lundi , 20 janvier 2020
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La solitude impacte la santé physique et mentale

Il y a les vertus des retraites méditatives ou des balades solitaires qui permettent de se ressourcer et de trouver calme et sérénité. Ce type de solitude, voulue et limitée dans le temps, est bénéfique pour le corps et l’esprit. Mais il y a aussi l’isolement subi, celui qui semble ne jamais vouloir finir, celui qui nous tombe dessus et nous afflige. Celui-là peut nuire gravement à la santé. Certaines études réalisées dans les pays anglo-saxons avancent même des chiffres étonnants. L’isolement social est associé à un risque majoré de 30% de développer des maladies cardiovasculaires, selon un article paru en 2016 dans la revue britannique Hearth.

Des chiffres à prendre avec des pincettes, car associer facteurs sociaux et maladies n’est pas chose aisée. Une certitude cependant: avoir de bonnes relations familiales et des amis que l’on voit régulièrement est bénéfique pour la santé. Comme le prônait maladroitement Johann Schneider-Ammann déjà en 2016: rire, c’est bon pour la santé. Et il est bien connu que l’on rit plus facilement avec ses amis que seul sur son canapé.

Rire donc, mais aussi se balader, faire des activités en groupe, voir du monde. Alain Delabays, médecin associé au Service de cardiologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et cardiologue référent de l’Ensemble hospitalier La Côte (EHC), explique: «Les gens isolés socialement ont tendance à boire et fumer davantage, ce qui augmente le risque de développer une maladie cardiovasculaire. Un état dépressif est également un facteur de risque important. Il induit souvent un mauvais sommeil, une diminution de l’activité physique et va de pair avec une alimentation déséquilibrée.»

Yann Roux, médecin agréé en cardiologie à l’EHC, va plus loin: «Certaines études ont montré que même sans consommer de tabac, les personnes dépressives ont un risque plus élevé d’avoir un événement cardiovasculaire. La dépression pourrait jouer un rôle dans le métabolisme des lipides et altérer la fonction plaquettaire. De plus, il existe des évidences que des fluctuations du système nerveux autonome augmenteraient le risque d’arythmie ventriculaire et de mort subite chez le patient dépressif. A noter que les personnes qui ont eu un infarctus et qui se retrouvent à faire de la réadaptation avec des patients qui ont le même âge et les mêmes problèmes de santé, se remettent bien plus vite que celles qui restent isolées.»

L’homme, un animal social

Les êtres humains sont des animaux grégaires par excellence. «Le contact est indispensable au bon développement de l’enfant, explique Nader Perroud, directeur de l’Unité du trouble de la régulation émotionnelle des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Notre développement cérébral est très lent, il se poursuit jusqu’à l’âge de 23 ans environ. Nous avons besoin des autres pour apprendre et pour nous sentir sécurisés. Sans cela l’humanité disparaîtrait!»

Seul, l’homme a tendance à ressentir du stress. Ce dernier amène le corps à produire certaines hormones en plus grande quantité, ce qui peut aboutir, à long terme, à un dysfonctionnement physiologique et, enfin, à des maladies. «Il faut comprendre comment un individu arrive à son isolement. Est-ce une personne âgée qui a perdu tous ses amis? Est-ce une personne fragile qui fonctionnait bien jusque-là grâce à certains piliers dans sa vie, comme ses parents ou des proches? La solitude est un phénomène qui se construit petit à petit et qui peut être un facteur de risque de développer certaines pathologies, mais c’est rarement la cause première», explique Luca Leardini, psychologue adjoint, responsable au sein de l’Unité soins psychiatriques accueil, urgence, liaison de la Fondation de Nant qui opère au sein de l’Hôpital Riviera Chablais. Le psychologue pense que la solitude peut aussi avoir des bons côtés: «On peut tenter de donner un sens à cet isolement, car il peut aussi constituer une ressource. Certaines personnes parviennent à le gérer, à l’utiliser comme un espace à remplir plutôt que quelque chose à subir.»

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Paru dans Planète Santé magazine N° 36 – Décembre 2019


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