mardi , 21 mai 2019
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Marine Le Pen à la remorque de Matteo Salvini en Europe

Max Rossi / Reuters

Marine Le Pen et Matteo Salvini à Rome le 8 octobre.

POLITIQUE – Accusée par ses adversaires macronistes de présider un “parti de l’étranger”, en raison de ses liens avec le sulfureux Steve Bannon, Marine Le Pen entend peaufiner sa stature de femme d’État d’envergure européenne en s’affichant ce samedi 18 mai avec une douzaine de partis nationalistes alliés, tous en lice pour ces élections européennes.

Un temps fer de lance de l’extrême droite continentale, la présidente du Rassemblement national (RN) sera toutefois contrainte de s’éclipser devant le nouvel homme fort du camp souverainiste, Matteo Salvini, qui reçoit ses amis dans son fief de Milan en vue d’édifier un “supergroupe” au Parlement de Strasbourg après le 26 mai.

Largement en tête des sondages dans son pays, le ministre de l’Intérieur et chef de file de la “Liga” devrait apporter le plus gros contingent d’eurodéputés (26) à cette nouvelle force européenne, contre 20 pour le Rassemblement national, dont la liste a récemment pris la tête de la campagne européenne en France. Et si Marine Le Pen a sillonné l’Europe pour soutenir d’autres petites formations alliées qui n’ont pas encore d’élus (Volya, SPD, Sme Rodina, Ekre), c’est bien Matteo Salvini qui a pris l’initiative et le leadership de cette confédération hétéroclite de partis europhobes.

C’est d’ailleurs sans son “amie” française que le chef de la Ligue a lancé un appel le 8 avril à unir les “forces patriotiques et conservatrices” en vue d’une Europe avec “moins d’immigration” et s’attaquant “au terrorisme et à l’islamisation”. Du côté des succès, Salvini est parvenu à convaincre le parti europhobe allemande AfD, en pleine progression de l’autre côté du Rhin, de rejoindre l’alliance, malgré son hostilité au protectionnisme du RN. Il a également réussi à débaucher deux petits partis scandinaves du groupe conservateur CRE, le Parti du peuple danois, et les Vrais Finlandais. 

Très courtisé, l’actuel président de la Hongrie, Viktor Orban, a décliné l’invitation, manifestant ouvertement son hostilité à tout rapprochement avec l’ancien Front national.

Redorer son blason national

Manifestement, Marine Le Pen ne tire pas ombrage de la concurrence de son allié historique italien, au pouvoir dans son pays tandis que la présidente du RN est reléguée dans l’opposition. “Nous ne sommes pas en concurrence. Nous sommes des alliés, et accessoirement des amis. Donc chacun fait au mieux dans la situation qui est la sienne. Evidemment que Matteo Salvini, comme ministre italien de l’Intérieur, a plus de facilité à parler peut-être avec monsieur Orban. Tant mieux”, assume-t-elle.

La présidente du RN, qui a fait évoluer la doctrine de son parti, en renonçant notamment à sa promesse emblématique de sortir de l’euro et de l’Union européenne, attend avant tout de ce sommet de “l’alternance” l’opportunité de démontrer qu’elle n’est plus isolée sur la scène européenne. Et qu’elle est en capacité, si elle est élue à la présidence française, de trouver des alliés pour transformer l’Europe de l’intérieur.

“Avant, nous étions très seuls sur la scène européenne. Mais en l’espace de quelques mois, toute une série de forces politiques qui pensent comme nous sont montées en puissance, ce qui nous permet d’envisager de transformer l’Union européenne en Alliance européenne des nations”, plaide-t-elle dans un entretien à l’AFP.

De fait, le symbole est fort: avec l’AfD, quasiment tous les pays fondateurs de la CEE (France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique) pourraient être représentés au sein du super-groupe nationaliste. Et ils pourraient même présenter leur propre candidat pour la présidence de la Commission européenne, en la personne de… Matteo Salvini.

Des alliés forts… et encombrants

Voilà des années que Marine Le Pen tente de mettre en œuvre cette stratégie de présidentialisation par le biais de ses contacts européens. Longtemps persona non grata à l’étranger, les Le Pen restent toutefois un repoussoir dans de nombreux pays. Certains partis refusent ainsi d’être associés au nom “Le Pen”, une “marque toxique” selon un eurodéputé conservateur d’un pays d’Europe de l’Est, car liée aux affaires des emplois présumés fictifs du RN à Strasbourg, et aux dérapages de l’ancien président du FN Jean-Marie Le Pen.

Alors que l’image du Rassemblement national se normalise en France, Marine Le Pen prend garde de ne pas s’associer aux dérapages de ses alliés, parfois bien implantés dans leurs pays, mais aussi souvent encombrants.  

Tout récemment, la présidente du RN a dû invoquer le “langage international des plongeurs” pour justifier un selfie pris avec un militant néo-nazi estonien affichant un signe suprémaciste blanc. 

Pour l’heure, ce rapprochement ne rencontre d’ailleurs pas un enthousiasme fou dans l’opinion publique. Selon une enquête Odoxa Dentsu consulting, “plus des trois-quarts des Français n’aiment ni Salvini ni Orban et l’idée d’une coalition européenne entre le RN et la ligue est perçue comme une mauvaise nouvelle par plus de 6 Français sur 10”. 

Matteo Salvini n’échappe pas lui-même à la controverse dans son propre pays. Fonds publics indûment perçus par la Ligue, critiques sur son absentéisme au ministère… Le chouchou des sondages a récemment vu son étoile pâlir et sa cote s’affaiblir. Lui aussi mise sur ce sommet nationaliste pour redorer son blason et réaliser une démonstration de force à une semaine du scrutin européen.


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