jeudi , 27 février 2020
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Delphine Horvilleur : De mannequin à rabbin, pourquoi elle fascine ?


Exit les images religieuses vieillissantes, Delphine Horvilleur a 45 ans et déjà mille vies. Destinée à devenir médecin comme son père – sa mère est professeure –, cette Lorraine d’origine entame des études de médecine à l’université hébraïque de Jérusalem. Elle boucle ses fins de mois en faisant des photos. Ses études comme sa carrière de mannequin ne durent pas et la jeune Delphine déménage à Paris pour étudier le journalisme au CELSA (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication). Elle travaille comme journaliste à France 2 de 2000 à 2003, y compris au bureau de France 2 à Jérusalem avec Charles Enderlin, puis à RCJ de 2003 à 2008, à New York où elle est correspondante.

En mai 2008, elle reçoit son ordination rabbinique et devient rabbin du Mouvement juif libéral de France. C’est la troisième femme rabbin de France. « La question de l’identité religieuse juive était très présente dans ma famille. Mon grand-père paternel a fait des études rabbiniques, mon père est très engagé dans la vie communautaire juive », déclarait-elle en février 2019 au magazine La Croix.

Ce parcours et son choix de carrière devraient suffire à hérisser les détracteurs, mais c’est son positionnement sur les sujets qui fâchent qui lui ramène un fier support dans sa carrière. Elle officie à la synagogue de Beaugrenelle, mélange hommes et femmes, met parfois de la musique. Elle aborde surtout des thèmes forts et modernes, oubliés dans l’Ancien Testament : le patriarcat, l’homosexualité… Elle est aussi très présente dans les médias, officie à l’enterrement de femmes célèbres, comme Simone Veil dont elle partageait la mémoire de la Shoah – ses grands-parents maternels sont des rescapés d’Auschwitz –, dessinant en filigrane son caractère avide de réponses. « J’étais une petite fille mystique, pleine de questions sur le sens de la vie et sur le transcendant. Un peu ésotérique même, puisque j’étais persuadée de faire de la télépathie avec mes grands-parents silencieux. (…) Et puis, j’étais obsédée par ce tabou de la Shoah. Je me rappelle piquer des livres dans la bibliothèque de mes parents et lire les ouvrages d’Élie Wiesel à la lampe-torche sous mes draps. Il y avait quelque chose que je devais explorer secrètement », dira-t-elle le 26 mars 2017 au Monde.

Pas la peine d’espérer la voir adopter la posture de la femme soumise, souvent récurrente dans le judaïsme, elle a le jean haut, les cheveux découverts et ne porte pas son alliance. Comme toutes les femmes du XXe siècle qui s’identifient à elle, elle jongle entre boulot, mari, enfants (elle en a trois avec Ariel Weil, le maire PS du 4e arrondissement de Paris) et loisirs. Elle répond intelligemment sur Twitter, a le verbe haut et l’humour bien placé. Elle écrit des essais qui font réfléchir et prône la tolérance. Des mille et une façons d’être juif ou musulman, avec Rachid Benzine a dérangé (encore !), Réflexions sur la question antisémite questionne. Elle combat le patriarcat et ne se prive pas de le dire, tout en réfutant la théorie du féminin sacré. Elle est surtout devenue un modèle pour les femmes féministes ou non, juives ou non, une parole importante à écouter.

Considérée comme « une rabbin laïque », Delphine Horvilleur n’a pas fini d’agiter la France.

Sarah Koskievic




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