dimanche , 27 septembre 2020
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La maladie d'Alzheimer ne débute pas toujours par des trous de mémoire


Les résultats d’une étude française publiés dans la revue Neurobiology of Aging invitent à redéfinir la manière dont la maladie d’Alzheimer est diagnostiquée aujourd’hui.

En France, environ 225 000 personnes reçoivent chaque année un diagnostic de maladie d’Alzheimer. L’amnésie, ou perte de mémoire, constitue l’un des cliniques les plus évidents. "Sur le plan cognitif, l’amnésie est de fait considérée comme le symptôme le plus fréquent et le plus précoce, et est systématiquement évaluée chez les patients pour lesquelles la pathologie est suspectée, souligne un communiqué de presse de l’Inserm, ce 4 septembre. La maladie d’Alzheimer est donc fréquemment diagnostiquée en premier lieu chez les patients âgés présentant des troubles de mémoire ou écartée rapidement dans le cas contraire."

Les troubles de mémoire sont faiblement prédictifs d’Alzheimer

L’expérience est inédite : des chercheurs se sont demandés si la présence d’une amnésie évaluée par des tests cognitifs au moment du diagnostic était prédictive de l’apparition d’une maladie d’Alzheimer. Pour mener cette étude, Maxime Bertoux, chercheur à l’Inserm, le Pr Florence Pasquier du laboratoire « Lille Neuroscience et Cognition », se sont appuyés sur des données issues de dons de cerveaux de 91 patients décédés ayant souffert de diverses maladies neurodégénératives dont la maladie d’Alzheimer, mais aussi la dégénérescence fronto-temporale, la maladie à corps de Lewy, de Creutzfeldt-Jakob, ou de lésions cérébro-vasculaire progressives.

Ils ont effectué un diagnostic post-mortem et l’ont mis en regard de l’évaluation des performances cognitives réalisée au moment du diagnostic.

Conclusion : un tiers des patients Alzheimer n’avait pas de troubles de mémoire au moment du diagnostic, et à l’inverse, près de la moitié des patients sans pathologie Alzheimer était amnésique.

"Nos résultats confirment que le diagnostic fondé sur l’amnésie comme marqueur systématique de la maladie d’Alzheimer a une pertinence limitée, souligne Maxime Bertoux, ils invitent à repenser la manière dont cette maladie est diagnostiquée afin de réduire l’errance diagnostique et la mauvaise orientation de certains patients et d’améliorer la reconnaissance clinique et sociétale des autres maladies neurodégénératives."

Un symptôme évocateur d’autres pathologies

En somme, non seulement, on passerait à côté de cas de maladies d’Alzheimer (ceux qui ne se manifestent pas par des trous de mémoire), mais en plus, on identifierait (à tort) comme « Alzheimer » des pathologies neuro-dégénératives autres, nécessitant un traitement différent.

Selon l’Inserm, les troubles de mémoire sont par exemple présents dans 50 % des cas de dégénérescence fronto-temporale. Le problème, c’est que cette maladie évolue différemment et qu’elle nécessite une prise en charge thérapeutique autre. "Chez ces patients, une prise en charge spécifique de pathologie Alzheimer peut être délétère."

Ces résultats ont aussi des conséquences en matière de recherche puisque de nombreux essais cliniques visant à tester des traitements contre la maladie d’Alzheimer recrutent justement leurs participants sur un critère d’amnésie. "Associer systématiquement une perte de mémoire à la maladie d’Alzheimer pourrait biaiser les inclusions dans les protocoles de recherche", commente Maxime Bertoux.

Source : Inserm "L’amnésie ne serait pas un marqueur systématique de maladie d’Alzheimer"

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