lundi , 27 mai 2019
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Pénuries de médicaments : les industriels ont un plan

Le nombre de médicaments en rupture de stock ne cesse d’augmenter. Plus de 30 % des Français en ont subi les conséquences. Les industriels du médicament présentent leurs solutions.

Depuis l’été 2018, les patients atteints de maladie de Parkinson sont confrontés à une pénurie de Sinemet, un médicament essentiel pour eux. La situation est de plus en plus fréquente. 31 % des Français ont été confrontés à ce type de situation au cours des six derniers mois (enquête Ipsos pour le Leem, 2018). 

En 2017, 538 signalements de ruptures de stocks ont été notifiés à l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm), contre 400 par an entre 2014 et 2016. Pour l’année 2018, le nombre de signalements serait supérieur à 800. « C’est un phénomène mondial et qui prend de l’ampleur », reconnaît Philippe Lamoureux, directeur général du Leem, organisme représentatif des entreprises du médicament en France. Mardi 19 février 2019, le Leem a présenté son plan d’actions pour tenter d’enrayer le phénomène.

Le constat actuel n’est pas très rassurant. Plus de la moitié des ruptures de stock concerne des produits aussi importants que les anti-infectieux (vaccins, antibactériens, antiviraux), les médicaments du système nerveux (antiépileptiques, antiparkinsoniens, anesthésiques) et les chimiothérapies du cancer. Dans plus de 50 % des cas, il s’agit de médicaments sous forme injectable, dont le procédé de fabrication est complexe. En général, les produits restent indisponibles pendant 7,5 semaines.

Lorsqu’elle se produit, la rupture de stock peut s’expliquer de différentes manières : il peut y avoir une demande accrue au niveau mondial, trop forte par rapport aux capacités de production (25 % des cas) ; il peut s’agir de fluctuations du marché (23 %), de problèmes liés à la production elle-même (20 %), de difficultés d’approvisionnement en substance active (15 %), de contraintes réglementaires (10 %) ou de contraintes économiques (7 %).  

Depuis 2016, la législation française a fixé une liste de « médicaments d’intérêt thérapeutique majeur » (MITM), des antidépresseurs, antihypertenseurs, analgésiques, antihémorragiques…, pour lesquels les industriels ont l’obligation d’assurer un approvisionnement continu. Cette liste représente environ 40 % de la pharmacopée.

Aujourd’hui, le Leem propose de renforcer les obligations de sécurité sur un nombre restreint de produits, « pour être plus efficace », selon Thomas Borel, directeur des affaires scientifiques. Il s’agirait cette fois d’élaborer une liste de MISS (médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique), dont la pénurie mettrait en danger la vie des patients : des anticancéreux, des vaccins, des antibiotiques…

Pour ces MISS en particulier, le Leem propose que l’Europe s’organise de façon à reconquérir son indépendance en termes de fabrication (cartographier les sites de production, éviter les délocalisations d’usines, prévoir des stocks…) Actuellement, 60 à 80 % des substances actives de médicaments sont fabriquées hors de l’Union européenne, principalement en Chine, en Inde et en Asie du sud-est, alors que la proportion était de 20 % il y a 30 ans. 

En cas de rupture de stock, il faudrait prévoir des protocoles de soins alternatifs et en avertir les pharmaciens et les médecins. Actuellement, les outils d’alerte ne sont pas assez utilisés.

Autre solution préconisée par le Leem : renforcer les obligations des grossistes-répartiteurs de médicaments, dont certains jouent sur les différences de prix entre pays européens. « Ces exportations parallèles ne sont pas illégales, mais elles peuvent aggraver les pénuries », rappelle Philippe Lamoureux. Un exemple : l’antibiotique Augmentin dans sa forme injectable est vendu 4 € en France, 8 € en Allemagne. 

Au final, le Leem réclame une politique du médicament plus homogène au niveau européen. Sur les vaccins par exemple, il existe 23 calendriers vaccinaux dans l’Union européenne et 4.000 conditionnements différents, ce qui ne facilite pas les échanges entre pays en cas de pénurie.

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