vendredi , 11 décembre 2020
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Il faut retirer le vaccin contre le Covid des mains des multinationales pharmaceutiques (carte blanche) – Santé


En avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a fait une promesse inattendue, mais cruciale : le futur vaccin contre le Covid-19 serait un bien universel. Depuis lors, elle ne fait que rétropédaler. Une mauvaise nouvelle pour tous.

Un futur vaccin pourra jouer un rôle central dans l’éradication du Covid-19. Pour assurer ce rôle, il devra non seulement être efficace et fiable, mais aussi disponible et accessible dans le monde entier. En effet, d’une part, personne n’est à l’abri tant que tout le monde n’est pas protégé. Et d’autre part, tout le monde a le droit d’être protégé.

Les avantages d’un bien commun

Dès qu’un vaccin fiable et efficace sera au point, il en faudra des quantités énormes dans le monde entier, y compris en Europe. Or, aucune entreprise pharmaceutique ne dispose aujourd’hui d’une capacité de production suffisante pour fournir un vaccin à tout le monde. Il est donc important que les droits sur un vaccin efficace soient partagés, et qu’ils ne soient pas le monopole d’une ou de quelques firmes pharmaceutiques. Faute de quoi, une pénurie de vaccins sera inévitable.

C’est la raison pour laquelle, suite à des rapports prometteurs sur l’efficacité d’un vaccin, Pfizer a fait l’objet de pressions en vue du partage de la technologie vaccinale. D’autant que BioNTech, le partenaire allemand de Pfizer, a bénéficié d’une subvention publique de 375 millions d’euros. Mais Pfizer a refusé. Bien que l’entreprise pharmaceutique Moderna, dont le vaccin a été développé presque entièrement avec l’argent des contribuables, se soit engagée publiquement à ne pas faire valoir ses droits de propriété intellectuelle pendant la pandémie, la portée exacte de cette promesse reste obscure.

Faire du vaccin un bien public présente aussi d’autres avantages. Cela permet de nous éviter de payer un vaccin trois ou quatre fois. En effet, bon nombre des vaccins potentiels dans la course aujourd’hui ont été développés grâce à des millions d’euros de fonds publics. Autrement dit, l’argent de la collectivité finance actuellement non seulement la recherche et le développement, mais aussi l’expansion de la capacité de production, et enfin, le prix d’achat.

En outre, la Commission européenne contraint les États-membres à porter une partie de la responsabilité financière des éventuels futurs effets secondaires indésirables. La stratégie européenne pour les vaccins procède ainsi à un transfert du risque financier du privé vers le public, c’est-à-dire qu’une grande partie du risque lié à l’investissement est transféré du privé au public. La question est donc de savoir pourquoi, si c’est le public qui prend les risques, le droit de propriété devrait être privé ?

Laisser les droits de propriété au privé signifierait aussi que l’entreprise pourrait décider unilatéralement du prix de son vaccin. AstraZeneca s’est engagée à le vendre à un prix proche du prix coûtant. Mais l’entreprise a rapidement ajouté que cette promesse ne s’appliquerait que jusqu’à l’été prochain.

Ainsi permet-on aux multinationales pharmaceutiques d’opérer un véritable hold-up sur la sécurité sociale et sur les budgets nationaux (dans les deux cas, aux dépens des contribuables). Plus grave encore, le risque existe que la facture soit totalement inabordable pour certains pays. Les luttes autour d’un traitement contre le virus du SIDA nous a montré le danger de laisser les droits de propriété intellectuelle et la recherche de profit prévaloir sur la santé. Des millions de personnes sont mortes parce que les multinationales pharmaceutiques ont fait barrage à des traitements à prix abordable pour tous, jusqu’à ce que l’Afrique du Sud de Nelson Mandela décide de passer outre les brevets.

Bien public, contrôle public

En pleine pandémie, les droits de propriété intellectuelle agissent donc comme un frein à l’accès rapide et généralisé à un vaccin. En revanche, un vaccin qui serait un bien commun, exempt de brevet, signifierait non seulement que de nombreuses entreprises de par le monde pourraient le produire, mais aussi que le prix resterait sous contrôle.

