème). Les échanges entre les deux sœurs latines se ternissent, ponctués par des attaques cinglantes entre Matteo Salvini, Luigi Di Maio et Emmanuel Macron. Retour sur les différentes étapes d’un long divorce.

  • Défiance envers le gouvernement populiste italien

« Vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de les voir réapparaître ». En juin 2018, après la constitution du nouveau gouvernement italien, Emmanuel Macron a livré une charge contre « le nationalisme qui renaît ». Une attaque qui n’a pas échappé au ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini.

« Les insultes des gros bavards Macron et (l’écrivain Roberto) Saviano ne me touchent pas, elles me rendent plus fort. Alors qu’ils parlent, aujourd’hui je suis en train de travailler pour bloquer le trafic des clandestins en Méditerranée » a réagi le leader populiste sur Twitter. Défendant ses choix alors qu’il avait été critiqué pour son silence face à la détresse de l’Aquarius et de ses près de 700 migrants, il s’est aussi emporté contre « les donneurs de leçons » qui « m’expliquent qu’il faut accueillir tout le monde » sans voir « les fractures de la société française ».

  • Un clip français accusateur

Fin octobre 2018, un clip du gouvernement français a enfoncé le clou de la défiance envers le nationalisme italien. La courte vidéo appelait les citoyens à voter aux élections européennes de mai 2019 en affichant l’Italien Matteo Salvini et le Hongrois Viktor Orban comme repoussoirs.

« Le gouvernement français publie, avec l’argent des contribuables, un clip officiel pour les européennes en m’utilisant comme un épouvantail. Macron et ses amis doivent avoir très peur. En 2019, un printemps des peuples qui va les balayer les attend », a réagi Matteo Salvini sur Twitter.

  • Différends sur la question migratoire 

Par deux fois, l’ambassadeur de France à Rome, Christian Masset, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères, à chaque fois sur le dossier le plus sensible pour les Italiens: la question migratoire. Rome reproche à la France « donneuse de leçons », plus encore qu’aux autres pays européens, de l’avoir laissée seule gérer pendant des années les débarquements de dizaines de milliers de migrants sur ses côtes.

Le vice-Premier ministre Matteo Salvini, l’homme fort de ce nouveau gouvernement et patron de la Ligue (extrême droite), n’a de cesse de dénoncer l' »hypocrisie » d’Emmanuel Macron, un « très mauvais président » dont les Français devraient se débarrasser au plus vite. Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles également vice-Premier ministre, n’est pas en reste: selon lui, la France « colonialiste » est responsable de la fuite des Africains vers l’Europe.

Il a même fait savoir qu’il souhaitait que l’Union européenne prenne « des sanctions » contre la France. « L’UE devrait sanctionner la France et tous les pays qui comme la France appauvrissent l’Afrique et font partir ces personnes (les migrants), parce que la place des Africains est en Afrique pas au fond de la Méditerranée ».

« Je ne vais pas répondre. La seule chose qu’ils attendent, c’est ça (…) Bon courage et bonne agitation. Tout ça n’a aucun intérêt », a rétorqué Emmanuel Macron.

  • Soutien italien aux gilets jaunes

Le 7 janvier 2019, Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont exprimé leur soutien au mouvement des gilets jaunes français, dont Emmanuel Macron et sa politique fiscale sont la cible. « Comme d’autres gouvernements, celui en France pense surtout à représenter les intérêts des élites, ceux qui vivent de privilèges, mais plus de ceux du peuple », accuse Luigi Di Maio, appelant les gilets jaunes à « ne pas faiblir ». Le 5 février, il a même rencontré un délégué des gilets jaunes, Christophe Chalençon, et des candidats aux élections européennes sur la liste d’Ingrid Levavasseur.

« Cette nouvelle provocation n’est pas acceptable entre pays voisins et partenaires au sein de l’Union européenne, a commenté un porte-parole du Quai d’Orsay. Luigi Di Maio, qui assume des responsabilités gouvernementales, doit veiller à ne pas porter atteinte, par ses ingérences répétées, à nos relations bilatérales, dans l’intérêt de la France comme de l’Italie. »

  • Paris rappelle son ambassadeur

La France a rappelé son ambassadeur en Italie pour « des consultations » après une série de « déclarations outrancières » et « d’attaques » sans « précédent » de responsables italiens, a annoncé ce jeudi le ministère français des Affaires étrangères.

« La France a fait, depuis plusieurs mois, l’objet d’accusations répétées, d’attaques sans fondement, de déclarations outrancières que chacun connaît et peut avoir à l’esprit », a déclaré la porte-parole du Quai d’Orsay dans un communiqué.

La difficulté est que « Salvini et Di Maio (sont) déterminés à faire de Paris l’ennemi en vue des élections européennes du 26 mai », écrit par exemple Il Messaggero. Matteo Salvini tente d’organiser un front européen de l’extrême droite contre les pro-européens incarnés notamment par le chef de l’Etat français en vue du scrutin du 26 mai. Il y a donc fort à parier, que la « guéguerre » transalpine continue avant cette échéance, juge-t-on dans les milieux français en Italie, où certaines petites phrases ne passent pas.

  • Salvini prêt à rencontrer Macron

Ce jeudi, Matteo Salvini a toutefois fait savoir qu’il était prêt à rencontrer Emmanuel Macron. « Nous ne voulons nous fâcher avec personne, les polémiques ne nous intéressent pas: nous sommes des gens concrets et nous défendons les intérêts des Italiens », a-t-il écrit dans un communiqué.

« Nous sommes tout à fait disposés à rencontrer le président (français Emmanuel) Macron et le gouvernement français, à nous asseoir autour d’une table », a-t-il ajouté. Un message d’apaisement partagé par Luigi Di Maio, qui s’est dit également prêt à dialoguer.




Retrouvez cet article sur : BFM-TV

A lire aussi: