vendredi , 11 décembre 2020
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Les clémentines corses «sauvées» par les Marocains


«Ils ont permis la récolte. Sans eux, on n’aurait pas pu rentrer 40% des fruits, ça aurait été catastrophique», a insisté, jeudi, François-Xavier Ceccoli, producteur et président du groupement Corsica comptoir, qui réunit 70 producteurs. Un protocole sanitaire et diplomatique «exceptionnel» a été mis en place entre la France et le Maroc, à la demande des producteurs corses, pour organiser la venue en octobre de ces 829 saisonniers, avec des tests Covid au départ du Maroc et à l’arrivée en Corse.

«Globalement, tout s’est très bien passé. Les 90 exploitations qui attendaient ces travailleurs spécialisés ont pu ainsi mener à bien la récolte», s’est également félicité François Ravier, le préfet de Haute-Corse, précisant qu’une dizaine seulement de ces saisonniers ont été testés positifs et immédiatement isolés.

Des saisonniers formés

Pour faire taire les mauvaises langues, M. Ceccoli a tenu à rappeler «qu’avant de faire appel à cette main-d’œuvre étrangère» des annonces avaient été déposées à Pôle Emploi: et c’est parce que celles-ci n’ont pas été pourvues «que nous avons pu recruter des étrangers». «Les Marocains que nous accueillons viennent en Corse depuis des années. Ils sont formés à ces techniques. Nous les connaissons tous. Ils reviennent tous les ans, pour la plupart sur les mêmes exploitations», a-t-il fait valoir. Une information confirmée à l’AFP par un de ces saisonniers, «très content» de revenir dans l’Île de Beauté pour la troisième année.

Payés au Smic (1 219 euros net par mois), avec souvent des heures supplémentaires majorées, pour des semaines de récolte dépassant régulièrement les 35 heures, «ils sont logés et leur voyage aller et retour est pris en charge» par l’exploitation, précise M. Ceccoli. Au Maroc, le salaire minimum agricole garanti est de moins de 200 euros par mois.

Maîtrise de la taille

Mais la cueillette de la clémentine demande de la précision. Il faut travailler à la main, sur l’arbre, avec gants et sécateur, pour conserver quelques feuilles attachées à chaque fruit, marque de reconnaissance des clémentines insulaires. Mais, plus important encore, ces saisonniers maîtrisent la taille des clémentiniers, qui a lieu fin décembre début janvier. «Trop taillés, on n’a pas de récolte, pas assez taillés, on a trop de fruits et trop petits. C’est un vrai travail, et comme il n’y a pas d’agrumes en France, à l’exception de la Corse, il n’y a pas de tradition de taille comme pour la vigne par exemple», souligne le producteur.

«Cette année, les arbres sont chargés, donc le calibre est plus petit, ce qui est un peu plus compliqué à vendre, et le marché tire moins, il y a un effet Covid, on est sur une diminution d’environ 20% des ventes par rapport à un marché normal», a-t-il détaillé. En 2018, avec le mouvement des «gilets jaunes» qui avait donné lieu à des blocages des bases de transfert des clémentines dans la région de Cavaillon (Bouches-du-Rhône), les méventes avaient été de l’ordre de 35%.

Espagne, géant de la clémentine

Si la récolte corse «varie entre 20 et 30 000 tonnes selon les années, là on est plutôt autour de 27 000-28 000 tonnes, alors que l’année dernière on était plutôt à 20 000», précise M. Ceccoli. Une niche cependant, face à un marché français de la clémentine qui «représente un peu moins de 200 000 tonnes». La grande majorité des ventes reste donc aux Espagnols et un peu au Maroc. L’Espagne, plus gros producteur européen, produit 1,3 à 1,4 million de clémentines selon les années, selon le producteur corse.

Si le manque à gagner est réel cette année pour la clémentine insulaire, coronavirus oblige, il reste encore «4 à 5 semaines» de récolte, souligne Simon-Pierre Fazi, président de l’AOP fruits de Corse, qui compte 160 producteurs de clémentines. De quoi espérer un regain des ventes à l’approche des fêtes.

(L’essentiel/AFP)



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