vendredi , 25 septembre 2020
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Hydroxychloroquine : elle n'est pas efficace contre le coronavirus



SOMMAIRE :

  • Hydroxychloroquine : pas d’effet antiviral in vivo
  • Hydroxychloroquine : l’étude douteuse de la revue The Lancet
  • Chloroquine : des effets secondaires cardiaques?
  • Plaquenil et chloroquine : quels patients ?
  • Quelle différence entre chloroquine et hydroxychloroquine ?

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les scientifiques du monde entier recherchent un remède efficace contre la maladie. Parmi eux, l’hydroxychloroquine (commercialisé sous le nom de Plaquenil), une molécule prônée par le Pr Didier Raoult et habituellement utilisée contre le paludisme. En plein cœur de l’épidémie de coronavirus, la chloroquine n’en finissait pas de susciter débats et polémiques, un peu partout sur la planète. En France, la molécule était défendue notamment par le Pr Raoult.

Une vaste méta-analyse, publiée le 27 août dans la revue Clinical Microbiology and Infection, conclut à son inefficacité. Au total 29 études scientifiques évaluant la molécule, associée ou non à l’azithromycine, ont été passées en revue. Et ce sont 11 000 patients traités à l’hydroxychloroquine seule, plus de 8 000 en association avec l’azithromycine et 12 000 autres "groupe contrôle" sans aucun des deux traitements qui ont été inclus dans la méta-analyse. Les taux de mortalité enregistrés ont été comparés à celui observé au sein de la plus vaste cohorte de patients hospitalisés atteints de Covid-19 en Europe, la cohorte britannique Isaric, qui indiquait en juin un taux de mortalité de 26 % parmi quelque 26 000 personnes hospitalisées.

Résultat : pas de différence significative pour les taux de mortalité avec l’hydroxychloroquine seule. En revanche, les patients ayant reçu un cocktail associant hydroxychloroquine et azithromycine présentent un risque accru de décès de 7 % par rapport à ceux n’ayant reçu que les traitements classiques.

Conclusion, "l’hydroxychloroquine seule n’est pas efficace dans le traitement du Covid-19, et son association avec l’azithromycine augmente le risque de mortalité", résument les auteurs, qui invitent à ne pas poursuivre les études évaluant la molécule controversée.

Hydroxychloroquine : pas d’effet antiviral in vivo

Ce 22 juillet, les résultats d’étude préclinique lancée en février 2020, montrait que l’hydroxychloroquine, qui possède des propriétés antivirales dans certains tests in vitro (à l’aide de cellules en culture), n’a pas d’efficacité antivirale in vivo. Cette étude visait à évaluer les effets de l’hydroxychloroquine, associée ou non à l’azithromycine, dans un modèle d’infection par le Covid-19 chez le macaque (la maladie observée chez les primates non humains étant très similaire à celle observée chez la majorité des patients atteints du COVID-19). Elle réunissait des scientifiques du CEA, de l’Inserm, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université de Paris-Saclay, de l’AP-HM, de l’Université Claude Bernard Lyon 1 et Aix-Marseille université.

Différentes stratégies de traitement ont été testées, avec ou sans azithromycine (un antibiotique souvent associé). Les conclusions, publiées dans la revue scientifique Nature, n’a pas d’effet antiviral contre le virus SARS-CoV-2, que ce soit avant l’infection pour réduire la charge virale ou lors des premiers jours après infection.

Hydroxychloroquine : l’étude douteuse de la revue The Lancet

Ce 4 juin, la revue médicale The Lancet procédait à la rétractation de son article qui suggérait que l’hydroxychloroquine, associée ou non à un antibiotique (azithromycine), augmentait la mortalité et les arythmies cardiaques chez les patients hospitalisés pour Covid-19. En effet, trois des quatre auteurs de l’étude s’étaient rétracter. Ils déploraient de ne plus pouvoir se porter garant de la "véracité" de leurs données primaires fournies par la société américaine Surgisphere.

Le New England Journal of Medicine (NEJM) avait également retiré un article publié le 1er mai, qui concluait que la prise de traitements antihypertenseurs n’avait pas d’influence sur la gravité du Covid-19. Pour ces deux études, l’auteur principal est Mandeep Mehra (Harvard Medical School) et les données provenaient de Surgisphere.

  • Quelles sont les conclusions de l’étude du Lancet ? L’étude en question est une analyse rétrospective des dossiers médicaux de plus de 96000 malades hospitalisés entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, au sein de 671 hôpitaux, pour cause de Covid-19. 

Environ 15 000 avaient été traités avec de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine seules ou associées à l’azithromycine. Ces groupes de patients répartis en 4 groupes ont été comparés à un groupe témoin comprenant plus de 80 000 patients et n’ayant pas reçu de traitement. Résultat, les quatre traitements étaient associés à un risque de mortalité plus élevé qu’au sein du groupe témoin (qui était de 9,3%) : 16,4% de décès pour la chloroquine seule, 22,2% quand elle était combinée à l’antibiotique, 18% pour l’hydroxychloroquine seule, et 23,8% quand elle était associée au même antibiotique.

