samedi , 20 avril 2019
Accueil » Actualité » Nuit de la solidarité: les femmes SDF au coeur de la seconde opération

Nuit de la solidarité: les femmes SDF au coeur de la seconde opération


SANS-ABRI – C’est la seconde édition de la Nuit de la Solidarité. Jeudi 7 février au soir, la Mairie de Paris organise le recensement des sans-abri de la capitale. Une opération qui s’inspire d’initiatives similaires à l’étranger. Et surtout, qui a permis en 2018 de mettre au jour la présence de nombreuses femmes dans la rue, auparavant peu visibles.

De 22h à 1h du matin, 1600 Parisiens bénévoles et 400 travailleurs sociaux volontaires participeront au comptage des SDF. Ils quadrilleront Paris par petites équipes pour dénombrer les personnes dormant à la rue, sauf les bois de Vincennes et Boulogne déjà répertoriés par les professionnels. La SNCF, la RATP et l’AP-HP assureront elles un décompte dans les gares, les métros et les hôpitaux.

Le périmètre a été étendu à des interstices jusqu’ici inexplorés: les parcs et jardins, les talus du périphérique, les immeubles du bailleur Paris Habitat, de nouveaux parkings… En faisant attention aux femmes, qui ont tendance à se cacher davantage que les hommes.

En 2018, 3035 sans-abri avaient été recensés dans les rues de la capitale. Dont 12% de femmes. Selon L’Insee, en 2012, elles ne représentaient que 2% des sans-abri de l’agglomération parisienne. Des chiffres qui ne seraient a priori pas le reflet de la réalité, tant les femmes SDF sont discrètes, de peur d’être agressées, violées, discriminées en raison de leur sexe.

« Les demandes des femmes seules au 115 ont augmenté de 66% entre 2006 et 2016 », avait expliqué à l’AFP Eric Piedra, de l’Armée du Salut, au moment de l’ouverture de la « Cité des Dames », un centre d’accueil dédié uniquement aux femmes sans-abri dans le 13e arrondissement de Paris le 1er décembre 2018. Il est depuis géré par l’Armée du Salut avec l’Association pour le développement de la santé des femmes (ADSF).

Halte pour les femmes SDF

Depuis cette observation, la Mairie de Paris a ouvert des haltes et centres dédiés aux femmes. Le 12 décembre notamment ouvrait la Halte pour les femmes SDF, deux salles au coeur même de l’Hôtel de Ville consacrées à l’accueil de « femmes en situation d’errance ».

« La rue est dure pour tous, mais pour les femmes c’est une violence supplémentaire et nous avons voulu leur offrir plus de possibilités d’accueil », avait expliqué la Maire de Paris Anne Hidalgo lors de son ouverture, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.

24h/24 et 7 jours sur 7, 75 femmes sont accueillies chaque jour et 50 femmes hébergées la nuit. L’ensemble du dispositif, intitulé la Halte pour femmes de l’Hôtel de Ville, est géré par le Samu social de Paris. Si pendant des années, les femmes dans la rue étaient peu visibles, leur nombre a donc également augmenté.

Sensibilisation à la situation des femmes

Et ce sont au départ les associations qui ont souligné cette tendance. Sarah Frikh fait partie des lanceurs d’alerte sur le sujet. Il y a un an, elle a lancé sur Change.org la pétition « Des centres d’accueil pour mettre les femmes SDF en sécurité ».

Fondatrice du mouvement « Réchauffons nos SDF » depuis 7 ans, elle organise chaque année des maraudes. Elle tisse des liens avec certains, qui parviennent parfois à sortir de la rue. Ce sont les hommes sans-abri qui un jour, lui font remarquer qu’il y a aussi des femmes SDF. « Ils m’ont interpellée à leur manière, raconte Sarah Frikh dans la vidéo ci-dessous.

Le deuxième signal d’alarme, elle le reçoit en lisant « Mes Années barbares » (éditions La Marinière) d’Anne Lorient. Le récit d’une femme qui a réussi à quitter la rue après 17 années sans abri et raconte son parcours difficile. À partir de ce moment-là, Sarah Frikh décide d’agir. Elle lance alors sa pétition, qui a depuis atteint plus de 373.000 signatures.

Règles élémentaires

Depuis quelques années, les initiatives citoyennes et associatives se multiplient pour venir en aide à ces femmes isolées. Des associations se sont notamment données pour mission de collecter et distribuer des produits d’hygiène féminine, notamment des serviettes et tampons hygiéniques, pour les femmes SDF ou en centres d’hébergement.

C’est le cas de Règles Élémentaires, créée en 2015. « Nous collectons des protections féminines pour les femmes sans abri, explique Benjamine Fajeau, bénévole. Mais aussi pour les femmes ou les jeunes filles qui n’ont pas les moyens de s’acheter des protections périodiques. »

Le processus est simple: l’association fournit une « boîte à don », dans laquelle les protections sont collectées, comme celle installée lors de l’apéro menstruel organisé par l’association pour fêter ses 3 ans aux Grands Voisins, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous.

Parmi les associations bénéficiaires, Féminité Sans Abri a également vu le jour en 2015 à Bordeaux. Sa mission: distribuer des trousses de produits sanitaires et cosmétiques aux femmes SDF ou mal-logées. Au départ une simple page Facebook, le groupe est devenu une association qui ne fonctionne qu’en bénévolat et auto-subvention.

« Plus de sans-abri qu’en 2018 »

Cette année, la Mairie de Paris s’attend à « recenser plus de sans-abri » qu’en 2018. Ce qui voudra certainement dire plus de femmes. « On va avoir une vision élargie », a expliqué Dominique Versini, adjointe à la solidarité de la maire de Paris. « En explorant des endroits nouveaux et un peu cachés, on s’attend à recenser plus de sans-abri que l’an dernier ».

Un questionnaire anonyme sera rempli par les sans-abri qui le souhaitent, pour mieux cerner leurs profils et leurs besoins. Objectif: fournir « une photographie » qui permette « d’adapter les politiques publiques », selon Dominique Versini. Les premiers résultats seront divulgués le 14 février, l’analyse complète est attendue fin mars.

Depuis la première édition, Paris a mis à disposition « 1500 places nouvelles » en hébergement d’urgence, dont la halte pour les femmes sans-abri à l’Hôtel de Ville. Dans le XIIe arrondissement, le Samu social doit ouvrir début 2019 un lieu d’hygiène réservé aux femmes au sein d’un des bains-douches municipaux.


Première apparition

A lire aussi: