samedi , 4 avril 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Le monde ne parvient pas à offrir une bonne santé aux enfants, alertent des experts

Le monde ne parvient pas à offrir une bonne santé aux enfants, alertent des experts


Quel avenir pour les enfants du monde ? Telle est la question que s’est posée une récente commission rassemblant plus de 40 experts de la santé de l’enfant et venus du monde entier. Cette commission créée par l’Organisation mondiale de la Santé, l’Unicef et The Lancet vient de publier un rapport qui se veut pessimiste quant à la réponse. Celui-ci constate en effet que l’avenir de chaque enfant ou adolescent est compromis par plusieurs menaces imminentes : la dégradation écologique, les changements climatiques et les pratiques commerciales abusives. Autant de menaces qui les poussent à la consommation d’aliments transformés, d’alcool, de boissons sucrées et de tabac.

« Malgré des améliorations dans la santé de l’enfant et de l’adolescent au cours des 20 dernières années, les progrès stagnent et devraient s’inverser. », explique Hélène Clark, qui co-préside la Commission. « Selon les estimations, environ 250 millions d’enfants de moins de 5 ans dans les pays à revenu faible et intermédiaire risquent de ne pas pouvoir se développer pleinement, d’après les indicateurs relatifs au retard de croissance et à la pauvreté. » Le document se base sur un indice mondial qui comprend 180 pays et permet de comparer les résultats en terme d’épanouissement de l’enfant selon plusieurs critères dont les émissions de gaz à effet de serre, l’équité et les écarts de revenus.

L’impact très sérieux du réchauffement climatique

L’indice montre que les enfants en Norvège, République de Corée, aux Pays-Bas et en France disposent des meilleures chances de survie et de bien-être, tandis que les enfants en République centrafricaine, au Tchad, en Somalie et au Mali sont ceux pour qui les perspectives sont les plus sombres. Le premier volet du rapport, consacré à l’intensification des changements climatiques, indique que si le réchauffement climatique dépasse 4°C d’ici à 2100, selon les projections actuelles, les conséquences sanitaires pour les enfants seront dévastatrices, du fait de l’augmentation du niveau des océans, de la chaleur, de la prolifération de certaines maladies (paludisme et dengue), et de la malnutrition.

Mais lorsque les auteurs ont pris en compte les émissions de CO2 par habitant, les pays en tête se retrouvent à la traîne : la Norvège est par exemple au 156ème rang et les Pays-Bas au 160ème. « Plus de deux milliards de personnes vivent dans des pays où le développement est entravé par des crises humanitaires, conflits et catastrophes naturelles, de plus en plus liés aux changements climatiques, » selon Awa Coll-Seck, co-présidente de la Commission. L’Albanie, l’Arménie, la Grenade et la Jordanie sont les pays qui sont sur la bonne voie en matière d’émissions de CO2 par habitant d’ici à 2030, tout en obtenant des résultats en matière de mesures de l’épanouissement de l’enfant.

« Les enfants doivent combattre des menaces inimaginables il y a quelques générations »

Le rapport met aussi en lumière une autre menace qui pèse sur les enfants, à savoir le marketing nocif. Dans certains pays les enfants voient, comme le suggèrent les données du rapport, jusqu’à 30 000 publicités sur les seuls écrans télévisés au cours d’une même année. Par ailleurs, leur exposition à la publicité pour le vapotage a bondi de plus de 250 % aux États-Unis au cours des deux dernières années, atteignant plus de 24 millions de jeunes gens. « La réalité pourrait être bien pire puisque nous disposons de peu de chiffres sur l’explosion de la publicité via les médias sociaux et leurs algorithmes ciblant nos enfants. », Selon le Pr Anthony Costello, l’un des auteurs membres de la Commission.

Or, il est désormais connu que l’exposition des enfants au marketing commercial pour la « malbouffe » et les boissons sucrées est liée à l’augmentation alarmante du taux d’obésité chez l’enfant. Le rapport rappelle ainsi que le nombre d’enfants et d’adolescents obèses, qui était de 11 millions en 1975 est passé à 124 millions en 2016, et a ainsi été multiplié par 11, « avec des coûts catastrophiques pour les individus comme pour la société. » Pour protéger les enfants du monde entier, la Commission appelle donc à un nouvel engagement mondial en leur faveur à travers plusieurs recommandations, la première étant de mettre un terme aux émissions de CO2 le plus vite possible.

« Qu’il s’agisse de la crise climatique, de l’obésité ou des pratiques de marketing nocives, les enfants du monde entier doivent combattre des menaces qui étaient inimaginables il y a seulement quelques générations. », souligne Henrietta Fore, Directrice générale de l’Unicef. « Il est temps de repenser la santé de l’enfant, pour placer les enfants au premier rang des priorités de tout programme de développement gouvernemental et leur bien-être, au-dessus de toute autre considération. » L’Organisation mondiale de la santé conclut quant à elle sur le fait que ce rapport doit servir d’avertissement pour que les pays se décident à « construire un avenir qui soit digne des enfants. »


Première apparition