dimanche , 18 août 2019
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Les États-Unis amputent une résolution de l’ONU sur les violences sexuelles, la France se dit « consternée »

ASSOCIATED PRESS

François Delattre, ici le 22 janvier à l’ONU, a dénoncé la position des États-Unis lors du vote d’une résolution sur les violences sexuelles dans les conflits.

VIOLENCES SEXUELLES – “Inexplicable, intolérable, incompréhensible”. La France a vivement dénoncé l’action des États-Unis, ce mardi 23 avril au Conseil de sécurité de l’ONU, qui ont, tout en agitant la menace d’un veto, vidé de sa substance un projet de résolution allemand censé intensifier la protection des femmes victimes de violences sexuelles lors des conflits.

“Nous sommes consternés par le fait qu’un État ait exigé le retrait de la référence à la santé sexuelle et reproductive pourtant agréée” dans de précédentes résolutions en 2009 et 2013, a déclaré l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre.

“Nous déplorons que des menaces de veto aient été agitées par des membres permanents de ce Conseil pour contester 25 ans d’acquis en faveur des droits des femmes dans des situations de conflits armés”, a-t-il ajouté.

La Chine et la Russie s’abstiennent

Dans son texte d’origine, l’Allemagne voulait créer un groupe de travail formel -idée abandonnée-, pousser à la création d’un organisme international pour aider à faire juger les coupables, et développer la protection des survivants, notamment les femmes violées tombant enceintes.

Après amputation de nombreuses mentions à la demande des États-Unis, mais également de la Russie et de la Chine, la résolution a été adoptée par 13 voix et deux abstentions, celles de Moscou et Pékin. En recul sur l’avortement et opposés à la Cour pénale internationale, les États-Unis ont voté pour la résolution mais après en avoir fait retirer lors des négociations ses mentions liées aux droits sexuels et reproductifs. La création d’un “mécanisme” facilitant la poursuite en justice des auteurs de violences sexuelles a aussi été rejetée par Washington, Moscou et Pékin.

“Des concessions importantes ont été accordées sous la pression de plusieurs membres permanents qui n’ont pas permis au texte d’aller aussi loin que nous l’aurions souhaité”, a poursuivi François Delattre. “Il est inexplicable que l’accès à la santé sexuelle et reproductive ne soit pas explicitement reconnu aux victimes de violences sexuelles, elles qui sont souvent la cible d’atroces exactions et de mutilations barbares”, a aussi lancé le diplomate. Alors que les “victimes ont de toute évidence besoin de ces soins”, “cette omission est inacceptable et porte atteinte à la dignité des femmes”, a-t-il insisté.

Les États-Unis ont gommé certains passages du texte

“De même, il est intolérable et incompréhensible que le Conseil de sécurité soit incapable de reconnaître que les femmes et les filles qui ont subi des violences sexuelles en temps de conflit et qui n’ont évidemment pas choisi d’être enceintes, ont le droit d’avoir le choix d’interrompre leur grossesse”, a-t-il dit. “Les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps”, a-t-il réclamé.

Selon des diplomates, l’opposition de l’administration conservatrice de Donald Trump a été déterminante pour empêcher un consensus à ce sujet. Depuis plus d’une semaine, Washington s’est efforcé de gommer dans le texte les mentions relatives aux femmes tombant enceintes après un viol, afin de ne pas favoriser les avortements.

Outre la menace d’un veto américain, Russie et Chine ont été jusqu’à proposer un texte concurrent à celui de l’Allemagne sans aller jusqu’à demander un vote. Moscou et Pékin ont expliqué vouloir combattre les violences sexuelles dans les conflits mais dénoncé “des interprétations laxistes” dans le texte allemand et des “manipulations” pour créer de nouvelles structures et “outrepasser” des mandats existants.

“Il va être trop tard”, prévient Amal Clooney

“Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes”, s’est interrogé le Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege, en demandant l’établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits.

“Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel”, a souligné Nadia Murad, l’autre Nobel de la Paix 2018, en évoquant sa communauté yazidie détruite par le groupe jihadiste État islamique en Irak et Syrie. “Nous prononçons des discours à l’ONU mais aucune mesure concrète ne suit” en matière de justice et “rien n’a été fait”, a-t-elle insisté.

 

Avocate de victimes yazidies, Amal Clooney a aussi déploré la faiblesse de la réponse internationale. Elle a accusé les États-Unis et la Russie de s’opposer à la création d’une justice internationale contre ces crimes. Sierra Leone, Cambodge, Rwanda, Bosnie, Nuremberg… Une justice a été rendue pour ces dossiers, a-t-elle rappelé au Conseil de sécurité.

“Si nous n’agissons pas maintenant, il va être trop tard”, a-t-elle aussi dit, en rappelant la détention actuelle de milliers de combattants de l’EI, qui pourraient être relâchés et n’auraient alors qu’à se couper la barbe pour se fondre dans les populations en toute impunité, selon elle.

 


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