lundi , 28 septembre 2020
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Michelle Bolsonaro, la très pieuse et influente première dame brésilienne

Portrait. – Âgée de 38 ans, la mère de famille a rencontré le nouveau président brésilien en 2007, alors qu’elle était secrétaire parlementaire et lui député. Cette évangélique investie a dû prendre ses distances avec sa famille, venue d’une favela du District fédéral et impliquée dans diverses affaires.

Michelle Bolsonaro a 38 ans, soit vingt-sept de moins que son président de mari. Un écart d’âge qui n’a l’air de rien, mais qui a récement provoqué une crise diplomatique entre le Brésil et la France l’an dernier. Jair Bolsonaro avait, en effet, commenté (avant de supprimer son post) un photomontage publié par un internaute comparant son couple à celui formé par Emmanuel et Brigitte Macron. Le chef de l’État français avait réagi dès le lendemain, déclarant que les Brésiliens devaient avoir «un peu honte» du comportement de leur président. À ceux qui voulaient bien le croire, ce dernier jurait ne pas avoir «voulu offenser» la première dame. Pendant ce temps, son épouse Michelle était restée silencieuse.

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Rencontre au Parlement

Michelle de Paula Firmo Reinaldo Bolsonaro, de son nom complet, a rencontré son mari en 2007 au Parlement. Il est député, elle secrétaire parlementaire. Jair Bolsonaro – marié et divorcé deux fois – a alors déjà quatre fils, et elle une fille, Leticia, 16 ans, née d’une précédente union. Ensemble, le couple aura une fille, Laura, 9 ans, que l’ancien capitaine d’armée, habitué des sorties misogynes, a un jour expliqué avoir engendrée dans un moment de «faiblesse». «Elle ne leur lâche pas la bride. Elle est toujours derrière elles», a déclaré sur le site G1 du groupe Globo le pasteur évangélique Silas Malafaia, proche du couple, en parlant de la relation de Michelle Bolsonaro avec ses deux filles. Sévère, Michelle Bolsonaro est aussi discrète et a accordé peu d’entretiens lors de la campagne de son époux. La première dame annonçait toutefois sa volonté de s’impliquer dans «toutes les causes sociales possibles». Son arrivée au palais présidentiel, en janvier 2019, lui a donné les coudées franches pour s’engager.

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Une première dame influente

Michelle Bolsonaro

Michelle Bolsonaro lors d’un événement organisé par la communauté brésilienne de Miami. (Miami, le 9 mars 2020.)

Zak Bennett / AFP

Un coup d’œil au compte Instagram de Michelle Bolsonaro suffit à cerner les terrains qu’elle occupe. Il regorge de clichés de la première dame posant aux côtés d’enfants en fauteuil roulant, entre un selfie avec son époux et une photo prise lors d’une réunion de travail avec le ministre de la Santé. Si les chevaux de bataille de la première dame sont le bénévolat, l’engagement associatif et la solidarité, la jeune femme s’occupe de plus en plus de politique. «Michelle influence Bolsonaro encore plus que les ministres», affirmaient ainsi plusieurs sites brésiliens en juillet 2019. En plein débat sur la réforme de la Sécurité sociale, l’épouse du président s’est battue contre un affaiblissement de la protection sociale des personnes handicapées. Elle s’est aussi assurée de convaincre son mari d’inclure des questions sur l’autisme dans le recensement de 2020 et milite pour une plus large formation des enseignants à la langue des signes. La surdité de l’un de ses oncles l’a conduite très tôt à apprendre le langage.

Depuis juillet 2019, Michelle Bolsonaro pilote le programme Pátria Voluntária (comprenez, patrie volontaire), dont le rôle est d’inciter les institutions publiques, la société civile et les entreprises à promouvoir le volontariat et à coordonner leurs actions. Autour de la première dame, plusieurs ministres et hauts fonctionnaires, des responsables d’ONG, des célébrités et des spécialistes de tous bords. De quoi installer un peu plus Michelle Bolsonaro dans son rôle public, avec la bénédiction de son mari, aux yeux duquel «les demandes de la première dame sont généralement indéniables et inévitables».