Telle était également la philosophie de l’Américain Jonas Salk, à qui l’on doit le vaccin contre la polio. Il avait insisté pour que son vaccin soit mis sur le marché sans brevet, afin que tout le monde y ait accès. Pour reprendre la célèbre formule de Salk : « Peut-on breveter le soleil ? » Non. Parce que tout le monde a besoin de la lumière du soleil. Nous avons besoin de cet état d’esprit aujourd’hui.

Le fait de retirer le vaccin des mains des multinationales pharmaceutiques présente également un autre avantage. Beaucoup de citoyens, mais aussi des médecins, se posent des questions par rapport au vaccin. Et nous ne parlons pas alors d’un nombre relativement restreint de militants anti-vax, mais bien d’un groupe beaucoup plus large de personnes qui ont des doutes compréhensibles ou des questions légitimes. Plus qu’à un manque de confiance dans la science en général ou dans son médecin généraliste, le scepticisme à l’égard des vaccins s’explique souvent par une méfiance vis-à-vis d’une industrie pharmaceutique dont la priorité numéro un reste le profit. Le secret dans lequel la Commission européenne maintient des contrats de plusieurs milliards de dollars conclus avec ces multinationales pharmaceutiques ne favorise donc pas la confiance. Même des informations qui n’ont rien à voir avec le secret commercial (tels que le prix) sont farouchement cachées du regard public. Lorsque des millions de personnes doivent être vaccinées, la confiance est pourtant primordiale. Le fait de placer le vaccin sous contrôle public et d’indiquer clairement que personne n’en tirera profit peut contribuer à la renforcer.

La Commission européenne fait marche arrière

Voilà pourquoi la promesse faite en avril par Ursula Von der Leyen était si importante. Depuis lors, toutefois, la Commission européenne n’a cessé de renier son engagement. En juin, elle a omis de le mentionner dans sa Stratégie européenne concernant les vaccins. Par la suite, la Commission a systématiquement cantonné son engagement aux initiatives internationales visant la mise en commun des technologies sanitaires à l’échelle mondiale. Ainsi, elle n’a pas voulu soutenir officiellement le Groupement d’accès aux technologies contre la COVID-19 (C-TAP, une initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé visant à partager les traitements, vaccins, tests et autres technologies de lutte contre le Covid-19). Sa participation au CoVax, un autre mécanisme international conçu pour assurer une distribution mondiale équitable du vaccin, a été restreinte. La priorité a en revanche été mise sur des contrats bilatéraux entre la Commission européenne et les multinationales pharmaceutiques, afin de rafler les futurs stocks pour le compte des pays industrialisés. Nos vaccins d’abord. En septembre, Oxfam a pointé le fait que certains pays riches avaient déjà acheté plus de la moitié des vaccins disponibles. Près des deux tiers de la population mondiale devraient attendre au moins jusqu’en 2022 avant de pouvoir ne serait-ce que rêver d’un vaccin.En octobre, la Commission a alors répondu de manière plutôt cynique que l’engagement d’avril n’avait aucune valeur juridique. En d’autres termes, les promesses de solidarité étaient surtout de la poudre aux yeux. Lorsqu’une coalition de cent pays, menée par l’Afrique du Sud et l’Inde, a proposé de suspendre les brevets sur le vaccin, la Commission européenne est allée encore plus loin. Avec les États-Unis, la Suisse et plusieurs autres pays où les principales multinationales pharmaceutiques ont leur siège, elle a bloqué l’initiative au niveau de l’Organisation mondiale du Commerce. Une gifle pour tous ceux qui se battent pour une protection universelle contre le Covid-19, accessible à tous.

C’est sans doute ce qui a poussé les citoyens d’une dizaine de pays européens à lancer, ce 30 novembre 2020, une Initiative citoyenne européenne. Au vu de l’influence du lobby multinational pharmaceutique au niveau européen, l’initiative est plus que la bienvenue. Pour contraindre la Commission européenne à agir, cette initiative citoyenne devra recueillir un million de signatures à travers l’Europe. L’initiative vise à ce que les vaccins et les traitements anti-pandémiques soient reconnus comme un bien public mondial, librement accessible à tous, sans que cette accessibilité ne soit pas entravée par des brevets. Ainsi, les citoyens veulent obliger la Commission européenne à modifier la législation européenne. C’est fondamental, aussi bien pour la santé publique que pour la justice sociale. Nous ne pouvons pas laisser ce vaccin entre les mains des multinationales pharmaceutiques.

