samedi , 8 août 2020
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La faim dans le monde augmente, alerte l’ONU qui craint l’impact du coronavirus


« L’Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde » est une étude mondiale conduite conjointement par cinq agences des Nations Unies (1) qui suit les progrès accomplis vers l’élimination de la faim et de la malnutrition. Les résultats de la dernière édition de cette étude annuelle se veulent alarmants (2), dans ce contexte si particulier, car les auteurs affirment que davantage de personnes souffrent de la faim dans le monde : des dizaines de millions de personnes ont rejoint, ces cinq dernières années, les rangs de celles qui sont chroniquement sous-alimentées tandis que les pays continuent, dans le monde entier, de lutter contre de multiples formes de malnutrition.

Le rapport estime ainsi que près de 690 millions de personnes ont souffert de la faim en 2019, soit une augmentation de 10 millions par rapport à 2018, et de près de 60 millions en cinq ans. En effet, en raison des coûts élevés et de la faiblesse des moyens financiers, des milliards de personnes ne peuvent pas adopter une alimentation saine ou nutritive. Les auteurs estiment qui plus est que la pandémie de covid-19pourrait faire basculer plus de 130 millions de personnes supplémentaires dans la faim chronique d’ici à la fin de l’année 2020. Notamment, « des flambées de faim aiguë dans le contexte de la pandémie pourraient faire encore grimper ce nombre ponctuellement », notent les auteurs.

Les répercussions de la pandémie de Covid-19

Dans l’avant-propos, les responsables des cinq institutions avertissent que «cinq ans après que le monde s’est engagé à éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition, nous ne sommes toujours pas en voie d’atteindre cet objectif d’ici à 2030». L’Asie reste la région où l’on trouve le plus grand nombre de personnes sous-alimentées (381 millions). L’Afrique vient en deuxième position (250 millions), suivie de l’Amérique latine et des Caraïbes (48 millions).

Si la prévalence mondiale de la sous-alimentation, soit le pourcentage global de personnes qui souffrent de la faim, évolue peu (autour de 8,9%), les chiffres absolus sont en augmentation depuis l’année 2014.

« Cela signifie que ces cinq dernières années, la faim a augmenté au même rythme que la population mondiale », note le rapport, indiquant que si la tendance actuelle se poursuit, en 2030, l’Afrique pourrait abriter plus de la moitié des personnes qui souffrent de la faim dans le monde.

Et bien qu’il soit trop tôt pour évaluer le plein impact des mesures de confinement, le rapport estime qu’au moins 83 millions de personnes supplémentaires, et peut-être jusqu’à 132 millions, pourraient souffrir de la faim en 2020 en raison de la récession déclenchée par la Covid-19. La pandémie a en effet impacté les activités et les processus liés à la production, à la distribution et à la consommation de nourriture.

Régimes malsains, insécurité alimentaire et malnutrition

« Vaincre la faim et la malnutrition sous toutes ses formes (carences en micronutriments, surpoids, obésité, dénutrition) ne se limite pas à assurer une alimentation suffisante pour survivre : ce que les gens et, surtout, les enfants mangent doit être nutritif. Or, un obstacle majeur est le coût élevé des aliments nutritifs et la difficulté d’accéder, pour des raisons économiques, à une alimentation bonne pour la santé. », indique le rapport. Celui-ci démontre qu’une alimentation saine coûte bien plus de 1,90 $ par jour, seuil de pauvreté international, et estime que le prix d’une alimentation saine, même la moins chère, est cinq fois plus élevé que celui à payer pour se remplir l’estomac de seuls féculents.

Qui plus est, les produits laitiers riches en nutriments, comme les fruits, les légumes et les aliments riches en protéines sont considérés comme les groupes d’aliments les plus chers au monde. Selon les dernières estimations, ce ne sont pas moins de 3 milliards de personnes qui ne peuvent pas se permettre une alimentation saine. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, c’est le cas de 57% de la population, mais aucune région, pas même l’Amérique du Nord ni l’Europe, n’est épargnée. Selon le rapport, en 2019, entre un quart et un tiers des enfants de moins de 5 ans (191 millions) souffraient d’un retard de croissance ou d’émaciation tandis que 38 millions d’enfants de moins de 5 ans étaient en surpoids.

Dans ses conclusions, le rapport préconise de transformer les systèmes alimentaires pour réduire le coût des aliments nutritifs et rendre l’alimentation saine plus abordable financièrement. Si les solutions spécifiques diffèrent d’un pays à l’autre, voire même à l’intérieur d’un même pays, les réponses globales résident concrètement selon ses auteurs dans des interventions comme intégrer la nutrition dans leurs approches de l’agriculture, réduire le gaspillage alimentaire, aider les petits producteurs locaux à cultiver et à vendre des aliments plus nutritifs et à garantir leur accès aux marchés. Enfin, la priorité doit être donnée à la nutrition des enfants en tant que catégorie la plus nécessiteuse.

(1) L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international pour l’agriculture (FIDA), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

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