samedi , 3 octobre 2020
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Le stress, un puissant allié pour progresser – Beauté – Psycho


Le stress est souvent désigné comme un adversaire à mettre au tapis. Des experts changent les règles sur le ring pour le présenter comme un allié, un partenaire d’entraînement pour mieux progresser.

On nous l’a dit et répété : le stress est  » le mal du siècle « . Il faut l’éradiquer, le sortir définitivement de nos vies. Si cinq minutes sur une appli de médiation ne vous ont pas débarrassé du problème, vous avez perdu.  » Des amis m’avaient offert un de ces mugs humoristiques Keep Calm. Ça partait d’une bonne intention, mais je l’ai directement rangé au fond du placard. Rien que de le regarder, ça me tend, confie Julie, 42 ans. Mon médecin me dit que je suis trop stressée, ma mère me répète que je dois être plus relax, les magazines m’expliquent que je devrais faire d’urgence du yoga, du tricot ou que sais-je pour me détendre. Je finis par me dire qu’en fait, c’est tout ça qui me stresse.  »

On nous l’a dit et répété : le stress est  » le mal du siècle « . Il faut l’éradiquer, le sortir définitivement de nos vies. Si cinq minutes sur une appli de médiation ne vous ont pas débarrassé du problème, vous avez perdu.  » Des amis m’avaient offert un de ces mugs humoristiques Keep Calm. Ça partait d’une bonne intention, mais je l’ai directement rangé au fond du placard. Rien que de le regarder, ça me tend, confie Julie, 42 ans. Mon médecin me dit que je suis trop stressée, ma mère me répète que je dois être plus relax, les magazines m’expliquent que je devrais faire d’urgence du yoga, du tricot ou que sais-je pour me détendre. Je finis par me dire qu’en fait, c’est tout ça qui me stresse.  » Ce malaise face à l’injonction au calme, Véronique Souchon (1) le croise régulièrement lors de ses accompagnements qui mêlent coaching et sophrologie. Il est souvent assorti d’un sentiment d’échec.  » Une partie des personnes que je suis associe le stress à une faiblesse. Quand j’interviens en entreprise, on me demande parfois de ne pas utiliser le mot lui-même dans la présentation de l’atelier. C’est ça qui est problématique. Le stress est naturel et peut être positif. Le considérer comme quelque chose de mauvais est un souci, car on en vient à se couper de soi-même et c’est là que c’est dangereux.  » Quand, à l’inverse, il est valorisé à l’extrême, considéré comme un signe de productivité ou de réussite professionnelle, les résultats sont plus ou moins les mêmes : les signaux ne sont pas écoutés et les ennuis commencent. Le Centre d’études sur le stress humain (CESH) a identifié  » quatre ingrédients  » qui le favoriseraient : un faible contrôle sur la situation, l’imprévisibilité des événements, une configuration nouvelle ainsi qu’une mise à l’épreuve de nos capacités et notre ego. Pas de chance, on croirait lire la liste d’objectifs de l’univers pour l’année 2020 ! La crise sanitaire a multiplié les potentiels facteurs de stress qui n’avaient pas attendu le confinement pour nous mettre à l’épreuve. Cela veut-il dire que l’on est foutus, condamnés à sombrer dans l’inévitable angoisse chronique ? Pas obligatoirement. Car le stress ne serait pas (uniquement) ce poison décrié.La psychologue américaine Kelly McGonigal (2) est même allée jusqu’à affirmer que la peur de celui-ci avait potentiellement des incidences plus négatives que le stress lui-même.  » Une étude menée sur 30 000 Américains durant huit ans demandait aux gens la quantité de stress supportée l’année précédente et si la personne croyait qu’il était dangereux pour la santé ou non. Ils ont ensuite utilisé les registres de mortalité pour voir qui était décédé. Les personnes soumises à un stress fort avaient 43% de risques de plus de mourir, mais… ce n’était vrai que pour ceux qui croyaient que celui-ci était mauvais pour leur santé. Ceux qui ne le percevaient pas comme nocif avaient le risque de mortalité le plus bas de toute l’étude, plus bas que ceux qui sont peu stressés.  » Pour la psychologue, le stress est avant tout une réponse naturelle de l’organisme à même de nous rendre plus courageux, voire plus sociables. Psychothérapeute et chercheur en thérapie neurocognitive, Jacques Fradin (3) l’affirme depuis des années : le stress est en quelque sorte plus intelligent que nous. Il voit ce qui nous échappe et tente de nous prévenir.  » C’est une mission impossible d’essayer de le combattre, note le chercheur, c’est une réaction instinctive présente au départ pour garantir notre survie.  » C’est lui qui nous rend ultravigilants et nous fait courir vite pour nous éviter de nous faire manger par un animal sauvage en élevant notre rythme cardiaque et en envoyant un lot d’hormones puissantes. Sauf qu’au quotidien nous le mobilisons désormais, au mieux, pour attraper le métro avant la fermeture des portes.  » Il est vrai que le stress indique moins souvent qu’avant un danger physiologique réel, mais il continue de nous prévenir face à une situation de déséquilibre, explique le neuroscientifique. Il nous avertit que l’on a des dissonances cognitives. Il indique que  » tous nos neurones « , si l’on veut parler de manière imagée, ne sont pas d’accord avec la stratégie que l’on adopte.  » En bref, nous avons deux grands modes de fonctionnement. Le premier, celui que nous utilisons le plus souvent, se rapproche du pilote automatique et nous permet d’agir  » sans réfléchir « . Le second mobilise notamment le lobe préfrontal, chef d’orchestre de notre cerveau, pour nous adapter à une situation identifiée comme nouvelle ou nécessitant une réponse différente de celle que nous mettons en oeuvre d’habitude. En dehors de situations de danger imminent, le stress ne serait donc devenu qu’un message interne au cerveau (le stress cognitif) qui, à l’image d’un ami qui nous connaît bien, nous indique qu’on est en train de prendre une décision qui ne serait pas idéale. C’est une invitation à reconsidérer le problème. On associe souvent le stress à des délais serrés, une pression constante, des plannings trop chargés ou un manager tyrannique. Ce sont effectivement des  » stresseurs « . Mais cette notion serait aussi, voire surtout, liée à notre réponse aux délicates questions d’estime de soi, de peur de l’échec, d’alignement entre nos aspirations et notre réalité. Si nous ressassons sans cesse un faux pas et oublions facilement les petites et grandes victoires, c’est à cause des mécanismes naturels de survie, qui se concentrent sur le risque. Il était plus important pour l’espèce de retenir qu’on ne peut pas sauter d’une hauteur élevée sans se blesser (pour ne pas recommencer) que d’enregistrer des données positives. C’est la survie aussi qui lie stress et importance du regard d’autrui, via le besoin d’appartenance au groupe, vitale en contexte sauvage.  » Durant les premières années de sa vie, le bébé est dépendant des gens qui s’occupent de lui. Il ne peut pas survivre si son clan l’abandonne, rappelle Patrick Collignon (4), concepteur du reboot coaching. En grandissant, il comprend comment les choses se passent, les idées et comportements à adopter pour être accepté. Il va apprendre à laisser tomber ce qui ne passe pas du tout dans son comportement. Le regard de l’autre sur nous a donc potentiellement le pouvoir de nous préoccuper. C’est souvent la survie sociale qui est touchée par le stress.  » Si le stress peut devenir un allié, c’est parce qu’il aide à identifier nos points de friction, nos comportements inconscients qui ne marchent pas ou plutôt qui ne marchent plus pour nous parce qu’ils se sont transformés en automatisme il y a longtemps, sans prendre en compte les évolutions dans notre vie.  » Le stress est une solide dépense d’énergie, mais son apparition est toujours une pépite d’évolution, assure Patrick Collignon. La plupart du temps, on fonctionne de manière automatique avec  » des pensées de la veille « , on a donc les mêmes sujets d’anxiété, tout comme c’est toujours au même endroit de la conversation avec votre conjoint que cela dégénère. On défend notre manière de voir les choses et on se lance dans une lutte pour la survie comme un rat coincé dans un coin par un chat, on commence à agresser verbalement, etc. Déceler cet état, c’est avoir la chance d’adresser le problème en profondeur, se demander d’où il vient. Le stress n’est jamais une question de volonté, c’est une réaction. Mais l’on peut avoir une volonté de changement à long terme.  » Véronique Souchon conseille aussi aux personnes qu’elle accompagne une responsabilisation face au stress plutôt qu’une culpabilité contre-productive ou un déni.  » Nous pouvons tirer profit du stress, mais il faut savoir écouter les symptômes indicateurs et donc se connecter à soi. Ceux-ci peuvent être identifiés rapidement avec un peu d’attention : le coeur s’emballe, il y a de la crispation musculaire, une sensation de chaleur, ou même une digestion difficile ou un sommeil perturbé… Si je me rends compte que j’ai les épaules qui remontent et que je suis à la limite de l’apnée, il est clair que je suis stressée.  » A ceux qui ont perdu l’habitude de se connecter à leur corps, la spécialiste suggère de pratiquer la sophrologie, le yoga, de se promener seul en forêt ou de marcher en retirant ses écouteurs et promet un nouveau rapport au stress :  » Si je me donne plus d’attention et d’écoute, j’apprends à mieux me connaître, percevoir notamment mes forces et ma valeur. Alors il m’est possible de ne plus voir le stress comme  » écrasant  » et de le transformer en un puissant booster.  » On peut enfin souffler, tout le monde est stressé. Un peu, beaucoup, à la folie ; c’est selon. A la base ce n’est ni bien ni mal, c’est biologique. C’est un signal d’alarme. Nié, le stress est dévastateur. Ecouté, il peut faire des merveilles. Jusqu’au déclencheur de stress suivant, et au nouveau choix de réaction !


Première apparition