vendredi , 23 août 2019
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Pourquoi les satellites de SpaceX devront être exemplaires et éviter les débris spatiaux

ESPACE – Après OneWeb, c’est au tour de SpaceX de venir remplir les orbites terrestres. Le lancement, mercredi 15 mai, d’une soixantaine de satellites Starlink par la firme américaine signe une étape importante de l’accès universel à internet…et un véritable défi pour la gestion de la pollution spatiale, comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo en tête de cet article. 

Essentiellement constituée de vide, la banlieue de la Terre n’en est pas moins criblée de débris, d’une taille allant du microscopique (plus de 128 millions d’objets allant d′1 millimètre à 1 centimètre) jusqu’au morceaux encore identifiables (34 000 objets de plus de 10 centimètres). Tout cela cumulé, c’est un poids d’un peu plus de 8000 tonnes en infimes petits morceaux, dispersés sur différentes orbites. 

À l’échelle de l’espace qui nous entoure, ces chiffres ne sont rien, ou presque: “C’est l’équivalent en proportion d’un verre d’eau dans la Méditerranée” nous explique ainsi Christophe Bonnal, en charge des questions de pollution spatiale à la direction des lanceurs du CNES. Pourtant, ces poussières en suspension, débris issus de lanceurs ou de satellites, sont des dangers mortels pour objets stellaires encore en fonction.

Augmentation du nombre de débris

 Lancé à 30 000 kilomètres/heure, la vitesse d’un objet qui se maintient en orbite, même un minuscule débris peut endommager sévèrement un objet en orbite, voire…le transformer à son tour en débris. Un satellite lancé aujourd’hui aurait ainsi “8 à 9%” de chances de finir prématurément sa vie à cause d’un débris spatial, estime Christophe Bonnal. 

Alors qu’il n’était qu’à 5% au tout début des années 2000, ce chiffre est en augmentation constante, signe d’un espace orbital de plus en plus pollué. La faute en revient moins à certains coups d’éclats, comme l’Inde faisant exploser un satellite en mars dernier, qu’à l’absence respect des règles de la part des exploitants des satellites. Parmi elle, l’exigence de ne pas rester plus de 25 ans en orbite basse (moins de 1000 km de la Terre).

Selon des normes décidées dans les années 90, en fin de vie, un satellite doit en effet être “désorbité”, c’est-à-dire renvoyé vers la terre, où, tout en visant le milieu de l’océan, il aura fini de se désintégrer bien avant de toucher terre. Mais limitation technique, absence de carburant ou envie d’exploiter l’objet jusqu’à son dernier souffle, ces mesure ne sont respectés “quand dans 20% des cas” se désole l’expert. C’est pourquoi le nombre de satellites en orbite (aujourd’hui environ 2000 en fonctionnement) ne cesse d’augmenter…et avec eux le nombre de débris.

La peur du syndrome de Kessler

Dans ce tableau plutôt sombre, les projets dantesques des méga-constellations pourraient être la (grosse) goutte d’eau qui fait chavirer l’espace. OneWeb, le premier à s’être lancé dans la course, prévoit de lancer 2000 satellites au total, quand SpaceX en planifie…7000. Des machines miniaturisées certes, mais dont le nombre seul suffit à donner le tournis, et faire craindre le pire. Dans le domaine des débris spatiaux, il a un nom: le syndrome de Kessler.

Imaginé dans les années 70, dans les jeunes années de la conquête spatiale, ce phénomène a tout de la réaction en chaîne: un débris venant en frapper un autre en crée une multitude, qui a leur tour s’entrechoquent pour créer d’autres fragments, et ainsi de suite. Le scénario est loin d’être de la science-fiction, et dans la pire des hypothèses, le risque à chaque lancement augmenterait si drastiquement qu’une satellite perdrait tout viabilité économique. 

Dans ce contexte, l’attitude de SpaceX comme celle de OneWeb se doit d’être exemplaire, et sur le papier au moins, les deux entreprises montrent patte blanche. La firme d’Elon Musk, en plus de garantir qu’elle désorbitera chacun de ses satellites en fin de vie, les placera sur des orbites particulièrement basses. Une façon de s’assurer que même cas de défaillance de la manoeuvre, les satellites, tirés par la gravité, redescendront de toutes façon rapidement.

Côté OneWeb, on semble aussi vouloir faire les choses bien. “Ils sont venus nous voir au CNES” explique ainsi Christophe Bonnal, “et ils garantissent un désorbitage systématique bien avant la fin de vie théorique” pour éviter toute défaillance du système. Les nouveaux venus veulent se montrer à la hauteur du risque qu’ils font courir à la banlieue de la Terre.


Première apparition

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