vendredi , 25 septembre 2020
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Dermatite atopique : deux millions d’adultes sont concernés


Le plus souvent, la maladie démarre dans l’enfance, mais elle peut aussi survenir chez l’adulte. En France, environ 4 % des plus de 15 ans sont touchés par la dermatite atopique, également appelée eczéma atopique. Parmi les adultes atteints (environ deux millions de personnes), 6 % souffrent d’une forme sévère de la maladie qui affecte leur vie quotidienne. Pour des raisons encore inconnues, deux sur trois sont des femmes. 

Des plaques rouges et des démangeaisons

La dermatite atopique évolue par poussées, souvent favorisées par le stress ou le contact avec des facteurs irritants (chaleur, laine…). Sur la peau, des plaques rouges et pelées se forment. Elles démangent fortement. Chez l’adulte, deux zones sont plus particulièrement touchées : la tête et le cou, ainsi que les plis des coudes et des genoux

Chez les enfants, la situation n’est pas tout à fait la même. Chez les tout-petits (moins de deux ans), les plaques se développent surtout sur les zones rebondies du corps : le front, les joues ou le ventre. Plus tard dans l’enfance, ce sont surtout les plis des coudes et des genoux qui sont atteints. 

Ce n’est pas une allergie

La dermatite atopique se développe sur un terrain génétique prédisposé. Elle est liée à une fragilité intrinsèque de la peau. Souvent trop sèche, celle-ci n’assure plus sa fonction de barrière ou de « toile cirée » selon l’expression imagée du Dr Charlotte Fite, chef du service de dermatologie de l’hôpital Paris-Saint Joseph. En temps normal, l’eau et les corps étrangers glissent sur la peau. Dans la dermatite atopique, la peau des patients laisse pénétrer des substances de l’environnement, ce qui provoque une inflammation. Cette réaction n’est pas une allergie, mais elle est favorisée par un dérèglement du système immunitaire

Toute la famille est concernée

Les personnes qui présentent ce terrain atopique peuvent transmettre cette prédisposition génétique à leurs enfants. « Chez les enfants souffrant de dermatite atopique, on retrouve sept fois sur dix un apparenté au premier degré (père, mère, frère, soeur, NDLR) atteint d’une maladie du spectre de l’atopie : un eczéma et/ou une conjonctivite saisonnière et/ou une rhinite allergique et/ou un urticaire et/ou un asthme », explique le Dr Fite.

Les parents peuvent, dans une certaine mesure, prévenir l’apparition d’un eczéma atopique chez leur bébé en hydratant quotidiennement sa peau. « Les crèmes hydratantes, dites émollientes, appliquées dès les premières semaines de vie semblent réduire, ou retarder, la survenue de la dermatite atopique chez les bébés. Elles déposent une fine couche de graisse qui va protéger la peau », précise la dermatologue. 

La recommandation est la même à l’âge adulte. La première mesure à prendre pour combattre la maladie consiste à hydrater sa peau avec des crèmes spécifiques, tous les jours, et sur l’ensemble de son corps. « Il faut « crémer » sa peau très régulièrement, de manière quotidienne, comme on se brosse les dents tous les jours », insiste le Dr Fite. De même, il est conseillé d’éviter aussi tout ce qui peut irriter et fragiliser la barrière cutanée comme les bains prolongés ou le port de vêtements qui grattent. 

Les dermocorticoïdes, des traitements efficaces

Sur le plan thérapeutique, plusieurs traitements peuvent être proposés selon l’étendue de la maladie et le profil du patient. Traiter une dermatite atopique demande une certaine persévérance car la maladie ne guérit pas toujours. En revanche, les traitements, à condition d’être correctement suivis, permettent de contrôler efficacement les poussées. Les patients profitent ainsi de longues périodes d’accalmie et peuvent mener une vie normale.

Lorsque les plaques apparaissent sur le corps, le médecin va prescrire une crème dermocorticoïde (à base de cortisone) à appliquer une fois par jour, jusqu’à ce que la peau ait retrouvé un aspect normal, c’est-à-dire qu’elle soit redevenue lisse, sans rougeur ni démangeaison. 

Parfois, trois à quatre semaines d’application sont nécessaires avant d’obtenir ce résultat. Il existe quatre niveaux d’action (léger, modéré, fort, très fort). Le dermatologue prescrit celui qui correspond le mieux à son patient. Appliqués suffisamment longtemps et en quantité suffisante, ces produits soulagent les démangeaisons, renforcent la barrière de la peau et permettent de contrôler la maladie dans la grande majorité des cas.

Ces dermocorticoïdes ont parfois mauvaise réputation auprès des patients qui redoutent les effets secondaires de la cortisone. Or, les produits appliqués sur la peau sont beaucoup moins dosés que les médicaments pris par voie orale. « Dans un tube de 30 grammes de bétaméthasone, le dermocorticoïde le plus couramment utilisé, il y a 1,5 gramme de cortisone efficace. Ce petit gramme va correspondre à vingt ou trente applications. À cette dose, les effets secondaires sont exceptionnels », remarque le Dr Fite.

Seule précaution à prendre, il faut éviter d’appliquer une crème très puissante, de façon prolongée, sur les zones où la peau est très fine (visage, cuisse, poitrine…). D’autres solutions peuvent être proposées.

Des alternatives existent

Si ces dermocorticoïdes ne suffisent pas à soulager le patient, le médecin va proposer d’essayer le tacrolimus topique, commercialisé sous le nom de Protopic ou Takrozem (son générique). Ce produit ne contient pas de cortisone. Il se présente sous forme de pommade, à appliquer tous les jours sur les plaques d’eczéma. Il peut servir d’alternative aux dermocorticoïdes pour traiter les zones fragiles comme le visage.

Un cran au-dessus : les traitements systémiques

En cas d’échec, on passe aux traitements dits «systémiques» qui agissent (chacun par des voies différentes) sur le système immunitaire : la ciclosporine, le méthotrexate et le dupilumab. L’un ou l’autre de ces produits est choisi en fonction du profil du patient.

La ciclosporine se prend, en général, en comprimés matin et soir. Le méthotrexate est proposé en comprimés ou par voie injectable, une fois par semaine. Pour le dupilumab, molécule plus récente et très efficace, le patient peut s’auto-injecter le produit, une fois toutes les deux semaines, après avoir appris le geste auprès d’une infirmière. « Ces traitements ont une bonne efficacité, encourageante pour les patients », assure le Dr Fite.

Une hygiène tout en douceur

À côté de ces thérapeutiques, de simples conseils d’hygiène permettent de protéger sa peau autant que possible. Pour la toilette, une douche courte et tiède vaut mieux qu’un bain prolongé. Les pains dermatologiques «sans savon» sont moins irritants pour la peau. « Les savons de forme galénique syndet contiennent davantage de corps gras qui laisse un film protecteur sur la peau », précise la dermatologue. 

Covid-19 : des gestes-barrière adaptés

Enfin, dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, il est préférable d’utiliser du gel hydroalcoolique plutôt que de multiplier les lavages des mains à l’eau et au savon. « Cela peut paraître contre-intuitif, mais l’eau a tendance à déshydrater la peau », explique le Dr Fite. Il vaut mieux utiliser les gels épais. Ce sont ceux qui contiennent le moins d’alcool, donc les moins irritants pour les mains. 

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