vendredi , 25 septembre 2020
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Canicule: la mortalité des ainés gravement alourdie par la crise du coronavirus? (carte blanche) – Santé

Il s’est passé un événement tragique en Belgique durant le mois d’août de cette année. Une brutale augmentation de mortalité, bien plus sérieuse que celles des années précédentes, hors covid, a eu lieu.

J’avoue qu’en observant cette augmentation de la courbe de mortalité, je n’en croyais pas mes yeux. C’est une blague me disais-je. Mais, ces courbes et ces chiffres émanent d’organismes on ne peut plus officiels pour la Belgique, dans ce cas-ci : STATBEL.

Pour la France, cette augmentation, bien présente, est moins visible, probablement parce que le pays est beaucoup moins homogène sur le plan climatique qu’un aussi petit pays que la Belgique. Mais si on prend les Hauts-de-France, on trouvera un phénomène d’une ampleur aussi dramatique (données Insee). En examinant les données par pays européens, proposées par le site Euromomo, les Pays-Bas ont également connu une montée de mortalité brutale, brève, également impressionnante, à la 33e semaine au mois d’août, mais pas de l’ampleur de la Belgique.

Cette brutale augmentation de mortalité est manifestement liée à la courte période de canicule que nous avons connue à partir du 8 août. Si l’on prend le niveau « normal » ou « attendu » de 263 décès par jour (celui proposé pour cette période par sciensano), nous aurions un excès de décès d’environ 1300 personnes entre le 9 et le 20 août. Cela reste cependant un calcul théorique, mais qui nous donne un ordre de grandeur.

Toujours est-il que le niveau de température atteint n’avait rien d’exceptionnel pour la Belgique, avec un pic de température moyenne de 28,7°C le 9 août, bien en deçà des 30,2°C de température moyenne du 25 juillet 2019.

Et pourtant, la mortalité qui répond à cette montée de température est tout à fait exceptionnelle pour ce pays avec un pic à 489 décès le 13 août.

En recherchant dans les données des années précédentes (de 1992 à aujourd’hui), il n’y a pas eu de pic aussi important lié à la chaleur (le maximum trouvé est de 427 décès le 25 juillet 2019).

Sauf la crise covid (674 décès le 10 avril), il n’y a, là aussi, jamais eu de pic aussi important lié à la grippe saisonnière (max 462 décès le 7 mars 2018 ).

En examinant les données de STATBEL, qui ont fait un travail intéressant à ce sujet, on remarque, une fois de plus, que ce sont nos aînés qui ont payé le prix fort.

Que s’est-il passé ?

null © DR

La réponse nous la connaissons.

Nos populations et certainement nos aînés ont été fragilisés par la crise covid.

Remarque préliminaire : grâce aux données comparatives STATBEL sur plusieurs années, on peut donner précisément une date technique de fin de l’épidémie covid : très exactement le 12 mai, date où la courbe de mortalité n’est plus distinguable de celles des années précédentes. Nous sommes donc un bon trimestre plus tard et nos aînés sont toujours déstabilisés alors que les beaux mois sont précisément les mois où ils récupèrent le mieux. C’est nécessaire pour leur permettre de résister à l’hiver qui s’annonce.

Mais à force de faire peur, d’enfermer, de masquer (et pour les aînés, cela peut être dangereux surtout lorsque la chaleur est élevée), de limiter les déplacements, courts et longs, de restreindre les contacts chaleureux avec la famille et les amis, et d’oublier les soins de base avec un quasi-abandon de nos aînés (combien sont décédés faute de soins de santé adéquats, ou tout simplement faute de s’en occuper un minimum : beaucoup d’entre nous ont connu de telles situations dans leur famille), tout cela n’améliore pas la résistance face aux agressions, et une température caniculaire est une agression.

Cet abandon de la santé pour tous sur un plan aussi basique, pourquoi ?

Pour uniquement se focaliser, quasi compulsivement, sur une épidémie qui est techniquement terminée depuis plus de trois mois sur le plan sanitaire, mais qui bat toujours son plein sur le plan scientifico-politico-médiatique : le coût humain effroyable de ces dysfonctionnements est également là.

Une autre dimension tout à fait exemplaire, est le traitement donné par nos médias à cette situation humainement intolérable, car n’oublions que ce sont des décès parfaitement évitables par des mesures simples.

Les drames prédits n’ont pas eu lieu et les drames réels ont été gommés. Rien ou presque rien ne fut mis en avant de cet épisode dramatique, passez muscade, il n’y a rien à voir. C’est assez stupéfiant. C’est à croire que cette brutale augmentation de mortalité, qui a crevé les plafonds, tant des autres drames liés à la canicule, et nous en avons connus, que des périodes meurtrières grippales d’hiver, hors covid, n’intéresse pas les médias mainstreams, ni d’ailleurs nos politiques ou nos « scientifiques ».

À croire que la santé de nos concitoyens n’intéresse pas ou plus, seule l’image projetée dans l’immédiateté a droit de cité. Le soupçon en est fourni une fois de plus. Triste monde, qui ne semble plus capable d’observer et de réagir dans la profondeur à la propre souffrance de ses proches, seul importe la surface des choses, pour autant qu’elle soit observée avec le « bon » prisme.

