mardi , 23 avril 2019
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Les «super-infirmières» pourront poser des diagnostics | Janie Gosselin



Les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) – ou « super-infirmières » – pourront poser des diagnostics de « problèmes de santé courants » et pour six maladies chroniques, soit le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie, l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique et l’hypothyroïdie, selon la résolution adoptée par le conseil d’administration du Collège des médecins. Si les IPS pouvaient déjà identifier ces maladies et offrir les traitements adéquats, seuls les médecins étaient habilités à poser un diagnostic. Les patients devaient consulter un docteur dans les 30 jours suivant les traitements amorcés par une IPS pour validation. Ce ne sera plus le cas.

La semaine dernière, le président du Collège des médecins du Québec, le Dr Mauril Gaudreault, avait pourtant réitéré la position de son organisme, disant s’opposer au décloisonnement du diagnostic pour des raisons de protection du public.

« Il n’y avait jamais eu de comité formé avant », s’est-il défendu dans une entrevue téléphonique, admettant que le Collège avait fait volte-face. Une consultation de médecins partenaires et d’IPS a convaincu le CA du Collège des médecins que les infirmières praticiennes spécialisées « répondent aux questions par rapport à la qualité », a-t-il ajouté. Il a précisé qu’il y avait eu une « bonne discussion », mais que la résolution avait été adoptée vendredi soir sans grande difficulté, « de façon finalement consensuelle ».

L’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ) et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) réclamaient le droit pour les IPS de diagnostiquer les maladies, comme c’est déjà le cas dans les autres provinces canadiennes. En début de semaine, la ministre de la Santé, Danielle McCann, avait menacé de légiférer si les discussions avec le Collège des médecins n’aboutissaient pas à une entente. En entrevue téléphonique hier, la ministre s’est réjouie de cette nouvelle position. 

« C’est une très bonne nouvelle qui démontre une ouverture importante. »

– Danielle McCann, ministre de la Santé 

Est-ce assez, alors que les IPS réclament la possibilité de diagnostiquer des maladies de façon plus large ? « C’est déjà bien », avance Mme McCann. La ministre ajoute qu’il y a « d’autres discussions » à venir. « On est sur la bonne voie », souligne-t-elle.

« INCOMPLET »

Pour l’instant, il n’est pas clair, par exemple, si le Collège des médecins étendra son ouverture à d’autres spécialités des IPS. Même si l’annonce est une « super bonne nouvelle », estime la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté, elle pense qu’il reste encore du travail à faire. « Ça touche surtout les soins de première ligne, donc c’est incomplet, mais c’est un bon signe de collaboration », a-t-elle dit en entrevue téléphonique, rappelant que des maladies que l’on retrouve dans d’autres champs médicaux, comme la néphrologie ou la cardiologie, par exemple, ne sont pas dans la liste des maladies que les IPS pourront diagnostiquer. La Fédération des médecins spécialistes a publié un communiqué dans le même sens, intitulé « Des IPS en médecine spécialisée, on en veut plus, partout ! », soulignant qu’il « importe de partager l’expérience de travail au quotidien des médecins spécialistes de 2e ou 3e ligne ».

« On souhaiterait sortir des listes [de maladies] », a réagi de son côté Luc Mathieu, président de l’OIIQ, dans une entrevue téléphonique. S’il admet une « avancée significative », il faut « voir comment ça va se concrétiser ». Par exemple, des maladies ont été écartées de la liste, mais l’OIIQ s’explique mal pourquoi. « Le contexte évolue, rappelle M. Mathieu. Par exemple, l’obésité n’est pas dans la liste. Les infirmières disent : pourquoi on ne peut pas diagnostiquer ? » L’Ordre préférerait aussi qu’il n’y ait pas de limitations des maladies à diagnostiquer, puisqu’une infirmière pourra toujours se tourner vers un médecin partenaire en cas d’incertitudes.

Le DMauril Gaudreault, quant à lui, estime que le Collège va déjà « loin pas mal ». Il insiste sur l’importance du partenariat entre médecins partenaires et IPS, pour améliorer les soins à la population.

UN « AVANCEMENT »

Reste que les IPS gagnent en autonomie et en reconnaissance de leurs compétences. « C’est motivant, c’est un avancement », s’est enthousiasmée la candidate infirmière praticienne spécialisée, Diana Gomez Litan. La femme de 35 ans est infirmière depuis près de 10 ans déjà, mais a poursuivi des études et fait un stage dans le but de devenir IPS. La profession la passionne et cette nouvelle avancée la réjouit. « J’ai un grand intérêt pour la pratique des soins infirmiers avancés », précise-t-elle. Elle assure qu’en cas de doute, comme tous les professionnels, les IPS n’hésitent pas à consulter leurs collègues et les médecins partenaires.

Le ministère de la Santé espère libérer davantage les médecins en confiant plus de tâches aux infirmières praticiennes spécialisées, pour désengorger le système. Le Collège des médecins devrait modifier son règlement à la fin du mois d’avril.

Les infirmières praticiennes spécialisées ont une expérience préalable dans le domaine en plus d’une formation de deuxième cycle. La profession existe au Québec depuis près de 15 ans et a connu plusieurs évolutions au cours des années, avec un élargissement de la pratique. L’an dernier, elles avaient obtenu de pouvoir amorcer les traitements dans le cas de six maladies, en plus de pouvoir prescrire des médicaments plus facilement.


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