vendredi , 22 mars 2019
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Les règles de Québec pénalisent les fumeurs pauvres, dénoncent des médecins | ARIANE LACOURSIÈRE



« Les règles de remboursement actuelles exacerbent les inégalités en santé. Ça pénalise les pauvres », estime le DSean Gilman, pneumologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et porte-parole des signataires.


Pas plus de 12 semaines


La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) rembourse actuellement uniquement 12 semaines par année pour les thérapies de remplacement de la nicotine comme les timbres, les pastilles ou les gommes et de 12 à 24 semaines pour les médicaments (Varénicline et Bupropion).


Le DGilman et ses collègues jugent cette couverture incomplète. Car un patient qui, par exemple, rechute après les 12 semaines ne pourra pas recevoir gratuitement un autre cycle du même traitement avant l’année suivante.


Selon le DGilman, il est normal et fréquent que les patients rechutent en cours de route. Qu’ils recommencent à fumer pour différentes raisons, dont des périodes de stress. 


« En général, ça prend six ou sept vraies tentatives avant de cesser de fumer. » – DSean Gilman, pneumologue au CUSM


Si les différents produits de cessation tabagique peuvent être utilisés en alternance, « ce n’est vraiment pas tous les patients qui tolèrent tous les produits », explique le DGilman, qui déplore que les médecins « ne disposent pas actuellement de tous les outils pour aider leurs patients » qui veulent cesser de fumer.


« Il est selon nous contraire à l’éthique de limiter à une seule ronde par an les traitements essentiels au sevrage tabagique pour une importante proportion de fumeurs », écrivent les signataires dans leur lettre.


Rechute


Fumeur depuis ses 11 ans, Richard Angell veut arrêter de fumer. L’homme de 60 ans souffre d’une maladie pulmonaire chronique. Il peine à respirer. Avec l’aide de produits prescrits, il est parvenu à cesser de fumer pendant un an. Mais en décembre dernier, alors que sa femme était hospitalisée, il a rechuté. 


« C’est vraiment difficile d’arrêter. Tu sais que ça te tue. Mais tu es incapable d’arrêter. C’est comme du crack. » – Richard Angell, fumeur 


M. Angell compte entamer une nouvelle tentative pour cesser de fumer sous peu, quitte à en payer le prix.


Un approvisionnement en timbres coûte entre 88 $ et 124 $ par mois, selon le groupe d’experts. Les pastilles ou les gommes coûtent quant à elles environ 60 $ par mois. « Je suis en mesure de payer, affirme M. Angell. Mais je veux dénoncer pour tous ceux qui ne peuvent pas se le permettre. »


Selon le DGilman et ses collègues, il est bien connu que « les fumeurs sont disproportionnellement issus de communautés socioéconomiquement défavorisées et sont donc particulièrement vulnérables aux problèmes de santé associés au tabagisme ». « Les règles actuelles exacerbent les inégalités de santé en limitant l’accès aux traitements de remplacement de la nicotine pour des patients parmi les plus pauvres », écrivent les signataires.


Quand on lui fait remarquer que les fumeurs dépensent pour leurs cigarettes et que certains se demanderont pourquoi ils ne payeraient pas pour leur traitement, le DGilman réplique que la dépendance à la cigarette est une maladie chronique. « Ce n’est pas juste une mauvaise habitude. On ne penserait pas traiter l’asthme ou le diabète avec un traitement qui cesse après 12 semaines. Pourquoi le faire ici ? », demande-t-il.


Campagnes de collecte de fonds


Infirmière clinicienne au programme de cessation tabagique du CUSM, Siobhan Carney signale que les grands fumeurs, qui consomment plus de 20 cigarettes par jour, profiteraient grandement d’un changement dans les règles de remboursement. Selon elle, il est très rare que le traitement de 12 semaines soit suffisant pour eux.


Chaque année, 200 patients sont traités à la clinique du CUSM. « On perd beaucoup de temps à s’assurer que les patients sont admissibles au remboursement de leur traitement et à jongler avec les différentes options », constate Mme Carney. L’infirmière explique que l’équipe de soins du CUSM mène aussi chaque année des campagnes de collecte de fonds pour aider certains patients moins fortunés à payer leur traitement.


Plaidoyer pour une plus grande accessibilité


Selon les signataires, les aides pharmacologiques peuvent jusqu’à tripler le taux de succès à long terme de l’abandon tabagique.


Le remboursement des traitements de l’abandon du tabac coûte actuellement 13 millions par année au gouvernement, selon le DGilman. Ouvrir les règles de remboursement ne serait pas trop cher, car « arrêter de fumer est moins cher que de traiter la maladie chronique », plaide-t-il.


Les données de Statistique Canada montrent que le taux de tabagisme au Québec stagne autour de 18 % depuis 2015, note le Dr Gilman, qui ajoute que le gouvernement vise à réduire le taux de tabagisme à 10 % d’ici 2025. « Ce sera impossible sans améliorer les traitements de cessation tabagique », martèle le pneumologue.


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