Quelle tristesse.

Christophe de Brouwer, professeur hre de l’Université libre de Bruxelles, ancien président de l’École de Santé publique de l’université libre de Bruxelles.

J’avoue qu’en observant cette augmentation de la courbe de mortalité, je n’en croyais pas mes yeux. C’est une blague me disais-je. Mais, ces courbes et ces chiffres émanent d’organismes on ne peut plus officiels pour la Belgique, dans ce cas-ci : STATBEL.Pour la France, cette augmentation, bien présente, est moins visible, probablement parce que le pays est beaucoup moins homogène sur le plan climatique qu’un aussi petit pays que la Belgique. Mais si on prend les Hauts-de-France, on trouvera un phénomène d’une ampleur aussi dramatique (données Insee). En examinant les données par pays européens, proposées par le site Euromomo, les Pays-Bas ont également connu une montée de mortalité brutale, brève, également impressionnante, à la 33e semaine au mois d’août, mais pas de l’ampleur de la Belgique.Cette brutale augmentation de mortalité est manifestement liée à la courte période de canicule que nous avons connue à partir du 8 août. Si l’on prend le niveau « normal » ou « attendu » de 263 décès par jour (celui proposé pour cette période par sciensano), nous aurions un excès de décès d’environ 1300 personnes entre le 9 et le 20 août. Cela reste cependant un calcul théorique, mais qui nous donne un ordre de grandeur.Toujours est-il que le niveau de température atteint n’avait rien d’exceptionnel pour la Belgique, avec un pic de température moyenne de 28,7°C le 9 août, bien en deçà des 30,2°C de température moyenne du 25 juillet 2019.Et pourtant, la mortalité qui répond à cette montée de température est tout à fait exceptionnelle pour ce pays avec un pic à 489 décès le 13 août.En recherchant dans les données des années précédentes (de 1992 à aujourd’hui), il n’y a pas eu de pic aussi important lié à la chaleur (le maximum trouvé est de 427 décès le 25 juillet 2019).Sauf la crise covid (674 décès le 10 avril), il n’y a, là aussi, jamais eu de pic aussi important lié à la grippe saisonnière (max 462 décès le 7 mars 2018 ).En examinant les données de STATBEL, qui ont fait un travail intéressant à ce sujet, on remarque, une fois de plus, que ce sont nos aînés qui ont payé le prix fort.Que s’est-il passé ?La réponse nous la connaissons.Nos populations et certainement nos aînés ont été fragilisés par la crise covid.Remarque préliminaire : grâce aux données comparatives STATBEL sur plusieurs années, on peut donner précisément une date technique de fin de l’épidémie covid : très exactement le 12 mai, date où la courbe de mortalité n’est plus distinguable de celles des années précédentes. Nous sommes donc un bon trimestre plus tard et nos aînés sont toujours déstabilisés alors que les beaux mois sont précisément les mois où ils récupèrent le mieux. C’est nécessaire pour leur permettre de résister à l’hiver qui s’annonce.Mais à force de faire peur, d’enfermer, de masquer (et pour les aînés, cela peut être dangereux surtout lorsque la chaleur est élevée), de limiter les déplacements, courts et longs, de restreindre les contacts chaleureux avec la famille et les amis, et d’oublier les soins de base avec un quasi-abandon de nos aînés (combien sont décédés faute de soins de santé adéquats, ou tout simplement faute de s’en occuper un minimum : beaucoup d’entre nous ont connu de telles situations dans leur famille), tout cela n’améliore pas la résistance face aux agressions, et une température caniculaire est une agression.Cet abandon de la santé pour tous sur un plan aussi basique, pourquoi ?Pour uniquement se focaliser, quasi compulsivement, sur une épidémie qui est techniquement terminée depuis plus de trois mois sur le plan sanitaire, mais qui bat toujours son plein sur le plan scientifico-politico-médiatique : le coût humain effroyable de ces dysfonctionnements est également là.Une autre dimension tout à fait exemplaire, est le traitement donné par nos médias à cette situation humainement intolérable, car n’oublions que ce sont des décès parfaitement évitables par des mesures simples.Les drames prédits n’ont pas eu lieu et les drames réels ont été gommés. Rien ou presque rien ne fut mis en avant de cet épisode dramatique, passez muscade, il n’y a rien à voir. C’est assez stupéfiant. C’est à croire que cette brutale augmentation de mortalité, qui a crevé les plafonds, tant des autres drames liés à la canicule, et nous en avons connus, que des périodes meurtrières grippales d’hiver, hors covid, n’intéresse pas les médias mainstreams, ni d’ailleurs nos politiques ou nos « scientifiques ».À croire que la santé de nos concitoyens n’intéresse pas ou plus, seule l’image projetée dans l’immédiateté a droit de cité. Le soupçon en est fourni une fois de plus. Triste monde, qui ne semble plus capable d’observer et de réagir dans la profondeur à la propre souffrance de ses proches, seul importe la surface des choses, pour autant qu’elle soit observée avec le « bon » prisme.Quelle tristesse.Christophe de Brouwer, professeur hre de l’Université libre de Bruxelles, ancien président de l’École de Santé publique de l’université libre de Bruxelles.


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