jeudi , 27 février 2020
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Harcèlement moral : comment y faire face ?


Si le terme est aujourd’hui galvaudé, le harcèlement moral recouvre une réalité bien précise. « Il se caractérise par une succession d’actes, de paroles, ou de gestes malveillants de nature à ébranler la santé (physique et mentale) de l’individu, et aussi sa dignité », explique la psychothérapeute Isabelle Nazare-Aga.

« Le but consiste à exclure, voire à anéantir sa victime en l’empêchant de s’exprimer, en l’isolant des autres, en la dé-considérant aux yeux de son entourage, et en la discréditant dans son job ou ses activités, précise la médiatrice Marie-José Gava. De plus, le harcèlement au travail reconnu par la loi, n’est pas exclusivement descendant – un chef envers un salarié –, il est aussi ascendant – un salarié envers un chef – ou même horizontal, entre pairs ou avec un client. »

Le souci consiste à repérer ce qui est anormal dans le comportement de l’autre. Car en général, celui-ci sachant ce qui est interdit (injures racistes, violences physiques, attouchements, dénonciation calomnieuse…), évolue dans une zone de flou, avec des formes multiples, parfois subtiles, mais toujours répétitives, drague, incivilités, médisances, humiliations…


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« Le harcèlement surgit dans un rapport de force. Il vise à préserver ou à étendre son territoire et son influence, en générant chez sa victime un sentiment d’impuissance », résume le psychopédagogue Bruno Humbeeck.

Le contexte peut également favoriser le harcèlement : en famille, dans la rue, dans les clubs sportifs, les associations ou au bureau, dès que la compétition et l’individualisme y sont exacerbés. Toutefois, pour stopper les harceleurs, il faut proportionner ses répliques à l’intensité de l’agression.

Que faire quand le harcèlement se déclenche ?

Par de petites piques successives, exprimées sur un mode anodin, votre interlocuteur vous met en position de faiblesse, entamant alors une phase de déstabilisation. Il va vous amener à vous poser de mauvaises questions sur vous- même, à douter, à vous culpabiliser, sapant votre estime de soi. « À ce titre, les blagues sur les blondes lancées en public sont corrosives, souligne Bruno Humbeeck. La cible se sent triplement coupable, d’être blonde, d’être considérée comme une idiote, et de manquer d’humour puisqu’elle ne rit pas. » Le harceleur multiplie ainsi les “secousses émotionnelles”, soufflant le chaud et le froid, usant d’injonctions contradictoires, dénigrant… 

S’exprimer

« Si vous vous embrouillez dans vos émotions, prenez du recul. Puis, exprimez-les le plus tôt possible afin d’éviter l’apparition d’états d’âme ravageurs, qui conduisent à la terreur et au désespoir », recommande le psychopédagogue. « Dites à la cantonade, ou en tête à tête, “Je suis en colère… dégoûté… amer… blessé”. Car une émotion n’autorise pas la contradiction », poursuit l’expert. L’autre doit en tenir compte.

S’aménager des amortisseurs

« Notez vos émotions par anticipation (fureur, larmes, abattement…) dans un journal intime, préconise Marie-José Gava. Vous les gérerez mieux à l’instant “t”. Et si vous craignez que votre chef, ou votre collègue, vous torpille en réunion, envoyez-lui vos propositions par mail, il sera moins enclin à vous coincer sur tel ou tel point.

Moucher l’autre

“Vous êtes architecte ? Ah, vous êtes une femme intelligente, vous !” « Cette flatterie est anormale », relève Isabelle Nazare-Aga. Dites “Ah oui, mais plus intelligente que vous ne le pensez”,ou “Vous êtes perspicace !”. À la remarque “Tu as grossi !”, répondez “Je fais des réserves pour l’hiver”. Parfois, face à la bêtise, il n’y a rien de mieux que la bêtise. 

Répliquer, mais sans attaquer

« Maîtrisez votre communication, conseille Marie-José Gava. Pas question de réagir au quart de tour, l’agresseur n’attend que ça. La difficulté consiste à masquer l’emprise qu’il a sur vous. Feignez l’indifférence, gardez le sourire, répondez avec une pointe de mordant ou de dérision. » Ce n’est pas facile, mais cela s’apprend.

Que faire quand le harcèlement se confirme ?

Déstabilisé, stressé, on est plus facilement poussé à la faute. Donc, il faut être le plus irréprochable dans son job, ses activités, ses relations professionnelles et sociales. Le harceleur qui revient à la charge entre en effet dans la phase de destruction. Dès lors, il s’agit de faire taire les plaisanteries grivoises, les indélicatesses et les contacts physiques, incessants. 