Un futur vaccin pourra jouer un rôle central dans l’éradication du Covid-19. Pour assurer ce rôle, il devra non seulement être efficace et fiable, mais aussi disponible et accessible dans le monde entier. En effet, d’une part, personne n’est à l’abri tant que tout le monde n’est pas protégé. Et d’autre part, tout le monde a le droit d’être protégé. Les avantages d’un bien communDès qu’un vaccin fiable et efficace sera au point, il en faudra des quantités énormes dans le monde entier, y compris en Europe. Or, aucune entreprise pharmaceutique ne dispose aujourd’hui d’une capacité de production suffisante pour fournir un vaccin à tout le monde. Il est donc important que les droits sur un vaccin efficace soient partagés, et qu’ils ne soient pas le monopole d’une ou de quelques firmes pharmaceutiques. Faute de quoi, une pénurie de vaccins sera inévitable.C’est la raison pour laquelle, suite à des rapports prometteurs sur l’efficacité d’un vaccin, Pfizer a fait l’objet de pressions en vue du partage de la technologie vaccinale. D’autant que BioNTech, le partenaire allemand de Pfizer, a bénéficié d’une subvention publique de 375 millions d’euros. Mais Pfizer a refusé. Bien que l’entreprise pharmaceutique Moderna, dont le vaccin a été développé presque entièrement avec l’argent des contribuables, se soit engagée publiquement à ne pas faire valoir ses droits de propriété intellectuelle pendant la pandémie, la portée exacte de cette promesse reste obscure. Faire du vaccin un bien public présente aussi d’autres avantages. Cela permet de nous éviter de payer un vaccin trois ou quatre fois. En effet, bon nombre des vaccins potentiels dans la course aujourd’hui ont été développés grâce à des millions d’euros de fonds publics. Autrement dit, l’argent de la collectivité finance actuellement non seulement la recherche et le développement, mais aussi l’expansion de la capacité de production, et enfin, le prix d’achat.En outre, la Commission européenne contraint les États-membres à porter une partie de la responsabilité financière des éventuels futurs effets secondaires indésirables. La stratégie européenne pour les vaccins procède ainsi à un transfert du risque financier du privé vers le public, c’est-à-dire qu’une grande partie du risque lié à l’investissement est transféré du privé au public. La question est donc de savoir pourquoi, si c’est le public qui prend les risques, le droit de propriété devrait être privé ?Laisser les droits de propriété au privé signifierait aussi que l’entreprise pourrait décider unilatéralement du prix de son vaccin. AstraZeneca s’est engagée à le vendre à un prix proche du prix coûtant. Mais l’entreprise a rapidement ajouté que cette promesse ne s’appliquerait que jusqu’à l’été prochain.Ainsi permet-on aux multinationales pharmaceutiques d’opérer un véritable hold-up sur la sécurité sociale et sur les budgets nationaux (dans les deux cas, aux dépens des contribuables). Plus grave encore, le risque existe que la facture soit totalement inabordable pour certains pays. Les luttes autour d’un traitement contre le virus du SIDA nous a montré le danger de laisser les droits de propriété intellectuelle et la recherche de profit prévaloir sur la santé. Des millions de personnes sont mortes parce que les multinationales pharmaceutiques ont fait barrage à des traitements à prix abordable pour tous, jusqu’à ce que l’Afrique du Sud de Nelson Mandela décide de passer outre les brevets.Bien public, contrôle publicEn pleine pandémie, les droits de propriété intellectuelle agissent donc comme un frein à l’accès rapide et généralisé à un vaccin. En revanche, un vaccin qui serait un bien commun, exempt de brevet, signifierait non seulement que de nombreuses entreprises de par le monde pourraient le produire, mais aussi que le prix resterait sous contrôle.Telle était également la philosophie de l’Américain Jonas Salk, à qui l’on doit le vaccin contre la polio. Il avait insisté pour que son vaccin soit mis sur le marché sans brevet, afin que tout le monde y ait accès. Pour reprendre la célèbre formule de Salk : « Peut-on breveter le soleil ? » Non. Parce que tout le monde a besoin de la lumière du soleil. Nous avons besoin de cet état d’esprit aujourd’hui. Le fait de retirer