vendredi , 25 septembre 2020
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Des probiotiques cutanés permettraient d’améliorer l’eczéma chez les enfants


La dermatite atopique, communément appelée eczéma, est une maladie cutanée inflammatoire chronique qui se caractérise par une peau sèche et des démangeaisons et des éruptions cutanées. La maladie est plus fréquente chez les enfants et est liée à un risque accru de développer de l’asthme, du rhume des foins et des allergies alimentaires. Si la cause de l’eczéma est encore inconnue, une étude menée par des chercheurs du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID, Etats-Unis) suggère que la manipulation du microbiome cutané, soit toutes les bactéries et tous les autres micro-organismes vivant à la surface de la peau, peut offrir des avantages thérapeutiques aux patients.

Dans l’étude publiée dans la revue Science Translational Medicine, les chercheurs ont émis l’hypothèse que s’ils pulvérisaient directement des bactéries vivantes appelées « Roseomonas mucosa », prélevées sur la peau de volontaires « sains » et cultivées en laboratoire, sur la peau de patients atteintes d’eczéma, ces dernières pourraient réduire la gravité de la maladie et augmenter la qualité de vie des patients. Comment ? Ce traitement topique permettrait de venir à bout du Staphylococcus aureus, une bactérie connue pour aggraver l’eczéma. Dans l’ensemble, les patients ont obtenu une amélioration de 60 à 75% en l’appliquant deux à trois fois par semaine pendant quatre mois.

« Ces découvertes à un stade précoce suggèrent que la thérapie par Roseomonas peut aider à soulager certains enfants à la fois du fardeau des symptômes de l’eczéma et de la nécessité d’un traitement quotidien », explique le Pr Anthony S. Fauci, directeur du NIAID. « Notre espoir est qu’un traitement topique utilisant cette bactérie constituera une amélioration par rapport aux traitements actuels contre l’eczéma. » Les scientifiques rappellent en effet que si des traitements contre l’eczéma sont disponibles pour aider à diminuer les symptômes, les options actuelles peuvent s’avérer assez coûteuses pour le patient, d’autant que la plupart nécessitent plusieurs applications quotidiennes.

Deux fois par semaine pendant trois mois et tous les deux jours pendant un mois supplémentaire, 20 enfants atteints d’eczéma léger à sévère, âgés de 3 à 16 ans ou leurs soignants ont pulvérisé une solution d’eau sucrée contenant la bactérie sur les zones de la peau souffrant d’eczéma. Pour les 15 premiers enfants inclus dans l’étude, la dose a été progressivement augmentée chaque mois. Les cinq derniers enfants inscrits ont reçu la même dose tout au long de la période de traitement de quatre mois. Quel que soit le dosage, aucun événement indésirable n’a été attribué au traitement. Ainsi, 17 enfants ont connu une amélioration de plus de 50% de leur eczéma après le traitement.

« Des améliorations substantielles de leur peau »

Une amélioration s’est produite sur tous les sites cutanés traités, y compris les coudes intérieurs, les genoux intérieurs, les mains, le tronc et le cou. Les scientifiques ont également observé une augmentationde la fonction « barrière » de la peau, c’est-à-dire sa capacité à retenir l’humidité et à empêcher les allergènes d’entrer. Par ailleurs, la plupart des enfants avaient par la suite moins besoin d’utiliser des stéroïdes topiques car ils ressentaient moins de démangeaisons et rapportaient une meilleure qualité de vie, notamment au niveau du sommeil. Ces avantages ont persisté après la fin du traitement, et les souches de Roseomonasont « vécu » sur leur peau jusqu’à huit mois plus tard.

En plus des déséquilibres du microbiome, la peau des personnes atteintes d’eczéma est déficiente en certains lipides, ou huiles. En menant des expériences simultanées sur des animaux, les chercheurs ont découvert qu’un ensemble spécifique de lipides produits par cette bactérie peut induire des processus de réparation cutanée et ainsi favoriser le renouvellement des tissus. « La plupart des enfants de l’étude ont connu des améliorations substantielles de leur peau et de leur bien-être général après le traitement. Les bactéries thérapeutiques sont restées sur la peau et ont continué à apporter des bienfaits après l’arrêt du traitement », précise le Pr Ian Myles, chercheur principal de l’étude.

Est-ce une thérapie approuvée pour autant ? L’équipe scientifique se veut prudente, et souligne que si l’application de ce traitement dès que les symptômes se manifestent pourrait prévenir une maladie future, il est encore beaucoup trop tôt pour annoncer des propriétés curatives. Une étude plus large doit être menée avec la participation de 120 patients : la moitié recevra le traitement sous forme de spray et l’autre moitié ne recevra qu’un spray d’eau sucrée (placebo). « Le fait de savoir que des bactéries comme Roseomonas peuvent aider les patients atteints d’eczéma nous permettra également d’examiner quelles expositions environnementales pourraient nuire à ces microbes », concluent les chercheurs.

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