mercredi , 27 mai 2020
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Coronavirus : et si le vaccin BCG protégeait les soignants ?


Dans la famille des pistes de traitement et de prévention face au coronavirus… un nouveau candidat : le vaccin BCG. Utilisé pour lutter contre la tuberculose, qui touche environ 10 millions de personnes, et fait encore 1,5 million de décès dans le monde chaque année, il pourrait aussi être efficace contre la durée des symptômes du Covid-19. Un moyen de protéger les soignants, mais pas seulement.

L’étude de l’inflammation, stratégique dans la lutte contre le coronavirus

La stratégie actuelle pour combattre le virus SARS-CoV-2 (responsable de la maladie Covid-19) consiste à jouer sur notre immunité acquise en essayant de mettre au point un vaccin et en parallèle de tester différents traitements antiviraux, seuls ou en cocktail.

Mais, l’immunité innée, qui se manifeste par la réaction inflammatoire (rougeur, chaleur, douleur, gonflement) déclenchée par notre corps en cas cas d’infection, doit être observée de près. Comme le soulignent, dans une chronique publiée dans Mediapart Laurent Lagrost (Directeur de Recherche à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Didier Payen (Professeur Emerite à l ‘Université Paris 7 et Professeur d’Anesthésie-Réanimation), "la composante inflammatoire de notre organisme est tout particulièrement importante, à la fois essentielle (puisqu’elle permet de contrer et d’éliminer le virus) et redoutable (puisque, quand elle est exacerbée et devient incontrôlée, elle peut conduire au décès des patients).

Ce qu’observent les scientifiques qui scrutent le SARS-CoV-2, c’est que celui-ci se comporte très différemment selon son hôte. Les enfants infectés sont peu malades, alors que les sujets âgés peuvent présenter des formes sévères de la maladie. "La réponse à cette question est fondamentale car elle peut éclairer de nouvelles pistes thérapeutiques", soulignent les deux scientifiques. Et d’avancer : "si le SARS-CoV-2 est à l’origine de l’attaque, c’est bien la réponse inflammatoire de l’hôte qui tue." Ici, les scientifiques misent sur l’immunité entraînée, "ou comment peut-être tirer profit de la mémoire du système immunitaire inné dans la prévention des formes sévères de la Covid-19."

Test en cours aux Pays-Bas

Un espoir ? Aux Pays-Bas, Mihai Netea, spécialiste des maladies infectieuses au centre médical de l’université Radboud, s’intéresse à la vaccination anti-tuberculose, le BCG. Selon ses tests sur des souris, le BCG entraîne une baisse de la charge virale et permettrait au corps de sécréter davantage de protéines favorisant le bon fonctionnement du système immunitaire. Autre point positif des effets secondaires de ce vaccin : son action sur le contrôle de l’inflammation. Or, le Covid-19 présent partout dans le monde, a pour particularité d’engendrer une réaction inflammatoire très forte dans les poumons.

Cette théorie est d’ores et déjà testée sur des humains à l’université d’Utrecht où le chercheur Mihai Netea l’administre à des soignants et à des personnes âgées. 1000 patients ont été recrutés dans 8 hôpitaux des Pays-Bas, divisés en deux : ceux qui recevront le vaccin, d’autres le placebo. Chez les soignants qui contracteront la maladie, les jours d’absence seront étudiés (après vérification qu’ils ont bien contracté le Covid-19) pour voir si le BCG permet vraiment  réduire la survenue de formes sévères et limiter la durée de la maladie.

Dans cette course à trouver la réponse au Covid-19, l’essai a convaincu l’Allemagne, qui a modifié la composition du BCG et l’institut Pasteur de Lille, où la chercheuse Camille Locht travaille sur un essai similaire, rapporte Le Figaro. Rappelons tout de même que le vaccin ne protège pas de la maladie, mais pourrait aider le système immunitaire à s’en défaire plus rapidement. Pour l’heure, il ne s’agit que d’une théorie, inutile donc de vous précipiter vers le vaccin !

"La mémoire immunitaire BCG pourrait-elle ainsi contribuer à diminuer le nombre des patients avec des formes sévères ou critiques, aujourd’hui admis en nombre croissant à l’hôpital ? Pourrait-elle constituer une piste raisonnable pour soutenir nos personnels soignants qui se battent avec un talent et un dévouement qui forcent l’admiration et la reconnaissance de la Nation ?", se demandent Laurent Gros et Didier Payen, dans l’article de Mediapart.

Une disparité géographique troublante

Les résultats de ces études ne seront pas connus avant plusieurs semaines. En attendant, Laurent Lagros et Didier Payen observent que les ressortissants hors UE de Lombardie ne présenteraient pas de formes sévères et d’atteintes pulmonaires, seulement des symptômes grippaux bénins lorsqu’ils étaient infectés par le SARS-CoV-2. Or, ces derniers avaient tous été vaccinés contre la tuberculose, ainsi que l’exige l’entrée sur le territoire. A l’inverse, les français comme les italiens ne sont plus vaccinés contre la tuberculose. "La perte d’immunité pourrait concerner tout particulièrement les personnes âgées qui, parfois, non pas été vaccinées contre le BCG depuis plus de 40 ans". Par ailleurs, comme les enfants français, les enfants italiens ne tombent pas, ou très peu, malades. "Ne seraient-ils donc pas protégés, par leur vaccination BCG encore efficace, contre les formes sévères de la Covid-19 ?" s’interrogent ces scientifiques. "Il est bien sûr encore trop tôt pour l’affirmer mais cette observation porte tout de même à réfléchir." Autre élément troublant : la disparité des ratios nombre de décès/nombre de cas pour chaque pays. En Afrique, la sévérité de la maladie (taux de mortalité), semble beaucoup plus faible que ce qui est rapporté pour la plupart des pays européens. Or, la prévalence de la tuberculose dans la population y est très élevée. Il ne s’agit que d’hypothèses, mais ces scientifiques appellent la communauté médicale et scientifique à étudier cette piste…

Sources :

  • Le Figaro, Coronavirus: et si le BCG protégeait les soignants ?
  • Mediapart, BCG et Covid-19 : comment soutenir votre système immunitaire ? 

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