« Ma cocotte », ou « Ma petite chérie » sont des familiarités qui n’ont pas lieu d’être au travail, comme les surnoms personnels, les regards plongeants dans un décolleté, ou les allusions à la vie privée (séparation, maladie d’un proche, endettement…). « Il y a ce qui se fait, et ce qui ne se fait pas selon la norme du groupe où vous évoluez », explique Bruno Humbeeck. L’inconvenance verbale ou non verbale dépend aussi de votre seuil de tolérance. 

Tenir tête au harceleur

Dites non à ce qui ne vous convient pas, rappelez en quoi le propos est inapproprié dans la situation : « Stop, pas cela, ou pas ici ». En tenant ainsi tête à l’agresseur, vous aurez déclenché un processus dit de « renforcement négatif », une logique qui le poussera à renoncer.

Lui faire honte en public

Quand l’agresseur se défend en vous traitant de parano : « Ah bon, je suis parano, mais on est nombreux alors, car les autres ont entendu la même chose que moi”. S’il vous qualifie d’hystérique en réunion, reprenez-le : « Qu’entendez-vous par là ? Savez-vous quelle en est la définition scientifique ?” Vous vous serez renseigné, pas lui.

Appliquer la loi de la proxémie

Vous devez faire respecter votre intimité.  La distance physique minimum qui protège votre bulle d’intimité : est d’1,25 m si vous n’êtes pas amis mais situés à proximité, sinon à au moins 2 m si vous êtes distants. Faites-la respecter, en reculant vous-même s’il le faut.

Que faire quand le harcèlement persiste et s‘installe ?

À ce stade, il ne faut plus avoir honte, ni peur d’en parler à votre entourage. « Les femmes sont dans l’idée que si elles s’élèvent contre une situation anormale au travail, elles risquent de perdre leur emploi, constate Isabelle Nazare-Aga. Elles craignent de raconter à leur conjoint, les blagues salaces ou les gestes déplacés, de peur que celui-ci surréagisse. Or, en parler libère ». Si le harcèlement a lieu dans le cercle familial, parlez-en à une amie. 

Tout noter

Dates, lieux, mots employés, notez le tout en détail. Enregistrez avec votre smartphone caché s’il le faut. Essayez d’avoir des témoins lors des scènes scabreuses ou destructrices. Gardez les mails. Car si ça tourne mal, il faut avoir collecté des preuves.

Pratiquer l’évitement total ou partiel

Exemple, refuser un dîner où se trouve un dragueur lourd et récidiviste, et proposer d’inviter le lendemain au restaurant la personne qui vous a convié à cette soirée.

Engager des démarches

Contactez votre médecin traitant ou médecin du travail. C’est son rôle d’écouter et de relayer le malaise en respectant l’anonymat. Informer la hiérarchie et la DRH, un entretien avec le harceleur, en votre présence, peut suffire à l’arrêter. Porter plainte si les choses s’aggravent, un policier n’a pas le droit de refuser votre déposition. 

Le cyberharcèlement, ou l’épouvante numérique 

« Internet, un espace virtuellement infini, amplifie le harcèlement », observe l’expert Bruno Humbeeck. Ce qui expose l’agresseur immature – collégiens, ados, jeunes adultes – au risque d’embardée, avec des effets disproportionnés et destructeurs. Les termes clés du mécanisme  ravageur des réseaux sociaux pour l’identifier et mieux s’en protéger : 

  • L’effet de masse : les harceleurs passifs likent instantanément et les actifs en rajoutent, couche après couche, dans la virulence.
  • L’effet de meute : tous ont la sensation de faire partie d’une même tribu, ce qui dilue la responsabilité de chacun.
  • L’effet « lol » : sous couvert d’humour, ils s’autorisent tous les excès, les qualifiant juste de “moqueries”.
  • L’effet « mandarin chinois » : ne voyant pas le visage des victimes, ils n’en repèrent pas les réactions émotionnelles, lesquelles, dans la vraie vie, atténuent la charge agressive.
  • L’effet cockpit : décon­nectés du réel, inconscients des dégâts causés, ils n’ont aucun état d’âme à larguer des scuds sur leur cible. Pour s’en sortir, il faut avoir le courage de dénoncer ces agissements, à plusieurs si possible. le mieux consiste à faire des captures d’écran avant d’aller porter plainte.

3 livres pour mieux appréhender le harcèlement moral : 

  • Harcèlement moral, comment s’en sortir, Marie-José Gava. Prat éditions, 22 €.
  • Pour en finir avec le harcèlement, Bruno Humbeeck. Éd. Odile Jacob, 21,90 €.
  • Les manipulateurs sont parmi nous, Isabelle Nazare-Aga. Éditions de l’homme, 22 €.
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