mardi , 16 juillet 2019
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Prendre des anti-inflammatoires (AINS) : 7 choses à savoir

Ibuprofène, diclofénac : au moins l’un de ces anti-inflammatoires se trouve dans nos armoires à pharmacie. Mais des études ne cessent de mettre en avant leurs effets indésirables et les messages de mises en garde de l’Agence du médicament se multiplient. Les précautions à prendre.


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Souvent pris en automédication contre les douleurs ou la fièvre, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont pourtant des médicaments à utiliser avec précaution et rarement en première intention.

Les AINS ne soulagent pas le mal de dos

Arthrose, arthrite, sciatique, règles douloureuses, migraine, entorses, foulures, tendinites : les douleurs d’origine inflammatoire sont la première indication de ces médicaments. Toutefois en cas de lombalgie, il semble inutile de se précipiter sur la boîte d’ibuprofène : en 2017, une étude publiée par des chercheurs australiens montrait qu’il ne soulageait qu’un patient sur six. Pour les autres, le placebo faisait aussi bien.

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En automédi­cation, on commence par le paracétamol

Le message des autorités sanitaires est clair : toujours commencer par le paracétamol. « Bien utilisé, cet antalgique est très sûr, dit Nathalie Richard, directrice adjointe des médicaments en antalgie de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM), à prendre d’abord en dose de 500 mg puis d’un gramme si nécessaire. »

Si la douleur ne baisse pas après un ou deux jours de traitement, on peut alors tenter de la soulager avec un anti-inflammatoire non stéroïdien, seul ou en alternance avec le paracétamol. L’ibuprofène se prend d’abord en comprimé de 200 mg, puis de 400 mg si nécessaire, sans dépasser 1 200 mg par jour.

Certains présentent des risques cardiovasculaires

Ce serait en particulier le cas du diclofénac (Voltarène), disponible sur ordonnance. Une vaste étude danoise, publiée en septembre 2018, a montré que cette molécule, prise par voie orale, entraînait un risque accru de problèmes cardiovasculaires graves (fibrillation auriculaire, AVC, insuffisance cardiaque…), même chez les personnes n’ayant aucun facteur de risque. « Ce risque était déjà connu, explique Nathalie Richard. La nouveauté est d’avoir montré que le diclofénac présente un risque de 20 à 30 % supérieur aux autres anti-inflammatoires non stéroïdiens, et cela même à faibles doses (moins de 100 mg par jour), et sur des durées courtes. » De fait, la prudence est de mise.

L’ibuprofène pris au-delà de 2 400 mg par jour (dose maximale autorisée) n’est pas dénué de risques cardio­vasculaires. Si vous souffrez d’hypertension ou d’une autre pathologie cardiovasculaire, il est prudent de limiter la dose d’AINS au minimum recom­mandé et la durée de traitement à deux à trois jours.

Contre-indications :  ces médicaments sont à proscrire chez les insuffisants rénaux, les insuffisants cardiaques et après un infarctus du myocarde.

Les anti-inflammatoires peuvent aggraver des infections

Des études épidémiologiques réalisées depuis 2002 suggèrent que ces médicaments augmentent le risque d’infections comme le zona, la varicelle, les infections pulmonaires, les angines ou encore les otites. Sans oublier les infections dentaires. Un risque confirmé par l’Agence du médicament en avril 2019 : l’ibuprofène et le kétoprofène ont été signalés comme étant responsables de complications infectieuses graves (infections neurologiques, pleuro-pulmonaires, sepsis …) ayant conduit à une hospitalisation. 


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« Supprimer l’inflam­mation revient aussi à supprimer un mécanisme de défense de l’organisme, et cela peut favoriser les infections », dit le Dr Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l’université de Bordeaux.

De plus, le fait de soulager la douleur peut masquer les signes d’une infection débutante, retardant son traitement. « Au bout de deux ou trois jours de fièvre ou de douleur persistante, il faut arrêter les anti-inflammatoires et consulter un médecin », reprend le Dr Bégaud.

Attention, si l’on soupçonne un foyer infectieux (abcès dentaire, angine, otite), on ne prend pas d’anti-inflammatoire ! Cela risque de masquer l’infection et de retarder le diagnostic.

On doit parfois les associer à un protecteur gastrique

Même aux doses normales, leur prise expose à des risques de brûlure d’estomac, voire d’ulcère, de perforation ou d’hémorragie gastrique. Comme le précise le Dr Bégaud, « cet effet négatif est très variable selon l’anti-inflammatoire et son mode d’action. Certains comme le kétoprofène sont moins nocifs pour le système cardiovasculaire, mais ils ont des effets secondaires gastro-intestinaux. L’ibuprofène, l’aspirine et le diclofénac sont moins agressifs pour l’estomac. » D’où l’importance de les avaler avec un verre d’eau pour éviter que le comprimé adhère à la paroi de l’œsophage, et une collation ou un repas.

Lorsque les AINS sont prescrits sur plusieurs mois et à dose relativement élevée, par exemple pour traiter les douleurs de rhumatismes inflammatoires chroniques, 15 à 30 % des utilisateurs risquent d’avoir une maladie ulcéreuse. C’est pourquoi le médecin les associe la plupart du temps à un protecteur gastrique de type inhibiteur de la pompe à protons, comme l’oméprazole. « Malgré des effets négatifs répertoriés ou suspectés, les protecteurs gastriques gardent tout leur intérêt dans cette coprescription », souligne le Dr Bégaud.

Pendant la grossesse, un avis médical est indispensable

En janvier 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament a rappelé que l’on ne doit jamais utiliser ces médicaments dès le sixième mois de grossesse. Le risque ? Léser le cœur du fœtus au stade où les deux cavités de l’organe se séparent, et ce « même avec une seule prise », insiste Nathalie Richard. L’idéal est d’éviter toute automédication tout au long de la grossesse.

S’il faut soulager une douleur, on utilisera en priorité le paracétamol, « voire l’aspirine tant que l’on est dans les deux premiers trimestres de grossesse, mais sous contrôle médical », dit Nathalie Richard.

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L’ibuprofène perturberait le système hormonal

C’est surtout le cas des sportifs qui utilisent cette molécule en continu pour prévenir les douleurs musculaires. Or, la prise d’ibuprofène à la dose de 1 200 mg par jour pendant 6 semaines perturbe la sécrétion des hormones sexuelles au niveau des testicules chez les hommes jeunes. Ce phénomène survient habituellement chez 10 % des hommes âgés. On ignore encore les conséquences à long terme, notamment sur la fertilité masculine.

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