mardi , 21 mai 2019
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Les États-Unis menacent une résolution du Conseil de sécurité sur les violences sexuelles


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Le Conseil de sécurité s’est réuni pour étudier un projet de résolution accentuant la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits. Mais les Etats-Unis refusent toute mention pouvant être interprétée comme un encouragement à l’avortement.

L’Allemagne a négocié mardi 23 avril avec ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution accentuant la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits, mais s’est heurtée à une très forte résistance notamment des États-Unis.

Initialement envisagée au début d’une réunion du Conseil de sécurité, l’adoption de ce texte, déjà largement amputé de sa substance après plusieurs jours de négociations ardues, a été remise à plus tard.

Membre non permanent et présidente en exercice du Conseil de sécurité en avril, l’Allemagne avait l’objectif de faire adopter sa résolution à l’occasion d’un vaste débat intitulé « Femmes, paix et sécurité : la violence sexuelle dans les conflits ». Les prix Nobel de la Paix 2018 congolais Denis Mukwege et yazidie Nadia Murad, ainsi que l’avocate libano-britannique Amal Clooney, ont notamment participé à ce débat.

« Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel », a dénoncé Nadia Murad en évoquant sa communauté détruite par le groupe jihadiste État islamique (OEI) en Irak et Syrie. « Les espoirs d’une génération entière ont été détruits », a-t-elle ajouté, évoquant un « échec collectif » de la communauté internationale. « Nous prononçons des discours à l’ONU mais aucune mesure concrète ne suit » en matière de justice et « rien n’a été fait », a-t-elle insisté.

« Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes ? » s’est aussi interrogé Denis Mukwege, en demandant lui aussi l’établissement de tribunaux nationaux ou internationaux dédiés au jugement des coupables de violences sexuelles dans les conflits.

« Si nous n’agissons pas maintenant, il va être trop tard », a déclaré Amal Clooney, avocate de Nadia Murad et d’autres victimes yazidies, en évoquant la détention actuelle de milliers de combattants de l’OEI. « Nous faisons face à une épidémie de violences sexuelles » et « la justice est l’antidote », a insisté l’avocate.

Pas de mention interprétée comme un encouragement à l’avortement

Mais les oppositions sont nombreuses face à ce projet. Comme pour chaque texte évoquant la justice internationale, les États-Unis ne veulent pas de mention relative à la Cour pénale internationale, qu’ils ne reconnaissent pas. L’administration de Donald Trump, aux positions très conservatrices, refuse aussi toute mention pouvant être interprétée comme un encouragement à l’avortement, comme le souligne The Guardian. « Les États-Unis ont menacé d’imposer un veto à cette résolution des Nations unies combattant le viol comme arme de guerre en raison des termes évoquant la santé sexuelle et procréative, selon une source aux Nations unies et plusieurs diplomates européens », peut-on lire dans ce journal britannique.

« Ce serait une énorme contradiction que de parler d’une approche centrée sur les survivants et de ne pas mentionner les services de santé sexuelle et reproductive, ce qui est pour moi essentiel », a réagi auprès du Guardian Pramila Patten, représentante spéciale des Nations unies pour les violences sexuelles dans les conflits.

« Si nous laissons les Américains supprimer ce vocabulaire, tout sera édulcoré pendant longtemps », s’est également alerté un diplomate européen. Selon ce dernier, « les Américains ont changé de camp » et se trouvent à présent dans une alliance « contre-nature avec les Russes, le Vatican, les Saoudiens et les Bahreïnis, balayant les progrès qui ont été faits ».

Un mécanisme d’alerte

La Russie est de son côté opposée à la création d’un « mécanisme » onusien permettant de contribuer à poursuivre des auteurs présumés d’abus sexuels, selon un diplomate.

La France, qui soutient le projet de résolution allemand à l’ONU, avait poussé le 6 avril le groupement des sept pays les plus industrialisés de la planète (G7) à se mobiliser contre les violences sexuelles dans les conflits, via la création d’un mécanisme d’alerte en cas de viols de masse utilisés comme arme de guerre.

Ce mécanisme « permettrait de faire remonter assez rapidement des situations de viol de masse, les signaler, les dénoncer à la communauté internationale et de déclencher un mécanisme de preuves immédiates », selon une source diplomatique française.

Avec AFP


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