vendredi , 13 novembre 2020
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Dépression hivernale: quand la lumière chasse les idées noires

Le saviez-vous?

La luminothérapie fonctionne aussi chez certaines personnes aveugles ou malvoyantes. Même si les cônes et bâtonnets responsables de la vision sont inactivés, les cellules ganglionnaires photosensibles de la rétine continuent à capter la lumière. Elles transmettent au cerveau des signaux de régulation de la mélatonine indépendamment des voies visuelles. Cela explique pourquoi la lumière régule également l’horloge biologique des non-voyants.

Dès novembre, les journées raccourcissent nettement et le froid nous confine à l’intérieur. L’hiver vient. Si cette phrase fera sourire les amateurs de la série Game of Thrones et les aficionados de ski, elle évoque pour d’autres une sombre période. Pour 10 % de la population, cette saison est en effet synonyme de blues hivernal, caractérisé par une fatigue persistante et une baisse de l’humeur.

Plus grave: 2 à 3 % de la population est sujette à une réelle dépression saisonnière. «Il s’agit d’une dépression qui surgit uniquement aux périodes de baisse de lumière, donc en automne et en hiver, définit la Dre Hélène Richard-Lepouriel, médecin adjointe responsable de l’Unité des troubles de l’humeur aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). On la diagnostique quand on observe des épisodes dépressifs sur au moins deux hivers consécutifs.» Les symptômes sont similaires à ceux d’une dépression classique : une tristesse continue, un manque d’envie, des troubles de concentration, des angoisses, voire des envies suicidaires. Par contre, là où la forme classique induit plutôt une perte d’appétit, la dépression saisonnière se caractérise par une envie de sucre. Les personnes concernées ont tendance à faire des crises de boulimie et la dépression hivernale s’accompagne fréquemment d’une prise de poids. Autre caractéristique : un fort besoin de dormir, appelé hypersomnie.

Excès de mélatonine

Si la dépression saisonnière survient en hiver, c’est en raison de la baisse de luminosité. Or la lumière régule notre horloge interne. Dans la rétine, les cellules ganglionnaires la captent et envoient des signaux à la glande pinéale située dans le cerveau. Lorsque la lumière baisse, cette glande active la production de l’hormone du sommeil, la mélatonine, qui prépare notre organisme à l’endormissement. À l’inverse, en début de journée, lorsque le soleil se lève, la production de mélatonine est inhibée. «Lorsqu’on souffre de dépression saisonnière, on a une incapacité à s’ajuster au manque de lumière et la mélatonine n’est plus détruite le matin comme elle le devrait, explique la Dre Richard-Lepouriel. Cette hormone s’accumule dans l’organisme, ce qui provoque l’état d’hypersomnie.»

Pour le reste des symptômes, la cause est à chercher notamment du côté de la sérotonine. Il s’agit d’un neurotransmetteur associé à l’état de bonheur. Durant la nuit, la sérotonine se transforme en mélatonine, alors qu’elle s’accumule durant la journée et crée un état de bien-être. Toutefois, si la production de mélatonine ne s’interrompt pas au matin, la sérotonine continue à être transformée en hormone du sommeil et vient donc à manquer en tant que telle. Ceci expliquerait l’état dépressif lié au manque de lumière.

Pas d’effet indésirable

Pour pallier le manque de lumière, des lampes spécifiques permettent de détruire la mélatonine et de réajuster ainsi le rythme biologique. «La luminothérapie est efficace dans 60 à 70 % des cas, ce qui est un taux très élevé en médecine, souligne la spécialiste des HUG. Il s’agit d’un traitement de première intention en cas de dépression saisonnière.» La lumière blanche ne contient ni rayon UV ni infrarouge et n’engendre aucun effet secondaire. Elle est donc tout à fait recommandée pour les femmes enceintes ou les personnes prenant déjà plusieurs traitements médicamenteux, notamment les personnes âgées. Cette méthode agit en outre plus rapidement que les antidépresseurs.

A noter que la luminothérapie est également efficace en cas de blues hivernal et fonctionnerait également contre le décalage horaire ou encore la dépression classique, en association avec un traitement antidépresseur. Le remboursement de l’achat de la lampe n’est toutefois garanti qu’avec l’indication de dépression saisonnière sur l’ordonnance.

En pratique

  • Choisissez une lampe de lumière blanche avec une puissance de minimum 10’000 lux. En cas de diagnostic de dépression saisonnière, l’achat sur ordonnance est remboursé par l’assurance maladie.
  • Installez la lampe à une distance de 80 cm de votre visage.
  • Exposez-vous 30 à 45 minutes au réveil. Il n’est pas nécessaire de fixer la lampe, vous pouvez vous adonner à d’autres activités. Pensez toutefois à regarder la lumière de manière régulière.
  • Répétez l’exposition tous les matins à heures fixes, afin de favoriser la stabilisation du rythme circadien.
  • La durée du traitement dépend de chacun. Certains le pratiquent pendant quelques semaines, d’autres durant toute la période hivernale. La meilleure solution reste de tester ce qui vous correspond le plus et d’en discuter avec votre médecin.
  • Il est également possible de faire de la luminothérapie en cabinet.
  • Pour stabiliser l’horloge biologique, conservez un rythme de sommeil régulier, y compris durant les week-ends, et évitez les siestes.

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Paru dans Générations, Hors-série « Se soigner autrement – Gros plan sur la médecine intégrative », Octobre 2019.


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