dimanche , 13 décembre 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Épuisement généralisé: Comment venir à bout de la fatigue – Beauté – Psycho

Épuisement généralisé: Comment venir à bout de la fatigue – Beauté – Psycho


Entre panoplie d’accessoires dédiés à trouver le marchand de sable et surmenage élevé au rang d’art, le sentiment de fatigue est omniprésent dans notre société. Et présente une opportunité lucrative pour qui sait capitaliser sur cet épuisement généralisé.

La rengaine, aussi répétitive que versatile, trouve sa place dans toutes les conversations, qu’elle s’immisce lors d’un souper de famille, un moment entre copines ou une pause à la machine à café. La règle du jeu est simple: c’est à qui aura le moins dormi. « Pfiou, je suis crevé moi, j’ai absolument voulu finir mon livre hier et je n’ai pas éteint ma lampe de chevet avant 1h30 du matin. » « 1h30 du matin? Mais mon pauvre chéri, tu en as de la chance! Moi, entre les deadlines et les coliques de la petite, c’est bien simple, je dors maximum trois heures par nuit! » Hier encore aveu de faiblesse, la fatigue se porte désormais comme un badge d’honneur.

La rengaine, aussi répétitive que versatile, trouve sa place dans toutes les conversations, qu’elle s’immisce lors d’un souper de famille, un moment entre copines ou une pause à la machine à café. La règle du jeu est simple: c’est à qui aura le moins dormi. « Pfiou, je suis crevé moi, j’ai absolument voulu finir mon livre hier et je n’ai pas éteint ma lampe de chevet avant 1h30 du matin. » « 1h30 du matin? Mais mon pauvre chéri, tu en as de la chance! Moi, entre les deadlines et les coliques de la petite, c’est bien simple, je dors maximum trois heures par nuit! » Hier encore aveu de faiblesse, la fatigue se porte désormais comme un badge d’honneur. Un revirement suivi de près par Vincent Grégoire, chargé du pôle d’étude des comportements des consommateurs pour Nelly Rodi, un des bureaux de tendance français les plus renommés. Fort de près de trente ans dans le métier, il est particulièrement bien placé pour observer les variations autour du « slow » et du « fast », soulignant que depuis quelque temps, ces dernières s’accélèrent et se fondent l’une dans l’autre. « Dans les années 80, on consacrait déjà quelques petits articles à la fatigue, mais l’obsession pour le sujet qu’on rencontre aujourd’hui est relativement récente et est une conséquence directe de la digitalisation effrénée du monde, théorise l’expert. On vit une période stressante et on ne sait pas de quoi demain sera fait. Il y a une fatigue de l’autre, de la pollution, de la politique… Ajoutez à ça les nouvelles idéologies, la radicalisation de nos sociétés, le rapport au travail qui se modifie et ça ne loupe pas, on a besoin de souffler. » Mais pas n’importe comment, car si, en 2020, la fatigue se porte en étendard, elle représente aussi un business lucratif, basé sur un postulat audacieux: ceux qui pensent savoir comment dormir se trompent. Après l’âge de fer, l’âge de la plume entrera-t-il lui aussi dans l’histoire? Rien n’est moins sûr, mais une chose est certaine: pour les convertis, ceux qui se contentent d’une simple couette et d’un oreiller au moment de fermer les yeux sont au mieux archaïques, au pire tout simplement inconscients. Dormir sans couverture lestée? Mais comment faire, alors, pour se débarrasser du poids du stress accumulé durant la journée? Ne savent-ils donc pas qu’il n’y a rien de tel que du linge de lit en matières naturelles, du lin de préférence, pour garantir une nuit de sommeil réparatrice? Que dire de ces kamikazes qui osent se lancer à l’assaut du repos sans spray aux huiles essentielles, baume de détente ou autre gadget de méditation coûteux? Ne comptez plus simplement les moutons, désormais, il s’agit de jouer sur la respiration et de s’initier à la méditation, si possible, avec l’aide d’un appareil de thérapie sonore et d’un masque de nuit, en satin sinon rien: vous ne voudriez pas gâcher les effets de votre sommeil avec des rides inutiles, tout de même. Depuis son bureau parisien, Vincent Grégoire accueille l’emballement de la tendance et la multiplication des gadgets avec le sourire. C’est qu’il en a vu d’autres, notamment l’arrivée sur le marché des smartphones, et avec eux, un cas d’école de besoins créés de toutes pièces par les annonceurs. Qui se rappelle, aujourd’hui, l’accueil plus que mitigé réservé à ces gadgets, alors même que chacun avait déjà un téléphone et un ordinateur, et nulle envie de combiner les deux? Il en va de même des couvertures lestées, créées à la base pour apaiser le sommeil des enfants autistes, et désormais omniprésentes dans nos chambres, sans parler des masques pour les yeux, hier encore réservés aux précieuses gentiment ridicules et aujourd’hui essentiels. « Le nouveau luxe, c’est la connaissance. Il ne s’agit pas d’accumuler plein de choses, mais bien de tout avoir et de ne rien posséder. Enchaîner les formations et les tutos pour renforcer son mental est devenu le comble du chic, explique Vincent Grégoire. Les marques ne se contentent plus de vendre des biens, elles vendent du story living, en vous apprenant comment vous servir de quelque chose que vous possédez déjà. » Un simple coussin, par exemple. « Le message est clair: « Vous n’avez pas les bons gestes, vous n’avez pas la bonne posture, vous ne savez pas. » Ce qui intéresse les consommateurs snobs, c’est d’être au même niveau que leur interlocuteur, donc ce type de discours est très performant. Les nouvelles égéries ne sont plus des top models, mais bien des « sachants », les érudits et autres pseudo-scientifiques. On