jeudi , 24 septembre 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Coronavirus : les femmes peuvent développer une réponse immunitaire plus forte

Coronavirus : les femmes peuvent développer une réponse immunitaire plus forte

Pourquoi le coronavirus frappe-t-il plus durement les hommes? Une hypothèse émerge avec une étude menée par des chercheurs de l’Université de Yale. Ces derniers ont découvert que les femmes produisent une réponse immunitaire plus puissante que les hommes, et ce peu importe leur âge, grâce à l’activation d’un type précis de globules blancs. Ces résultats mettent en avant l’idée d’une approche fondée sur le sexe pour le traitement des patients.


© iStock

Une nouvelle étude portant sur les réponses immunitaires des hommes et des femmes face au coronavirus pourrait jeter un nouvel éclairage sur les raisons pour lesquelles les hommes sont plus susceptibles d’être sévèrement atteints. Publiée dans la revue Nature, des chercheurs de Yale y affirment avoir identifié des différences dans la façon dont leur système immunitaire réagit au virus. Ces derniers rappellent que depuis l’émergence de l’épidémie, des preuves font état de différences entre les sexes dans ce domaine, mais les scientifiques ne savent pas pourquoi les réponses immunitaires contre le SRAS-CoV-2 diffèrent entre les sexes, et si cela peut expliquer la sensibilité des hommes à la COVID-19.

Les scientifiques ont donc voulu trouver des mécanismes biologiques possibles expliquant pourquoi les hommes sont plus susceptibles que les femmes de souffrir de formes graves de COVID-19 et de mourir de la maladie. « Ce que nous avons découvert, c’est que les hommes et les femmes développent différents types de réponses immunitaires au COVID-19. », explique l’auteur principal de l’étude, le Pr Akiko Iwasaki. La spécialiste de l’immunité estime ainsi que « ces différences peuvent sous-tendre une susceptibilité accrue à la maladie chez les hommes», qui représentent environ 60% des décès dus à la COVID-19 dans le monde selon les estimations de l’équipe scientifique.

Le système immunitaire des femmes est plus réactif

Les chercheurs ont prélevé tous les trois à sept jours des échantillons nasaux, salivaires et sanguins auprès de 59 personnes non infectées ainsi que de patients atteints de la maladie (17 hommes et 22 femmes). Ils ont suivi tous ces patients au fil du temps pour observer comment les réponses immunitaires diffèrent entre ceux qui se rétablissent de la maladie et ceux qui progressent vers des formes sévères. Dans l’ensemble, les scientifiques ont découvert que les femmes malades avaient développé une meilleure réponse immunitaire car leur organisme produisait davantage une classe de cellules immunitaires, les lymphocytes T, des globules blancs capables de reconnaître les virus et de les éliminer.

Cette tendance était similaire chez les femmes plus âgées, tandis que les hommes plus âgés avaient une activité des lymphocytes T plus faible : plus ils étaient âgés, plus la réponse était faible. Les hommes ont également produit plus de cytokines, des protéines inflammatoires déployées dans le cadre de la réaction immunitaire innée du corps. Cependant, des cas graves de COVID-19 ont été liés à une accumulation excessive de cytokines, phénomène surnommé « tempête de cytokines ». Or, cet emballement du système immunitaire peut gravement endommager les poumons du patient, entraîner un syndrome de détresse respiratoire aiguë, des lésions tissulaires et des défaillances d’organes.

Faut-il traiter les patients différemment selon le sexe ?

Les chercheurs ont constaté que les hommes qui ont montré des niveaux de cytokines importants au début de l’infection étaient plus susceptibles de souffrir d’une forme grave de la maladie, tout comme les femmes. Mais certains types de cytokines, appelées interleukine-8 et interleukine-18, étaient élevés chez tous les hommes, et seulement chez certaines femmes. Sur la base de ces résultats, les chercheurs suggèrent d’explorer des interventions thérapeutiques différentes selon les sexes.

« Pour les hommes, nous devrions améliorer la réponse des lymphocytes T avec des vaccins tandis que les femmes pourraient recevoir un traitement pour bloquer la réponse des cytokines », souligne le Pr Akiko Iwasaki.

Mais cette étude présente toutefois des limites. A commencer par le fait que le nombre de patients étudiés était très limité et que l’âge moyen du groupe était également élevé, autour d’une soixantaine d’années, ce qui rend difficile l’évaluation de l’évolution de la réponse immunitaire avec l’âge. Commentant ces résultats, le Pr Eleanor Riley de l’Université d’Édimbourg a déclaré qu’une partie des divergences notées dans l’étude « pourrait être due à l’âge ou à l’indice de masse corporelle (IMC), voire au hasard plutôt qu’au sexe. » Pour cette spécialiste, mieux vaut donc privilégier des traitements personnalisés selon le cas de chaque patient, plutôt que définis uniquement sur le sexe.

À lire aussi

Première apparition