samedi , 20 avril 2019
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Nous devons donner une réponse climatique et sociale à l’avenir de la voiture

Nous devons donner une réponse climatique et sociale à l’avenir de la voiture

Dans un éclair de lucidité, Carlos Tavares, patron de Peugeot-Citroën, estimait récemment que les gilets jaunes manifestent pour leur droit à une mobilité abordable. Lucidité hélas limitée, puisqu’il feint d’ignorer que la France fait également face à une urgence sociale et climatique. Et qu’il convient de résoudre ces deux problèmes en même temps, si nous voulons protéger les générations présentes et futures.

Après la reculade du gouvernement sur la fiscalité des carburants, disons le tout net: si l’industrie automobile utilisait une partie de ses profits pour rendre plus propres les voitures qu’elle construit, le Gouvernement n’aurait pas besoin de s’en mêler. En effet, s’il faudra bientôt rétablir la trajectoire fiscale sur les carburants fossiles afin d’inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre, ces taxes ne doivent plus être l’alpha et l’omega de notre politique en la matière! Les véhicules doivent enfin prendre leur part, en diminuant leur consommation de carburants. Car pendant que l’on recule sur ces taxes, des millions de voitures continuent de cracher de dangereux polluants à l’origine d’une pollution de l’air qui tue 48.000 Français chaque année et qui par ailleurs contribuent à hauteur de 54% aux émissions de CO2 du transport en France.

L’Union Européenne tente en ce moment-même d’inverser cette tendance en imposant aux constructeurs une limite d’émission de CO2 par véhicule. Le but ? Protéger la planète mais aussi réduire la consommation de carburant des voitures qu’ils vendent. Cela semble être du bon sens, et pourtant, les négociations piétinent. C’est que l’industrie automobile résiste obstinément, en s’opposant à des règles plus strictes pour 2025 et 2030. Les faits sont pourtant têtus: au cours des six dernières années, la consommation de carburant sur route des voitures est restée la même, alors que la technologie permettrait de la réduire drastiquement! Comble de l’ironie, cette technologie a été employée pour faire baisser la consommation…lors des seuls tests en laboratoire, grâce à une triche désormais bien connue du grand public. Si sur le papier les émissions de CO2 des véhicules ont baissé de 30% depuis 2001, en réalité l’écart entre les mesures faites lors des tests d’homologation et les émissions mesurées en conditions de conduite réelles a atteint 40%. Cet écart a coûté jusqu’à 400 euros par an pour les automobilistes selon les études réalisées sur le sujet par l’International Council on Clean Transportation (ICCT).

Dans ces négociations, il semble hélas que le gouvernement Macron ait choisi le camp des constructeurs, contre celui des conducteurs. Plutôt que de se battre pour des normes plus ambitieuses, et ainsi permettre des économies considérables aux propriétaires de voitures, le gouvernement français se serait plié au bon vouloir de Messieurs Tavares et Ghosn: pas de rappel des véhicules diesel fraudeurs, et des normes européennes de réduction de CO2 aussi faibles que possibles pour les véhicules essence. Les Verts, ainsi que de nombreuses ONG ont eu beau proposer une réduction de 75% des émissions de CO2 pour les nouvelles voitures, rien n’y fait. Dans les négociations en cours, la France reste alignée sur la position allemande: une réduction de 35% seulement, accompagnée d’une foule d’exceptions qui affaiblissent encore plus les normes éventuellement mises en place.

On ne dira jamais assez combien il est urgent de donner des alternatives à celles et ceux qui utilisent leur voiture de manière abusive. Les transports publics, la mobilité partagée et le vélo sont une part essentielle de la réponse. Mais nous avons aussi besoin de solutions pour celles et ceux qui n’habitent pas à Paris, Lyon ou Bordeaux. Pour les habitants des campagnes comme des aires périurbaines, des véhicules propres sont indispensables, en attendant des infrastructures à même de se substituer à la voiture. Sans compter un impératif de transparence au moment de la vente des véhicules: les consommateurs doivent savoir combien de temps durera leur véhicule, combien de carburant il consomme et de polluant il émet!

L’industrie automobile européenne a l’opportunité de se tourner vers des voitures plus propres pour les décennies à venir. Dès les prochains jours, l’UE s’apprête à finaliser de nouvelles normes sur les émissions de CO2 des voitures et des camionnettes. Au lendemain du cinquième épisode des Gilets Jaunes, MM Macron et De Rugy auraient tort de ne pas user de l’influence de la France au niveau européen pour peser sur les négociations. Ils ont là les moyens de s’assurer que nous ayons des voitures moins chères et plus propres, que nous ne soyons plus dépendants des carburants importés de Russie ou d’Arabie Saoudite, et que nos emplois dans l’industrie automobile soient pérennisés grâce à une stratégie industrielle innovante. Gilets jaunes ou pas, ce serait dans l’intérêt de la France et de tous les Français.





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