jeudi , 23 mai 2019
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Maladies de peau chez l’enfant: fréquentes et souvent bénignes

Virus, bactéries, allergies ou même maladies génétiques se révèlent souvent chez les enfants par le prisme de la peau. Celle-ci protège et permet les échanges entre l’intérieur et l’extérieur de l’organisme. «La peau est un organe beaucoup plus complexe qu’une simple enveloppe, elle s’exprime à travers différentes réactions», explique la Dre Anne-Marie Calza, dermato-pédiatre et médecin consultante aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). Des réactions qui inquiètent souvent les parents. Pourtant, une éruption cutanée est rarement le signe d’un problème grave. «Ces réactions sont tout à fait normales, et même nécessaires. Beaucoup de maladies de peau surviennent dans l’enfance, période où se forge le système immunitaire», rappelle la dermatologue.

Les éruptions cutanées chez l’enfant ont des manifestations diverses, accompagnées ou non de démangeaisons et de fièvre. La réaction à la surface de l’épiderme peut prendre la forme de boutons, de vésicules, de pustules, de plaques ou simplement de rougeurs. Mais le diagnostic n’est pas toujours évident, comme l’explique la Dre Calza: «Les parents viennent souvent consulter beaucoup trop tôt. On leur demande alors de surveiller l’évolution et de revenir nous voir si nécessaire, afin d’affiner le diagnostic».

Virus, bactérie ou allergie?

Les problèmes de peau chez l’enfant, aussi appelés dermatoses, peuvent avoir des origines diverses. Elles peuvent être secondaires à un virus (comme la varicelle, la rougeole, etc.), ou à une bactérie. Depuis plusieurs années, on assiste également à une augmentation fulgurante des maladies dites «atopiques», provoquées par une hyper-réactivité immunitaire. Elles regroupent plusieurs pathologies qui souvent s’entrecroisent: l’eczéma, l’asthme, les conjonctivites allergiques ou encore le rhume des foins. «Le système s’emballe quand l’enfant est malade, quand le temps change, quand il y a des choses qui se passent dans sa vie, une dent qui pousse… c’est une dys-régulation immunitaire, explique la Dre Calza. Il y a sûrement aussi des causes environnementales, même si nous n’en avons pas la preuve formelle».

Symptômes dermatologiques les plus courants

Des croûtes sur le crâne

Ce que ça peut être: Une dermite séborrhéique, aussi appelée «croûtes de lait», extrêmement répandue chez les nourrissons.

Comment ça se manifeste: Des croûtes jaunâtres apparaissent sur le cuir chevelu, les joues et les sourcils sont rouges avec des pellicules, les fesses peuvent l’être également. Ces manifestations ne sont pas douloureuses et apparaissent généralement entre 6 semaines et 3 mois.

La marche à suivre: Pour limiter les croûtes, il est possible d’appliquer de la vaseline ou une crème émolliente sur le crâne avant d’effectuer un shampoing doux. La dermite séborrhéique disparaît la plupart du temps spontanément.

Des plaques rouges

Ce que ça peut être: Un eczéma atopique (ou dermatite). En Suisse, près d’1 enfant sur 5 est concerné, un chiffre qui a doublé en trente ans, sans que l’on ne parvienne clairement à comprendre pourquoi. Le psoriasis est également en augmentation chez l’enfant. Moins fréquent que l’eczéma, il est lui aussi corrélé à l’immunité, et apparaît souvent après une infection à streptocoque, comme une angine.

Comment ça se manifeste: Chez le jeune enfant (dès l’âge de 3-4 mois), l’eczéma est une maladie chronique qui provoque l’apparition de plaques rouges, sèches, qui démangent fortement. Elles sont souvent localisées sur le visage et les plis des membres. L’eczéma rend également l’enfant irritable et perturbe son sommeil.

La marche à suivre: Il n’existe pas de médicament qui soigne l’eczéma, mais des crèmes peuvent soulager les poussées. Si certaines maladies atopiques perdurent à l’âge adulte, la plupart du temps elles guérissent spontanément pendant l’enfance. A noter que l’eczéma est très rarement causé par une allergie.

Une éruption accompagnée de fièvre

Ce que ça peut être: Une maladie virale comme la varicelle, la rougeole, la roséole, le syndrome «pied-main-bouche», un zona ou une maladie bactérienne comme la scarlatine.

Comment ça se manifeste: des éruptions cutanées soudaines sous forme de boutons, rougeurs, ou papules localisées ou présentes sur toute la surface du corps.

La marche à suivre: La plupart des éruptions virales durent 3-4 jours. Mais certaines – comme la varicelle – peuvent évoluer sur 2-3 semaines. Une fièvre élevée chez l’enfant accompagnant une éruption cutanée quelle qu’elle soit doit faire l’objet d’une surveillance particulière.

Attention: Le purpura fulminans se caractérise par l’apparition de petites taches pourpres ou violacées, qui ne disparaissent pas sous la pression du doigt, et qui évoluent rapidement. Accompagné d’une forte fièvre, il constitue une urgence absolue car peut être un signe de septicémie.

Des démangeaisons

Ce que ça peut être: Une piqûre d’insecte, une infection bactérienne (comme un impétigo), fongique (comme une mycose) ou encore parasitaire (comme la gale).

Comment ça se manifeste:

–          Une mycose chez le jeune enfant se déclare souvent au niveau du siège, lieu de prolifération idéal pour les champignons. Un traitement antifongique oral ou sous forme de crème est indiqué.

–          L’impétigo est dû à un staphylocoque qui se met à sécréter une toxine provoquant l’apparition de bulles suintantes. Il est favorisé par la chaleur et l’humidité et survient donc souvent en été. S’il est peu développé, un antibiotique local peut suffire à le traiter.

–          La gale se présente généralement sous forme de pustules rouges, souvent au niveau des paumes. Elle ne disparaît pas spontanément et doit être traitée spécifiquement.

La fièvre n’accompagne généralement pas ces maladies qui sont néanmoins fortement contagieuses.

La marche à suivre: En plus du traitement approprié selon le type de maladie, il est impératif de désinfecter soigneusement tous les éléments qui ont été en contact avec les lésions (vêtements, linge de lit, serviettes) afin d’éviter une contagion à l’entourage.

Quand faut-il s’inquiéter?

Pour un œil non initié, rien ne ressemble plus à un bouton qu’un autre bouton. Scrutant quotidiennement la peau de leur enfant, les parents s’alarment souvent inutilement: «Je vois parfois des gens qui viennent en consultation après avoir déjà vu quatre médecins, pour des choses microscopiques et totalement bénignes», explique la Dre Calza.

Il est possible de prendre en photo les éruptions cutanées de votre enfant, dès leur apparition, en pensant bien à les dater. Cela constituera un élément supplémentaire pour faciliter le diagnostic du médecin ou pour effectuer un suivi de l’évolution de la maladie.

En cas d’apparition soudaine de boutons ou de plaques rouges, la première chose à faire est de ne pas s’inquiéter. En revanche, un examen médical est systématiquement nécessaire en cas d’éruption inexpliquée qui ne passe pas au bout d’environ 10 jours ou dans les cas suivants : si l’enfant a de la fièvre, s’il ne s’alimente plus, s’il est sujet à de violentes démangeaisons, si un purpura apparaît sur sa peau, si une lésion grandit, saigne ou croûte.

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Publié dans le supplément «Votre santé» de La Côte Hebdo en novembre 2018.


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