lundi , 6 juillet 2020
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Burn-out, comment s’en sortir? – Planete sante

Comment éviter de se faire submerger par son travail?

La santé au travail «est la capacité d’assumer, de façon durable, les contraintes et la charge de notre emploi grâce à nos ressources personnelles (capacités et compétences physiques, mentales, émotionnelles et sociales)», écrit Catherine Vasey, psychologue spécialisée dans le burn-out dans La boîte à outils de votre santé au travail  (Ed. Dunod).

Pour la préserver, il est nécessaire de prendre soin de son corps en veillant à avoir une alimentation équilibrée et en pratiquant régulièrement de l’activité physique, mais aussi en s’accordant «des temps de récupération active en suffisance». Au niveau du mental, la psychologue conseille «d’entretenir sa concentration et sa mémoire et de ne pas laisser les soucis professionnels déborder sur la vie privée». Elle recommande aussi de contenir ses émotions, de renforcer ses liens avec les autres en établissant «un bon réseau professionnel et privé», mais aussi de «continuer à apprendre et de stimuler sa créativité, ainsi que son esprit d’initiative». Enfin, alors que nous vivons à une époque où «la perte de sens est exacerbée, car on travaille à flux tendu et que l’on ne peut plus respecter les valeurs de notre profession, il est indispensable d’entretenir le sens de son travail et d’être fidèle aux priorités essentielles qui nous sont importantes», souligne la spécialiste.

Dans la vie professionnelle, Olivier Spinnler, médecin psychiatre et psychothérapeute à Lausanne, préconise de veiller à avoir une bonne organisation au travail et de ne pas hésiter «à demander de l’aide à ses collègues et à signaler la surcharge à ses supérieurs ou au service du personnel lorsqu’il n’est pas possible d’assurer ce qui est demandé et que le stress est chronique».

Il ne faut pas oublier, précise-t-il, «que l’information et la prévention du burn-out incombent aussi et surtout aux entreprises. C’est à elles qu’il revient en effet d’améliorer l’organisation du travail, les relations entre les collaborateurs et avec la direction, le style de management et l’environnement professionnel afin de protéger la santé des collaborateurs».

«J’étais devenue un légume. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler, physiquement et mentalement.» Claire a fait un burn-out (lire son témoignage). Elle n’est pas la seule à avoir souffert de ce mal qui est en constante augmentation. D’après le Job Stress Index publié par Promotion Santé Suisse sur la base d’enquêtes annuelles, la proportion d’actifs qui se sentaient épuisés et stressés était de près de 30% en 2018, contre 25% en 2016. Certes, tous ne souffraient pas véritablement d’un syndrome d’épuisement professionnel, mais beaucoup appartenaient à ce que Promotion Santé Suisse nomme «la zone critique» et étaient guettés par le surmenage.

Stress profond chronique

Au départ, le stress, en lui-même, n’est pas responsable de cet état. «Au contraire, il nous donne de l’énergie. Il nous met sous pression et nous permet de donner le meilleur de nous-même», souligne Catherine Vasey, psychologue spécialisée dans le burn-out à Lausanne et conceptrice du site noburnout.ch. Selon elle, «le burn-out ne vient pas tant du stress que d’un manque de récupération». Si l’on ne parvient pas à relâcher la tension, celle-ci dure et devient chronique, engendrant un cercle infernal. On dort moins bien, on est donc fatigué et on devient moins efficace dans son activité professionnelle. De ce fait, au lieu de se reposer et de consacrer du temps à sa famille et à ses loisirs, on compense en faisant des heures supplémentaires. Peu à peu, le travail prend de plus en plus de place dans sa vie et on s’épuise. Olivier Spinnler, médecin psychiatre et psychothérapeute à Lausanne, n’hésite d’ailleurs pas à dire que «le monde du travail est pathogène».