le vaccin des mains des multinationales pharmaceutiques présente également un autre avantage. Beaucoup de citoyens, mais aussi des médecins, se posent des questions par rapport au vaccin. Et nous ne parlons pas alors d’un nombre relativement restreint de militants anti-vax, mais bien d’un groupe beaucoup plus large de personnes qui ont des doutes compréhensibles ou des questions légitimes. Plus qu’à un manque de confiance dans la science en général ou dans son médecin généraliste, le scepticisme à l’égard des vaccins s’explique souvent par une méfiance vis-à-vis d’une industrie pharmaceutique dont la priorité numéro un reste le profit. Le secret dans lequel la Commission européenne maintient des contrats de plusieurs milliards de dollars conclus avec ces multinationales pharmaceutiques ne favorise donc pas la confiance. Même des informations qui n’ont rien à voir avec le secret commercial (tels que le prix) sont farouchement cachées du regard public. Lorsque des millions de personnes doivent être vaccinées, la confiance est pourtant primordiale. Le fait de placer le vaccin sous contrôle public et d’indiquer clairement que personne n’en tirera profit peut contribuer à la renforcer.La Commission européenne fait marche arrièreVoilà pourquoi la promesse faite en avril par Ursula Von der Leyen était si importante. Depuis lors, toutefois, la Commission européenne n’a cessé de renier son engagement. En juin, elle a omis de le mentionner dans sa Stratégie européenne concernant les vaccins. Par la suite, la Commission a systématiquement cantonné son engagement aux initiatives internationales visant la mise en commun des technologies sanitaires à l’échelle mondiale. Ainsi, elle n’a pas voulu soutenir officiellement le Groupement d’accès aux technologies contre la COVID-19 (C-TAP, une initiative de l’Organisation Mondiale de la Santé visant à partager les traitements, vaccins, tests et autres technologies de lutte contre le Covid-19). Sa participation au CoVax, un autre mécanisme international conçu pour assurer une distribution mondiale équitable du vaccin, a été restreinte. La priorité a en revanche été mise sur des contrats bilatéraux entre la Commission européenne et les multinationales pharmaceutiques, afin de rafler les futurs stocks pour le compte des pays industrialisés. Nos vaccins d’abord. En septembre, Oxfam a pointé le fait que certains pays riches avaient déjà acheté plus de la moitié des vaccins disponibles. Près des deux tiers de la population mondiale devraient attendre au moins jusqu’en 2022 avant de pouvoir ne serait-ce que rêver d’un vaccin.En octobre, la Commission a alors répondu de manière plutôt cynique que l’engagement d’avril n’avait aucune valeur juridique. En d’autres termes, les promesses de solidarité étaient surtout de la poudre aux yeux. Lorsqu’une coalition de cent pays, menée par l’Afrique du Sud et l’Inde, a proposé de suspendre les brevets sur le vaccin, la Commission européenne est allée encore plus loin. Avec les États-Unis, la Suisse et plusieurs autres pays où les principales multinationales pharmaceutiques ont leur siège, elle a bloqué l’initiative au niveau de l’Organisation mondiale du Commerce. Une gifle pour tous ceux qui se battent pour une protection universelle contre le Covid-19, accessible à tous. C’est sans doute ce qui a poussé les citoyens d’une dizaine de pays européens à lancer, ce 30 novembre 2020, une Initiative citoyenne européenne. Au vu de l’influence du lobby multinational pharmaceutique au niveau européen, l’initiative est plus que la bienvenue. Pour contraindre la Commission européenne à agir, cette initiative citoyenne devra recueillir un million de signatures à travers l’Europe. L’initiative vise à ce que les vaccins et les traitements anti-pandémiques soient reconnus comme un bien public mondial, librement accessible à tous, sans que cette accessibilité ne soit pas entravée par des brevets. Ainsi, les citoyens veulent obliger la Commission européenne à modifier la législation européenne. C’est fondamental, aussi bien pour la santé publique que pour la justice sociale. Nous ne pouvons pas laisser ce vaccin entre les mains des multinationales pharmaceutiques.


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