mardi , 23 avril 2019
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Les variétés de cannabis les plus fortes sont liées à des taux de psychose plus élevés


Une nouvelle étude établit un lien entre une consommation fréquente de cannabis, notamment à teneur élevée en THC, et la survenue d’épisodes psychotiques chez les usagers. Les auteurs estiment que leurs travaux mettent en évidence l’impact potentiel sur la santé publique que pourrait apporter une modification de la législation sur le cannabis.


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Bien que largement consommé par les jeunes, le cannabis n’en reste pas moins une substance illicite qui peut être dangereuse pour la santé. Du joint fumé occasionnellement entre amis à la consommation très régulière et solitaire, il n’y a parfois qu’un pas. De nombreuses études ont ainsi montré que son usage sur le long terme peut engendrer des symptômes de perte de capacités d’apprentissage, des troubles de la mémoire ou de l’attention. Des chercheurs du King’s College de Londres ont publié dans la revue The Lancet Psychiatry une étude confirmant qu’une consommation quotidienne, en particulier de fortes variétés de cannabis, est très fortement liée au risque de développer une psychose.

« De nombreux pays ont légalisé ou décriminalisé la consommation de cannabis, ce qui laisse craindre une augmentation de la consommation de cannabis et des dommages qui en découlent. Des études d’observation et des preuves biologiques confirment un lien de causalité entre la consommation de cannabis et la psychose, mais jusqu’à présent, on ne savait pas si, au niveau de la population, les habitudes de consommation de cannabis influaient sur les taux de psychose », expliquent les chercheurs dans un communiqué. Leur étude s’est déroulée à travers onze sites en Europe et notamment Londres et Amsterdam, villes où le cannabis à forte concentration est largement disponible.

Une forte variété de cannabis si le THC dépasse 10%

Les chercheurs ont estimé la prévalence de cas de psychose pour chacun de ces sites en identifiant toutes les personnes qui ont vécu leur premier épisode psychotique et se sont présentées à un service hospitalier spécialisé en santé mentale entre 2010 et 2015. Ils ont ensuite comparé les cas de 901 patients qui entraient dans cette catégorie à 1 237 personnes témoins en bonne santé afin de comprendre les facteurs de risque associés à la psychose. Les psychoses, dont la schizophrénie, se caractérisent par « une distorsion de la pensée, des perceptions, des émotions, du langage, du sentiment de soi et du comportement », selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La troisième étape a consisté à rassembler des informations sur les antécédents de consommation de cannabis et d’autres drogues à usage récréatif chez l’ensemble des participants. À l’aide de données publiées sur les niveaux de delta-6-tétrahydrocannabinol (THC), ils ont estimé la puissance du cannabis pour chaque type de cannabis consommé par les participants pour établir un classement allant de la puissance la plus élevée (plus de 10% de THC) à la moins élevée (moins de 10% de THC). Les résultats ont montré en premier lieu que la consommation quotidienne de cannabis était plus fréquente chez les patients qui ont présenté un premier épisode de psychose par rapport aux personnes témoins.

Un risque de psychose trois à cinq fois plus élevé chez les usagers

Plus précisément, 29,5% des personnes du premier groupe ont déclaré avoir consommé du cannabis quotidiennement, contre 6,8% des personnes du deuxième groupe et une consommation de variétés de cannabis très fortes était d’autant plus fréquente chez ces patients (37,1%) par rapport aux personnes témoins (19,4%). Une fois les chiffres ajustés pour tenir compte d’autres facteurs de risque, les scientifiques ont constaté que, sur les onze sites européens qui participaient à l’étude, les personnes qui consommaient quotidiennement du cannabis étaient trois fois plus susceptibles de recevoir un diagnostic de psychose par rapport aux personnes qui n’en avaient jamais consommé.

Ce risque était par ailleurs cinq fois plus élevé en cas de consommation quotidienne de cannabis à forte concentration. Les Pays-Bas se trouvent être le pays où les consommateurs peuvent en trouver deux variétés très fortes : la « Nederhasj » (67% de THC) et la « Nederwiet » (22%). A Londres, il est possible de se procurer du cannabis de variété « skunk » avec un THC moyen de 14%, alors que, pour des pays comme l’Italie, la France et l’Espagne, des types de cannabis contenant moins de 10% de THC sont plus couramment utilisés. Aussi, les chercheurs estiment que pour Amsterdam, cinq nouveaux cas de psychose sur dix seraient liés à une consommation quotidienne de cannabis d’une très forte variété.

Les taux correspondant à Londres étaient de 21,0% pour une consommation quotidienne et de 30,3% pour une utilisation à puissance élevée. Leurs calculs révèlent également que si le cannabis à forte concentration n’était plus disponible, l’incidence de la psychose à Amsterdam devrait passer de 37,9 à 18,8 par 100 000 personnes par an, et de 45,7 à 31,9 pour 100 000 habitants par an pour Londres. « Alors que le statut juridique du cannabis change dans de nombreux pays et que nous examinons ses propriétés médicinales, il est important pour la santé publique de considérer également les effets néfastes d’une consommation quotidienne, particulièrement pour les variétés à haute puissance », concluent les auteurs.

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