Le burn-out figure dans la classification des maladies mentales de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, l’OMS ne le considère pas comme une maladie, mais comme «un syndrome conceptualisé comme résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement géré». Il n’est par ailleurs toujours pas reconnu en Suisse comme une maladie professionnelle. Quoi qu’il en soit, ce syndrome – qui, outre les employés, peut aussi affecter les femmes au foyer ou les étudiants – se traduit, d’après Olivier Spinnler, par un «épuisement nerveux et émotionnel» qui peut provoquer une kyrielle de symptômes. Ces troubles se manifestent dans les domaines physique (insomnies, mal de dos, perte ou prise de poids, etc.), émotionnel (émotions exacerbées, irritabilité, angoisse notamment) et relationnel (tendance à s’isoler, perte d’empathie, ruminations mentales, entre autres). Enfin, sur le plan intellectuel, il engendre des troubles cognitifs comme des pertes de mémoire et une baisse de la concentration, ainsi qu’une «incapacité à avoir une vision d’ensemble», observe Catherine Vasey. Cela peut aller très loin. «Un de mes patients, un ingénieur, n’arrivait plus à lire, même un panneau d’affichage!» Claire, elle, ne pouvait plus consulter ses mails.

Chacun réagit en effet à sa façon. Certaines personnes parviennent à résister au stress chronique et à échapper – ou à différer – le burn-out, d’autres ont plus de mal. Ce sont celles «qui ont un idéal irréaliste qu’elles n’arrivent pas à atteindre», note la psychologue spécialisée. Son collègue psychiatre ne dit pas autre chose lorsqu’il précise que les individus à risque sont ceux qui sont «les plus volontaristes. Ils triment, triment et à la fin, ils craquent». Parmi les employés, les plus à risque sont ceux du secteur tertiaire. De nombreux cas ont par exemple été observés chez les enseignants, mais aussi chez les soignants parmi lesquels on peut craindre, dans quelques temps, qu’une vague de burn-out suive celle du Covid-19. En fait, aucun métier n’est épargné, «mais les personnes travaillant dans les secteurs primaire et secondaire sont en premier lieu atteintes dans leur corps», explique Catherine Vasey. Elles souffrent du dos ou de leurs blessures, avant de ressentir les effets du stress chronique.

Deux à trois mois d’arrêt de travail

Pour s’en sortir, «il est indispensable de se faire aider par un(e) professionnel(le) spécialisé(e) dans le burn-out», souligne la psychologue qui pratique une prise en charge en trois phases.

La première sert à «remonter le niveau d’énergie, explique Catherine Vasey. Concrètement, il s’agit surtout de s’efforcer de bien dormir, si possible sans médicament, et de faire de l’activité physique au minimum une heure par jour. Il est important aussi de limiter toute source de stress et de cadrer les éventuelles ruminations mentales».

La deuxième étape est celle «de la dynamisation, poursuit la spécialiste. On doit analyser et bien identifier les facteurs de risque dans sa vie professionnelle et personnelle et explorer les ressources qui peuvent être mises en place en vue de la reprise du travail». Par exemple, apprendre à poser des limites, à ne pas se laisser surcharger et à dire «non». Il est aussi indispensable, selon la psychologue, de s’astreindre à un entraînement intellectuel: «Les hormones du stress font en effet des dégâts sur les neurones et, pour rétablir un bon fonctionnement cognitif, il est essentiel de faire des exercices, de mémorisation par exemple.»

Quant à la troisième phase, c’est celle du retour au travail «qui est indispensable pour guérir», selon Catherine Vasey. Il faut toutefois le faire au bon moment: ni trop tôt, car on risque la rechute, ni trop tard, car cela peut entraîner le découragement et la perte du moral.

Un arrêt de travail pour un burn-out sans complication, s’il est bien accompagné, doit durer «deux à trois mois au maximum» souligne-t-elle. Mais après, il n’est pas question de tout recommencer comme avant. ll faut y aller «en douceur et progressivement, précise Olivier Spinnler. Reprendre à temps partiel et augmenter peu à peu ses heures de travail».