En vidéo, le discours de Michelle Bolsonaro en langue des signes

Évangélisme, cocaïne et faux papiers

Michelle Bolsonaro non plus ne tarit pas d’éloges sur son mari, affirmant qu’il «est humain, se préoccupe des gens ; c’est un être merveilleux ; qui partage sa vie sait comment il est», déclarait la jeune femme dans une vidéo diffusée en 2018 par l’un des fils du nouveau président. Mais lorsqu’elle s’exprime publiquement, sa voix douce contraste avec le style martial de son mari d’extrême droite. Sa foi, largement affichée, y participe. La première dame est chrétienne évangélique et très pieuse, au point que, lors de leur mariage en 2013, la musique en direct et les groupes de samba étaient bannis, selon le quotidien Folha de Sao Paulo.

Mais cette image lisse cache une famille difficile à assumer quand on est l’épouse du président. Le clan de Michelle est «son drame», comme l’écrivent deux journalistes du magazine Veja. Le 16 août 2019, ce journal révèle que la grand-mère de la première dame, aujourd’hui âgée de 80 ans, a été arrêtée à Brasilia en 1997 avec plusieurs paquets de merla, un dérivé de la cocaïne. La grand-mère est, à l’époque, condamnée à trois ans de détention. Quant à sa fille Maria das Graças, la mère de Michelle Bolsonaro, elle est inculpée pour fraude. Et pour cause : elle possédait deux registres à l’état civil (soit deux cartes d’identité), un vrai et un falsifié. Elle n’a échappé à une condamnation que parce que les faits étaient prescrits à l’issue du procès. Michelle Bolsonaro n’est aujourd’hui plus en contact avec elles et le Brésil l’a découvert il y a un an d’une triste manière. La presse brésilienne avait notamment dévoilé des photos de la grand-mère de la première dame, hospitalisée pour une fracture et laissée deux jours sur un brancard, dans le couloir d’un hôpital public.

Citée dans une enquête financière

Michelle et Jair Bolsonaro

Michelle et Jair Bolsonaro lors de l’investiture du président brésilien. (Brasilia, le 1er janvier 2019.)

Evaristo Sa / AFP

Le dialogue étant rompu, ni la grand-mère, ni la mère de Michelle Bolsonaro n’ont été invitées à la cérémonie d’investiture du nouveau président au début de l’année 2019. Un oncle de la première dame (le préféré selon son entourage), moins fréquentable encore, l’a pourtant été. João Batista Firmo Ferreira, sergent à la retraite de la police militaire, a été arrêté en mai 2019 avec sept de ses collègues. Le tonton est accusé d’appartenir à une milice impliquée dans des ventes illégales de parcelles de terre. Il opérait dans la favela de Sol Nascente, à Brasilia, où il vit tout comme la grand-mère de Michelle Bolsonaro, donc. João Batista Firmo Ferreira et les autres policiers appartenaient, d’après la presse locale, au bras armé du gang, chargé d’intimider, voire d’éliminer ceux qui tentaient de s’opposer au trafic. Michelle Bolsonaro n’a réagi à aucune de ces révélations. Son mari, lui, a reproché aux journalistes leur «lâcheté indescriptible». Certains d’entre eux ont reçu des menaces de mort, adressées par des partisans du président.

Le nom de la première dame a aussi été cité dans une enquête sur des mouvements financiers opaques destinés au sénateur Flávio Bolsonaro, le fils aîné du président, issu de son premir mariage. D’après le magazine Crusoé, Fabricio Queiroz – un policier à la retraite, ami de Jair Bolsonaro et ancien conseiller de Flávio Bolsonaro – aurait déposé 21 chèques de 72.000 réals (environ 22.000 dollars au taux de change de 2016) à Michelle Bolsonaro entre 2011 et 2016. Interrogé à ce sujet par un journaliste d’O Globo, ce dimanche 23 août, le président brésilien est sorti de ses gonds : «J’ai envie de te fermer la gueule à coups de poings», a-t-il menacé. Jair Bolsonaro, qui s’exprimait en marge d’une visite de la cathédrale métropolitaine de Brasilia, a par la suite été relancé par quelques journalistes présents sur place sur cette menace mais est parti sans faire plus de commentaires. Mais pas de quoi inquiéter la première dame, pour le moment…

*Cet article, initialement publié le 29 octobre 2018, a fait l’objet d’une mise à jour.

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