samedi , 19 octobre 2019
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La FMSQ tire des leçons des accidents médicaux

Dans un geste inédit, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a demandé au Bureau du coroner, il y a trois ans, de lui transmettre tous les dossiers qui pointaient des comportements négligents ou fautifs de médecins dans des cas d’accidents médicaux sur plusieurs années. Un rapport confidentiel a été tiré de l’analyse d’une vingtaine de cas qui concernaient des médecins spécialistes et leurs équipes, et cela a mené à des formations offertes à l’ensemble des membres.

Katia GagnonKatia Gagnon
La Presse

Ariane LacoursièreAriane Lacoursière
La Presse

« Ça fait longtemps qu’on travaille avec les rapports des coroners pour évaluer le développement professionnel et les besoins non perçus. Quand il y a un accident, on essaie de voir : est-ce qu’il y a quelque chose qu’on n’a pas vu ? Est-ce qu’on a échappé quelque chose ? » explique la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur. « On s’est servis des rapports du coroner pour faire de la formation. Qu’on soit coupables ou pas, il y a quand même quelqu’un qui est mort et qui n’aurait pas dû être mort. Il faut qu’on trouve des solutions, il faut qu’on retourne toutes les pierres pour que ça n’arrive plus quand on peut le prévenir. Notre objectif, ce n’est pas de dire : c’est pas de ma faute. »

C’est le docteur Sam Daniel, responsable du développement professionnel continu, qui a été chargé de ce mandat en 2016. Les rapports, qui allaient de 2010 à 2016, ont été examinés par un comité externe. 

On voulait une analyse poussée pour analyser les besoins et établir des pistes d’action. Et sur la base de ces choses-là, on développe des formations très concrètes.

Le Dr Sam Daniel, responsable du développement professionnel continu à la FMSQ

Un exemple ? Les morts attribuables à l’hémorragie postopératoire dans les cas d’ablation d’amygdales chez les enfants. De nombreux décès sont survenus au cours des 20 dernières années, toujours suivis de rapports du coroner.

« Comme fédération, on a été beaucoup plus loin que de simplement dire aux médecins : il vaudrait mieux ne pas faire cela. On a invité des médecins, à l’international, pour voir ce qui se fait ailleurs. Dans un projet-pilote, on a introduit une toute nouvelle technologie chirurgicale, et ça prend maintenant place dans quatre centres hospitaliers », explique le Dr Daniel.

Des réactions à notre enquête

Les reportages de La Presse ont suscité de nombreuses réactions dans les milieux de soins. Nous avons aussi reçu des dizaines de courriels de familles qui ont perdu un proche dans des circonstances parfois nébuleuses dans les établissements de santé. Rappelons que notre enquête était tirée de la recension et de la compilation de 926 rapports rédigés par des coroners sur des cas d’accidents médicaux dans tout le réseau de la santé au Québec, et ce, au cours des 20 dernières années.

La Dre Francoeur dit avoir été contactée par plusieurs médecins le week-end dernier. « Les médecins qui m’ont contactée en fin de semaine m’ont tous dit : “On ne fait pas exprès pour faire des erreurs, on a tous l’air de gens qui sont négligents.” Et c’est ça qui est difficile pour les équipes.» 

Dans le quotidien, que ce soit des médecins ou n’importe quel autre professionnel, personne ne se lève le matin pour nuire au patient.

La Dre Diane Francoeur, présidente de la FMSQ

À l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), on a trouvé « déplorables et inquiétantes » les situations décrites dans La Presse. La situation est particulièrement préoccupante dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), déplore le président de l’Ordre, Luc Mathieu. « Dans les CHSLD, ce sont des clientèles très vulnérables. Les conditions d’exercice ont des impacts importants sur la qualité des soins. Il faut donner aux gens les moyens d’exercer leurs fonctions dans des contextes sécuritaires », dit-il.

Il souligne notamment la réalité des effectifs insuffisants, notés à de nombreuses reprises dans les rapports du coroner que nous avons consultés. Cela mène parfois à des ratios infirmières-patients « inadmissibles », tranche Luc Mathieu. « On a visité certains établissements, c’était inacceptable. Il n’y avait parfois pas d’infirmière sur place, alors que leur présence est requise 24 heures sur 24. Il y a des milieux qui ont du mal à offrir ça. »

Un nombre d’erreurs « extrêmement infime »

De son côté, la Fédération des médecins omnipraticiens a souligné que le nombre d’erreurs demeure « extrêmement infime » au Québec en proportion des soins donnés. « Mais une erreur en est évidemment une de trop », indique le porte-parole Jean-Pierre Dion, nous renvoyant au Collège des médecins.

Le Collège a préféré ne pas commenter le dossier. « Comme plusieurs accidents relèvent d’établissements qui semblent ne pas offrir des soins optimaux par manque d’effectifs, nous croyons que vous devriez également poser la question au ministère de la Santé et des Services sociaux », a déclaré la porte-parole du Collège, Annie-Claude Bélisle.

En point de presse, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a plaidé que son gouvernement venait d’investir 200 millions de dollars pour embaucher du personnel dans les CHSLD et les hôpitaux. « On s’attend à ce qu’il y ait davantage d’embauche. »

Elle a également réitéré l’importance pour les établissements de déclarer les accidents médicaux. 

Au moment où on s’aperçoit d’un problème dans un gros système comme celui de la santé, on met tout de suite des mesures correctives. Alors, c’est important de les déclarer. C’est ce que les établissements font de plus en plus.

Danielle McCann, ministre de la Santé

Dans nos reportages, de nombreux experts, y compris au Bureau du coroner, déploraient que les accidents médicaux soient encore largement sous-déclarés.

La ministre s’est également engagée à « donner une attention particulière » à la région de l’Outaouais, qui fait mauvaise figure dans notre décompte : elle est la pire région, par rapport à la population, en matière d’accidents médicaux. « J’ai demandé un rapport sur les mesures actuelles qui sont prises au niveau du personnel. Et on va travailler beaucoup avec l’établissement. Nous suivons la situation de près. C’est sûr que l’on veut que ça s’améliore. »


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