Il faut généralement plusieurs mois – cela varie selon les individus, la sévérité du burn-out et le contexte professionnel – pour retrouver le taux d’occupation que l’on avait auparavant, puis «encore six mois pour consolider le nouvel équilibre», constate Catherine Vasey.

Lorsqu’on en arrive au «stade final du long processus de souffrance qu’est le burn-out, souligne Olivier Spinnler, on n’a pas à culpabiliser». Alors que le monde du travail pousse les salariés à en faire toujours d’avantage, «arrêtons de croire que nous pouvons sans cesse dépasser nos limites!, ajoute l’expert. Quitte à fleurter avec la limite, mieux vaut se tenir en-deçà, car au-delà c’est le craquage assuré.»

Témoignage

«J’étais une loque, je ne pouvais plus rien faire »

Claire, 38 ans, travaillait dans une société du secteur de la finance. «J’étais pleinement investie dans mon métier qui me passionnait, raconte-t-elle. Mes supérieurs étaient très contents, donc j’en donnais de plus en plus. Comme je suis assez perfectionniste, j’avais envie d’aller au-delà des procédures établies pour les améliorer». Mais ses supérieurs n’ont pas apprécié et la situation a commencé à se détériorer. «Ils me confiaient des tâches qui n’étaient pas du tout en adéquation avec mes compétences. C’était du mobbing. Je me sentais de moins en moins bien et, à la fin de 2018, j’ai donné ma démission, mais elle a été refusée. Je travaillais tout le temps et ma vie personnelle était sans cesse mêlée à ma vie professionnelle. C’était un engrenage. J’étais dans un état de stress extrêmement élevé et permanent et je ne baissais jamais la pression. Ma sœur, qui est psychologue, m’a prévenue que j’étais au bord du burn-out. Mais Je n’y croyais pas, je me croyais assez forte pour supporter tout ça.

Ça s’est très mal terminé et, début juillet 2019, j’ai été virée comme une malpropre. Mais je devais continuer à travailler durant ma période de préavis.

Un champ de ruine

Le burn-out est arrivé de façon vraiment sournoise.  Alors que j’étais en week-end à la montagne avec des amis, j’ai pris conscience que mon travail n’avait plus aucun sens pour moi. Le lundi, j’étais très fatiguée et j’ai bossé chez moi. La moindre tâche me posait problème. Le lendemain, quand je suis retournée au travail, je n’arrivais même plus à lire mes mails. Je suis restée immobile à regarder mon écran, d’un air médusé.

Je pleurais, j’étais une loque quand je suis allée chez mon généraliste qui m’a donné un arrêt de travail. Plus tard, j’ai aussi consulté un psychiatre. J’ai pris un antidépresseur, que je n’ai pas supporté, puis des anxiolytiques qui ne m’ont pas aidée.

Je ne pouvais plus rien faire, je tournais en rond dans la maison et je broyais du noir. J’étais devenue un légume. Je ne pouvais plus rien contrôler, ni physiquement, ni mentalement. J’avais l’impression que j’étais dans une bulle et que tout allait trop vite autour de moi. J’ai réalisé que je n’étais plus en pleine possession de mes moyens, et je l’ai vécu comme une défaite.

Je me suis rendue compte que je ne pouvais plus faire un travail qui n’avait plus de sens pour moi. Mes valeurs n’étaient plus du tout en adéquation avec mon job dans la finance. En janvier dernier, j’ai donc commencé une formation de coaching qui m’a fait énormément de bien, car elle m’a aidé à prendre du recul sur la situation. Je me suis mise aussi au yoga et à la méditation. Avec ma thérapie psychiatrique, ça a été le déclic.

Actuellement, je ne suis pas encore tout à fait remise, mais j’ai l’impression de diriger ma vie et d’avoir des activités qui sont en adéquation totale avec mes valeurs. J’ai aussi changé mon mode de vie. Je suis partie d’un champ de ruines et j’ai réinventé ma vie».

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Paru dans Le Matin Dimanche le 31/05/2020.


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