Accueil » Santé et Remise en forme » Santé mentale: l’attente explose dans l’est de Montréal | ARIANE LACOURSIÈRE

Santé mentale: l’attente explose dans l’est de Montréal | ARIANE LACOURSIÈRE



«C’est certain que nous sommes préoccupés par la situation», affirme le directeur du programme santé mentale, dépendance et itinérance au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Jonathan Brière.

Ce dernier explique que le seul psychiatre qui assure normalement le service d’évaluation diagnostique dans les CLSC d’Hochelaga-Maisonneuve et de Rosemont est actuellement en congé de maladie. Deux collègues ont accepté de le remplacer temporairement au pied levé, dont le chef du département de psychiatrie du territoire. «Mais on regarde pour un plan plus permanent», affirme M. Brière.

«Ça ne fonctionne pas quand tout repose sur les épaules d’un seul médecin. L’évaluation, c’est la porte d’entrée dans le réseau pour les services de santé mentale. Il peut bien y avoir des problèmes d’accès !», lance le président du Syndicat des techniciens et des professionnels du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (SCFP), Luc Beauregard.

Manque de psychiatres

Les patients qui sont en attente d’une évaluation diagnostique en santé mentale sont envoyés par leur médecin de famille, par un médecin d’une clinique sans rendez-vous ou sont passés par le guichet d’accès en santé mentale de leur CLSC. Ils attendent une évaluation pour savoir s’ils souffrent, par exemple, de dépression, de trouble de l’adaptation ou de troubles anxieux.

M. Brière précise que les cas urgents, où la vie des patients est en danger, sont traités rapidement, notamment par les centres de crise, des équipes d’intervention spécialisées ou les urgences du territoire. La ligne de crise Résolution (514 351-6661) est aussi disponible en tout temps.

«Mais pour les problèmes de santé mentale plus courants, il faut attendre. L’évaluation, c’est ce qui te permet d’amorcer ta démarche de traitement. C’est très important de l’avoir rapidement», affirme M. Beauregard.

Ce dernier explique qu’avant la fusion des établissements de santé, en 2015, les évaluations diagnostiques en santé mentale étaient effectuées par les psychiatres de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (ex-hôpital Louis-H.-Lafontaine). «Mais depuis les fusions, le service a été déplacé en première ligne dans les CLSC. Et les psychiatres n’ont pas suivi», résume M. Beauregard.

«Un énorme problème de logistique»

Psychiatre et chef du département de psychiatrie du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, le Dr Jean-Pierre Melun explique que l’idée derrière la décision d’offrir le service d’évaluation diagnostique dans les CLSC était de «se rapprocher de la population». «C’est une bonne idée en soi», dit-il, expliquant que plusieurs patients ne se rendaient pas à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal pour recevoir leur évaluation.

Mais pour différentes raisons, le nombre de psychiatres exerçant en première ligne ne permet pas actuellement de répondre à la demande. 

«Nous avons un énorme problème de logistique», reconnaît le Dr Melun, qui souligne que la population de l’est de Montréal est plus pauvre et vulnérable et que la demande en santé mentale est énorme sur le territoire.

Plusieurs des 70 psychiatres oeuvrant dans l’est de Montréal ont des missions d’enseignement universitaire.

D’autres travaillent en hospitalisation ou en psychiatrie légale. Et 10 % d’entre eux sont en congé de maladie. Si bien que le nombre de psychiatres disponibles pour les évaluations en première ligne est faible, explique le Dr Melun.

«Ce ne sont pas des excuses. Mais il faut voir qu’un ensemble d’éléments ont mené à cette crise», dit-il.

Quelles solutions?

Les équipes du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal sont à pied d’oeuvre pour tenter de régler la crise actuelle, affirme le Dr Melun. Des médecins exerçant en deuxième ligne viendront sous peu prêter main-forte afin de diminuer les listes d’attente. «À long terme, il faudra embaucher des psychiatres qui feront de la première ligne. Mais c’est nouveau. Et ces candidats ne courent pas les rues», dit le Dr Melun.

Ce dernier souligne que des analyses ont déjà démontré que dans 80% des évaluations réalisées par les psychiatres de l’est de Montréal, le patient n’a finalement pas besoin de soins en psychiatrie. Ces patients ont plutôt besoin de recevoir des services de travailleurs sociaux, par exemple. De la sensibilisation à ce sujet devra être faite auprès des médecins de famille du territoire, qui se disent déjà débordés, note le Dr Melun. 

Pour les cas flagrants où l’expertise des psychiatres n’est pas nécessaire, le Dr Melun croit que le mécanisme d’évaluation devrait être revu afin que les infirmières puissent rediriger immédiatement ces patients en première ligne, sans avoir besoin de l’évaluation du psychiatre.

Pour M. Beauregard, des solutions doivent être rapidement trouvées. Car les techniciens et les professionnels qui travaillent en santé mentale dans l’est de Montréal sont à bout de souffle. «La pression retombe sur eux. On leur demande de faire quelque chose. Mais ils ne peuvent pas faire grand-chose», dit-il.


Première apparition

A lire aussi: