vendredi , 11 décembre 2020
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violences sexuelles et handicap : en finir avec l’omerta

Les chiffres sont là : quand on est une femme, être handicapée augmente la probabilité d’être victime de violences sexuelles.

9% des femmes handicapées ont été victimes de violences physiques et/ou sexuelles, contre 5,8% des femmes sans handicap selon l’étude du Dress. Un constat effroyable.

Alors qu’elles sont deux fois plus exposées aux violences sexuelles, les femmes handicapées restent pourtant un angle mort des politiques publiques et de l’opinion.

Le handicap augmente la vulnérabilité de la victime

On parle d’une double peine. « Leur vulnérabilité est leur faiblesse », assure Marie Conrozier, chargée de mission au sein de l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir. Parce qu’elles sont handicapées, elles sont victimes.

Selon une étude de l’Association francophone de femmes autistes, 88% des femmes autistes sont victimes de violences sexuelles une ou plusieurs  dans leur vie. 47% avant l’âge de quatorze ans et 31% avant l’âge de neuf ans.

Selon la même étude, à la question «avez-vous déjà subi un viol », 35% des femmes répondent oui ; mais quand la question posée est  « avez-vous subi une pénétration avec contrainte », elles sont 51% à répondre oui. Une différence dramatique qui démontre que les femmes handicapées n’ont pas conscience d’avoir étés victimes d’une agression. 

D’après Sandrine Corzenier, la façon dont elles ont été éduquées est l’une des explications de ce terrifiant chiffre.

« Depuis leur naissance, elles sont soumises à l’adulte, donc parfois elles n’ont pas conscience qu’elles peuvent dire non ».

Une position partagée par Marie Rabatel, présidente de l ‘Association francophone de femmes autistes (AFFA). Elle soutient que «  le handicap nous prédispose à être victime de violences car on est déjà mis dans une position de soumission que ce soit par rapport à un objet ou une personne ». 

Et d’ajouter: « Lorsqu’on est un enfant en situation d’handicap, le parent, l’éducateur ou le soignant dit ce qu’il faut ou ne pas faire. Malheureusement c’est une forme d’apprentissage de la soumission».   

D’après Marie Rabatel, il faut faire la différence entre aider où on est passif et accompagner où on va faire avec la personne. 

Écrivons-le noir sur blanc : une agression sexuelle, un viol, c’est toujours de la faute de la personne qui commet l’acte. Jamais celle de la victime. Surtout dans le cas des personnes handicapées : les violeurs cherchent notamment des proies vulnérables. Mais il est certain que si on nous a appris qu’il fallait obéir aux autres, se soumettre aux adultes, qu’on n’a pas le droit de dire « non », on ne saura pas forcément réagir à un geste qui dérange, qui blesse, qui agresse.

Par ailleurs, le type d’handicap joue un rôle. En effet, il faut faire la distinction entre le handicap physique et mental. Dans le premier cas, la personne peut exprimer son refus et ensuite dénoncer les actes. Dans le second, c’est plus compliqué. Et parce qu’elles ne peuvent pas parler, elles ne portent pas plainte.

« Le policier lui dira qu’elle ne s’est pas débattue ou qu’elle n’a pas clairement dit « non » » , souligne Sandrine Corzenier.

Par conséquent, aucune affaire se retrouve devant les tribunaux. Une situation révoltante : en niant leurs traumatismes, on participe à l’invisibilisation de ces victimes.

Et dans les institutions spécialisées, même scénario : « Les violences sont là, on le sait, mais elles sont étouffées », signale Sandrine Corzenier.

La difficulté reste de libérer la parole.

En finir avec l’omerta

Alors que le mouvement #metoo a libéré la parole sur les violences à l’égard des femmes, les victimes handicapées ou leur entourage gardent le silence. Cinq ans après son lancement, le numéro d’écoute reçoit peu d’appels.

« Les rares coups de fils proviennent de tiers, pas des victimes, mais peu aboutissent à une plainte », alerte Marie Conrozier.

Même schéma pour une personne avec ou sans handicap. Ne pas porter plainte de peur de pas être cru, un système qui décourage les victimes.

Police, institution ou famille… Les affaires sont passées sous silence.

Seulement une victime handicapée sur quatre s’est rendue au commissariat ou à la gendarmerie après une agression.

Un site pour informer et guider les victimes

Pour accompagner les victimes, le site ecoute-violences-femmes-handicapees.fr a été lancé ce mercredi 25 novembre. Une bonne nouvelle. L’objectif : orienter et documenter.

Le premier angle d’attaque est de rendre accessible l’information aux victimes. En ce sens, des fiches pratiques sont disponibles pour expliquer par exemple dans des mots simples « Comment porter plainte ». Un contenu inédit et clair, pour aider au mieux les victimes.

Le site a également vocation à centraliser l’information sur le sujet. Documents, rapports, enquêtes… Tout y est. Grâce à ces ressources, il sera difficile de nier la réalité.

«On se bat pour que les personnes au contact des personnes handicapées soient formées pour repérer ces violences », souligne Marie Conrozier.

La sensibilisation des acteurs est nécessaire pour dépister, signaler et prévenir les violences sexuelles. Les associations s’organisent : l′Association francophone de femmes autistes propose notamment une formation en ligne à destination des professionnels et des familles.

Pour lutter contre ces violences, l’important est d’en parler. Faire du bruit est une des clés : le but est de mettre fin à cette double invisibilité des femmes handicapées, à la fois dans les médias et dans la société.

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