samedi , 12 décembre 2020
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Cytomégalovirus pendant la grossesse: quel suivi?

Mesure de prévention

La prévention est primordiale pour limiter les risques de transmission pendant la grossesse. Les mesures d’hygiène suivantes sont recommandées:

– Laver soigneusement ses mains après tout contact avec les couches, urines ou sécrétions corporelles (salive, larmes, sécrétions nasales) d’un enfant.

– Bien nettoyer les surfaces en contact avec l’urine ou la salive des enfants.

– Éviter de partager des objets de toilette (brosse à dents, gants de toilette, serviettes…) ou alimentaires (couverts, nourriture, boissons…) avec un enfant.

– Éviter d’embrasser un enfant en bas âge sur la bouche – en particulier ceux gardés en collectivité.

– Les femmes enceintes travaillant en contact avec des enfants de moins de 3 ans doivent respecter scrupuleusement ces mesures d’hygiène et éventuellement demander une adaptation de leurs conditions de travail.

C’est un virus qui peut passer totalement inaperçu ou provoquer quelques symptômes grippaux non spécifiques. Il est la plupart du temps véhiculé par contact avec un enfant en bas âge gardé en collectivité. Un banal rhume donc, mais qui, contracté pendant la grossesse, peut avoir des répercussions importantes sur le fœtus, allant du déficit auditif, en passant par un retard de croissance, jusqu’à des troubles neurologiques, cognitifs ou encore moteurs. Heureusement, ces cas sont rares. Parmi les 1 à 2 % de femmes enceintes qui contractent le virus en début de grossesse – cela concerne surtout les mères qui ont déjà des enfants ou les professionnelles de la petite enfance –, seulement 30 % d’entre elles transmettront le virus au fœtus. «Et même parmi ces bébés infectés, 85 % d’entre eux n’auront aucune séquelle à la naissance», rassure le Pr David Baud, chef du Service d’obstétrique au Département Femmes-mères-enfants du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV).

Le moment crucial de l’infection

Dans le cas du CMV comme pour d’autres virus, la gravité des complications est corrélée au moment de l’infection. En effet, si celle-ci se situe autour de la conception ou en début de grossesse, l’impact sur l’enfant risque d’être plus grand. «Lors du premier trimestre, tous les organes se mettent en place, explique le Pr Baud. C’est donc une phase délicate où les conséquences peuvent être plus importantes.» Mais, bonne nouvelle, le virus semble moins propice à passer la barrière placentaire en début de grossesse. Alors que le taux de transmission est d’environ 5 à 16 % durant cette période, il monte à 65 % au troisième trimestre, période où les organes ont quasiment achevé leur développement et où l’impact sera donc moindre.

Pas de dépistage en Suisse?

Le risque de réinfection

Contrairement à la toxoplasmose, le cytomégalovirus n’entraîne pas une immunité totalement protectrice chez les femmes infectées. «Il y a un risque, lors d’une grossesse ultérieure, de réactivation ou réinfection avec une autre souche virale, explique le Pr David Baud, chef du Service d’obstétrique au Département Femmes-mères-enfants du CHUV. Mais dans ces cas-là, la transmission au fœtus n’est pas de 30 % comme lors d’une primo-infection, mais seulement de 1 %.»

Parmi les femmes enceintes qui contractent le CMV durant leur grossesse, très peu d’entre elles le savent. En effet, depuis quelques années, «les directives officielles de la Société suisse de gynécologique et d’obstétrique recommandent de ne plus dépister les femmes enceintes, note le Pr Baud. Il y avait beaucoup de résultats positifs, nous obligeant à faire des investigations (amniocentèses, ponction de sang fœtal) induisant un risque de perte du bébé. On avait finalement plus de bébés perdus par nos investigations que de bébés qui allaient mal à cause du virus.»

La prévention (lire encadré) a donc remplacé le dépistage massif et précoce des femmes enceintes, dans l’attente d’un traitement efficace contre le CMV. «Certaines molécules à l’étude sont prometteuses et pourraient protéger l’enfant d’une maman infectée pendant la grossesse, se réjouit le spécialiste. Si cette piste se concrétise, on pourrait alors revenir à un dépistage collectif.»

Transmission à l’enfant

On ne teste les patientes enceintes qu’en cas d’images suspectes lors d’une échographie : atteintes neurologiques, calcifications dans le cerveau, retard de croissance, eau qui s’accumule dans le ventre du bébé… «On demande alors un test sérologique pour mettre en évidence et dater l’infection, explique le Pr Baud. Face à un résultat positif, on propose une amniocentèse.» Si le virus n’est pas présent dans le liquide amniotique, c’est qu’il n’a pas infecté le fœtus et la grossesse se poursuit, éventuellement avec d’autres explorations pour tenter de comprendre les images suspectes. En revanche, si le virus est retrouvé dans le liquide amniotique, on considère que l’enfant est infecté par le CMV. Un suivi particulier se met alors en place avec notamment des échographies supplémentaires plus poussées, afin de repérer rapidement la moindre manifestation du virus. «On peut également prédire la gravité de l’infection en observant des marqueurs présents dans le sang du cordon, prélevé via une prise de sang intra-utérine, ajoute le spécialiste. Selon les résultats, on préconise également une IRM du cerveau du bébé à 32 semaines.»

Dans les rares cas où le pronostic est sombre et le cerveau gravement atteint, une interruption de la grossesse peut être envisagée. «J’explique souvent aux parents qu’infecté ne veut pas dire malade, rassure toutefois le Pr Baud. Même dans les cas où la mère est infectée, le risque que son enfant n’aille pas bien est de 3 %. Toutes ces explorations permettent de surveiller de près le développement du bébé et de repérer rapidement l’impact éventuel du virus.»

Après la naissance, accompagner et soigner

À la naissance, certains signes spécifiques d’une infection à CMV peuvent conduire à un test de dépistage urinaire, comme un retard de croissance, un petit périmètre crânien ou un mauvais test auditif. «Malgré le suivi pendant la grossesse, certains enfants peuvent passer entre les mailles du filet, explique le Pr Matthias Roth-Kleiner, médecin chef au Service de néonatologie du CHUV. Des investigations sont alors réalisées pour détecter de potentielles atteintes des organes.» Selon le type et la gravité des lésions, un suivi développemental complet et adapté ainsi qu’un traitement médicamenteux peuvent être indiqués. «On met également en place un suivi ORL précoce en cas de déficience auditive, ajoute le Pr Roth-Kleiner, car non traitée jusqu’à l’âge de 6 mois, une telle déficience peut entraîner des troubles dans l’apprentissage du langage.»

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Paru dans Planète Santé magazine N° 38 – Octobre 2020


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