est dans l’immatériel, on vous vend la méthode, la notice. » Et d’ajouter en souriant que « ce qui est intéressant dans le courant slow, c’est qu’il s’agit souvent de recettes de grand-mères qu’on adapte au goût du jour avec un nouveau vocabulaire ». Et un rapport parfois relativement flou à la vérité scientifique et aux effets prouvés des méthodes avancées. Pneumologue de formation, la somnologue Andreea Petrovici est en charge du plus grand laboratoire du sommeil de Wallonie, à l’hôpital Vésale de Charleroi, et consulte depuis peu en parallèle dans son cabinet privé de Nivelles. Si elle n’a pas attendu le réveil de la tendance pour s’intéresser à la fatigue et à ses effets, elle met en garde contre les dangers de ce sentiment d’épuisement généralisé. « On parle tout le temps de la fatigue, beaucoup plus qu’avant, et ça a un effet pervers parce que ça renforce le phénomène. La fatigue est devenue un phénomène de mode, presque une fierté, et c’est très dangereux parce que paradoxalement, plus on va en parler, plus on va se sentir fatigué. C’est très risqué et il est important de s’intéresser aux causes de cette fatigue. » Et de citer un sondage réalisé en janvier 2017, révélant que 10% seulement des Belges estiment dormir suffisamment, un tiers de la population avouant dormir moins de cinq heures par nuit. Pour le Dr Petrovici, en cas de nuits trop brèves, il s’agit d’aller chercher la réponse à la source plutôt que sur l’une ou l’autre boutique en ligne. « Il faut reconnaître les signaux d’alarme d’un sommeil de mauvaise qualité. La fatigue, bien sûr, mais aussi les céphalées, les troubles de la mémoire ou de la concentration, les sautes d’humeur et la tendance à rechercher des aliments riches en sucre ou en gras pour obtenir un apport d’énergie rapide », énonce la somnologue hennuyère. Qui, si elle souligne que ces dernières années ont vu une recrudescence inédite en termes de recherches de solutions en ligne contre le stress et l’insomnie – « la recherche « anti-stress » a augmenté de plus de 70% » -, rappelle toutefois également qu’il n’existe malheureusement pas de solution miracle. « Il faut d’abord essayer, même si c’est difficile, d’identifier la cause d’un sommeil de mauvaise qualité et tenter de la traiter. » Du côté du Centre des Troubles du Sommeil et de la Vigilance, à Bouge, on partage une série de conseils pour retrouver un bon sommeil. Parmi ceux-ci, l’importance d’avoir des horaires de sommeil réguliers, surtout au lever, l’exposition quotidienne à la lumière du jour, le respect d’un temps de détente avant le coucher, la pratique d’une activité physique, si possible le matin, et la création d’un environnement favorable au repos, qui passe par la nécessité de réserver le lit à celui-ci et à l’intimité. Pas d’écrans dans la chambre. Et pas non plus de mention dans leur liste de tout l’arsenal désormais disponible pour s’assurer des nuits sans insomnie. Les annonceurs nous prendraient-ils donc pour des moutons? Si une étude menée en 2015 par l’université de Göteborg avançait que les utilisateurs d’une couverture lestée témoignaient d’un sommeil « plus confortable, de meilleure qualité et plus paisible » après quatre semaines d’utilisation, le Dr Petrovici souligne le prix relativement élevé de cet accessoire, et le fait qu’un échantillon de 27 participants seulement n’est pas représentatif. En ce qui concerne les brumes parfumées, par contre, elle est moins sévère. « L’aromathérapie présente une alternative non pharmaceutique pour les troubles du sommeil liés à la dépression, à l’anxiété ou au stress. L’huile de lavande, par exemple, stimule le système parasympathique et a un effet de relaxation et de sédation. » Et de souligner que les huiles de jasmin et de menthe sont également particulièrement efficaces sur la qualité du sommeil et représentent « une option accessible et facile à essayer », avec prudence, toutefois, pour les personnes souffrant d’allergies et autres problèmes respiratoires. « Il ne suffit pas de dormir plus pour être moins fatigué, insiste Andreea Petrovici. C’est la qualité et non pas la quantité de sommeil qui est importante. » Vers un réveil collectif, et un recul de l’industrie florissante de la fatigue? « On voit clairement qu’en ce moment, la tendance c’est la nuit, la sieste, bien s’endormir et bien se réveiller, alors qu’il n’y a même pas cinq ans on valorisait les zombies qui avaient fait la fête toute la nuit, les yeux charbonneux, on était des superhéros boostés à toutes les cochonneries de synthèse, ironise Vincent Grégoire. Les eighties étaient l’ère de l’énergie, des nouvelles modes, il fallait être au courant de tout. Dans les nineties, c’était le streetwear, une certaine idée de l’énergie, puis l’an 2000 et les années bling avec l’apparition des nouveaux gourous en parallèle. Chaque décennie, il y a une cassure, mais ici, l’accélération semble nous mener droit dans le mur, il y a un besoin collectif de ralentir. Le rythme de la planète, le rythme de la consommation, mais le nôtre aussi. » Ce qui ne veut pas dire que la tendance à la glorification de la fatigue montre des signes de ralentissement pour autant. « Bizarrement, cette fatigue est encore plus ressentie par les générations digitales, la Gen Z et la Gen Y sont de grands fatigués et ça va être coton avec la génération alpha, celle de l’intelligence artificielle, prédit Vincent Grégoire. Ils se fatiguent vite de plein de choses, qu’il s’agisse d’un job, d’une esthétique ou de leurs potes. On a fait moins de gosses, on les a faits mieux, mais ils sont « attachiants ». » Plus dur sera le réveil.


Première apparition