Conclusion ? Loin d’apporter un bénéfice aux patients hospitalisés, la chloroquine et l’hydroxychloroquine, combinées ou non à un antibiotique (dont l’azithromycine), entraînent un risque accru d’arythmie cardiaque et de décès à l’hôpital selon cette étude. Une étude assortie d’un commentaire clairement défavorable de son auteur principal, le Dr Mandeep R. Mehra : "Il s’agit de la première étude à grande échelle à trouver des preuves statistiquement solides que le traitement à la chloroquine ou l’hydroxychloroquine ne bénéficie pas aux patients atteints de COVID-19. Au lieu de cela, nos résultats suggèrent qu’il peut être associé à un risque accru de problèmes cardiaques graves et à un risque accru de décès." Il poursuivait avec deux recommandations : confirmer ces résultats au travers d’un essai clinique randomisé et suspendre son utilisation en dehors de tout essai.

  • Suite à cette publication, de nombreux pays ont arrêté de prescrire l’hydroxychloroquine dans le traitement du coronavirus.

Après la publication de l’étude, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) avait recommandé de ne plus utiliser l’hydroxychloroquine dans le traitement du coronavirus et le gouvernement avait abrogé les dispositions dérogatoires autorisant la prescription de l’hydroxychloroquine. Pour rappel, ces dispositions avaient fait l’objet d’un décret publié fin mars permettant aux médecins prenant en charge les patients atteints du Covid-19 dans les hôpitaux, de leur prescrire de l’hydroxychloroquine. "Que ce soit en ville ou à l’hôpital, cette molécule ne doit pas être prescrite pour les patients atteints de COVID-19", est-il précisé dans un communiqué le ministère de la Santé.

L’Agence du médicament avait annoncé de son côté son souhait de suspendre les essais cliniques évaluant l’hydroxychloroquine chez les patients atteints de Covid-19, tout comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). "Cette mesure intervient dans l’attente de nouvelles données sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine chez les patients atteints par la COVID-19" souligne l’ANSM. Mais les patients en cours de traitement dans le cadre de ces essais cliniques peuvent le poursuivre jusqu’à la fin du protocole.

"Les preuves internes apportées par l’Essai Solidarity/Discovery, les preuves externes apportées par l’essai Recovery et les preuves combinées apportées par ces deux essais largement aléatoires, mises ensemble, suggèrent que l’hydroxychloroquine n’a pas pour résultat la réduction de la mortalité des patients", a déclaré la docteure Ana Maria Henao Restrepo, de l’OMS.

  • Très rapidement, plus de 120 scientifiques du monde entier avaient émis des doutes sur le sérieux de l’étude, via une lettre ouverte au rédacteur en chef de la revue scientifique The Lancet. En France, le Pr Didier Raoult s’était empressé de la qualifier de "foireuse", soulignant notamment qu’il n’était pas possible d’obtenir une telle homogénéité entre des patients de 5 continents différents. Dans leur lettre ouvertes, ces scientifiques (qui ne plaident pas tous pour l’utilisation de l’hydroxychloroquine dans le traitement du coronavirus) demandaient que l’OMS ou une autre institution indépendante valide les conclusions de cette étude et que les données soient mises à disposition en open data.

Chloroquine : des effets secondaires cardiaques ?

La molécule est suspectée de provoquer des anomalies électriques du fonctionnement du cœur pouvant mener à des troubles du rythme cardiaque, voire au décès.

L’Agence du médicament (ANSM) qui recueille les déclarations d’effets indésirables liés aux médicaments, soulignait fin avril qu’ils étaient en augmentation. Au total 321 cas en lien avec l’infection Covid-19 avaient été notifiés, dont 80% de cas graves et 4 décès, le "signal de vigilance" est donc confirmé indiquait l’ANSM.

La revue indépendante Prescrire avait annoncé quelques jours plus tôt être défavorable au recours à l’hydroxychloroquine (le Plaquénil) en association avec l’azithomycine dans le traitement du Covid-19 car cette association "augmente les risques de troubles graves du rythme cardiaque : allongement de l’intervalle QT avec risque élevé d’arythmie cardiaque et de torsades de pointes".

Quelle différence entre chloroquine et hydroxychloroquine ?

La chloroquine est un médicament essentiellement prescrit pour le traitement ou la prévention du paludisme (la fameuse Nivaquine). L’hydroxychloroquine est un de ses dérivés, qui est quant à lui essentiellement prescrit en rhumatologie pour soigner le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Il est également prescrit dans la prévention de la lucite estivale. Ce médicament est commercialisé en France sous le nom de Plaquenil. Tous deux sont de vieux médicaments qui ont été élaborés entre les deux guerres mondiales par des chimistes allemands. Tous deux commercialisés par le laboratoire Sanofi, ont obtenu leur AMM (autorisation de mise en marché) en 1998 pour la Nivaquine et en 2004 pour le Plaquenil.

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