mercredi , 12 août 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Covid-19 et perte d’odorat : le SARS-CoV-2 n’infecterait pas les nerfs olfactifs

Covid-19 et perte d’odorat : le SARS-CoV-2 n’infecterait pas les nerfs olfactifs

L’anosmie est l’un des symptômes les plus répandus de la maladie Covid-19. En collaboration avec l’Anses, une équipe de chercheurs de l’INRAE s’est penchée sur le mécanisme cellulaire de cette perte soudaine d’odorat. D’après leurs travaux, le coronavirus infecterait principalement les cellules sustentaculaires et non les neurones sensoriels olfactifs.


© iStock / triloks

« L’anosmie – la perte d’odorat-  est l’un des symptômes fréquemment rencontrés chez les patients atteints de la Covid-19 et le personnel de santé inclut ce paramètre pour diagnostiquer des patients infectés par SARS-CoV-2″, indique l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE). Une première étude (1) soutenait l’hypothèse selon laquelle le coronavirus infecterait les nerfs olfactifs du nez. Mais selon de récents travaux, il n’en serait rien. 

Des chercheurs de l’INRAE, en collaboration avec l’Anses, ont démontré (dans le contexte d’un modèle expérimental chez le hamster syrien doré) que le coronavirus infecterait n’infecterait pas les nerfs olfactifs, mais bien d’autres cellules de la muqueuse nasale, les cellules sustentaculaires. Leurs travaux sont parus le 3 juillet dans la revue Brain Behaviour and Immunity (2). 

Un syndrome rarement observé dans la cadre d’infection respiratoires

L’anosmie, « bien que plus rare dans le cas de virus respiratoires comme la grippe, est bien connue et est associée à la faculté de ces virus à infecter les neurones olfactifs », rappelle l’INRAE. Or, ces neurones sont exposés à l’environnement et se connectent directement au système nerveux central (SNC). Un virus capable de les infecter pourra ainsi passer de manière privilégiée vers le SNC à travers « le rail olfactif ». 

« Un nombre important de patients présente des manifestations neurologiques, notamment dans les cas les plus sévères de la Covid-19, ce qui suggère que le SARS-CoV-2 puisse envahir le SNC, posent le chercheurs »

Quelles interactions entre les neurones olfactifs et le SARS-CoV-2 ?

Selon les observations des scientifiques : le SARS-CoV-2 entre dans les cellules par un récepteur spécifique, appelé ACE2. Les neurones olfactifs présents dans le nez sont entourés de cellules de soutien dites sustentaculaires qui ont ce récepteur spécifique ACE2, tandis que les neurones ne l’expriment pas. Leurs travaux ont montré que, chez le hamster, le SARS-CoV-2 infecte massivement ces cellules sustentaculaires mais pas les neurones olfactifs.

Par ailleurs, le virus n’a pas été trouvé dans le système nerveux central : « aucune présence n’a été constatée dans le cerveau, notamment dans les bulbes olfactifs », notent les chercheurs. Et d’ajouter : « l’absence de détection de virus dans le système nerveux central peut être dû au faible nombre d’animaux examinés mais, néanmoins, nous pouvons exclure une infection systématique et importante du cerveau suite à une infection par le SARS-CoV-2 chez le hamster ».

Une démasquation de la muqueuse nasale pourrait expliquer l’anosmie

Outre de l’infection des cellules de soutien, ils ont observé une desquamation de la muqueuse nasale, qui pourrait expliquer la perte d’odorat. En effet, la desquamation de la muqueuse nasale entraîne une perte des neurones olfactifs responsables de la détection des odeurs.

Si le même mécanisme que chez le hamster infecté se déroule chez l’Homme, il pourrait être à l’origine de l’anosmie observée et empêcherait le virus de pénétrer dans le système nerveux central via le rail olfactif comme cela a été suggéré dans une précédente étude parue en juin dernier dans la revue European journal of neurology (3). 

Fort heureusement, la muqueuse nasale est capable de se régénérer tout au long de la vie grâce à des cellules pluripotentes. Dans leurs expériences, les chercheurs ont ainsi observé une récupération de 50% de la structure initiale de la muqueuse nasale, et ce 14 jours après le début de l’infection, rassurent les chercheurs.

À lire aussi

Première apparition