mercredi , 20 novembre 2019
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Le vieillissement sexuel est-il un mythe ou une réalité ?

La sexualité des seniors a longtemps été taboue ou marquée par de nombreuses idées reçues. Devient-on moins sexué avec l’âge ? Le désir sexuel s’émousse-t-il ? Qu’est-ce qui change au niveau des pratiques sexuelles ? Quelles différences entre les hommes et les femmes ? Enquête et réponses.


© Adobe Stock / Andrey Popov

Les progrès médicaux ainsi que l’évolution des mentalités et des mœurs permettent aujourd’hui aux seniors de vivre une sexualité plus épanouie. Selon une étude américaine menée en 2017, 76 % des hommes et 54 % des femmes de plus de 65 ans présentent un intérêt pour le sexe (1). Le seuil du vieillissement biologique serait en fait actuellement situé aux alentours de 75 à 80 ans. Une étude suédoise a montré que l’intérêt et l’activité sexuels diminuent de manière significative à ces âges-là. (2)

Une sexualité en lien avec celle de leur jeunesse et avec leur culture

Incontestablement, les taux de testostérone ou d’œstrogènes diminuent avec l’âge. Toutefois, comme l’avait expliqué le Dr Marc Ganem, président de la World Association of Sexology, lors d’un congrès de l’ESSIR (European Society for Sexual and Impotence Research), il y aurait une relation étroite entre l’activité sexuelle durant la jeunesse et celle du senior. En clair : celles et ceux qui avaient beaucoup de désir jeune continueraient à en avoir plus vieux, et inversement. Le spécialiste rappelle aussi que le poids des normes socioculturelles propres à chaque génération est à prendre en compte. (3)

Une réalité plus forte pour les hommes que les femmes

  • La baisse de l’activité masculine est fréquemment liée à des difficultés d’érection. Les facteurs biologiques jouent donc un rôle plus important que les aspects psychosociaux. Ainsi, les dysfonctions érectiles chez l’homme sont souvent expliquées par l’état de santé général.
  • Pour les femmes, les facteurs psychosociaux (proches, travail, activité sexuelle antérieure, troubles sexuels du partenaire, etc.) auraient une influence égale, voire supérieure, aux facteurs biologiques (comme les déficits en œstrogènes ou en androgènes). Ces derniers agiraient plutôt comme des « précipitants » en cas de difficultés sexuelles déjà présentes. C’est la raison pour laquelle la ménopause n’engendre pas forcément de troubles sexuels.

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Pour les deux sexes : une sexualité transformée

Pour maintenir l’entente sexuelle dans le couple, il faut accueillir ces transformations avec douceur, réécrire l’histoire commune en fonction de ces nouvelles donnes. Et en effet, il semble que chez les seniors l’amour guide le désir, là où chez les plus jeunes c’est plutôt l’inverse. Passé la cinquantaine, on serait aussi moins orienté au niveau des représentations sexuelles. Comme l’explique Marie-Dominique Linder, thérapeute psycho-corporelle, vieillir apporte aussi une forme de sagesse qui permet de transformer la relation que l’on entretient avec le sexe :


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« En vieillissant on sait ce qui est le plus précieux, soi, l’autre et la relation. Peut-être que c’est le moment de laisser tomber les barrières, les complexes, et de se libérer de son histoire. L’apparence ne compte plus autant puisque le corps a vieilli. Le désir devient moins pulsionnel. Les hommes découvriront le plaisir de créer l’amour. Ils ont souvent la surprise de découvrir leur côté féminin dans la douceur des caresses, la lenteur, la progression. »

Pour les femmes, la ménopause est un moment riche pour se métamorphoser et découvrir une nouvelle liberté d’être, en sortant du carcan des représentations de la jeunesse qui créent des idées fausses, source de complexes.


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« La sexualité des séniors est plus large, plus vaste, moins égotique. Elle privilégie la relation, l’intimité, l’authenticité et l’amour. Une diffusion plus vaste des sensations de plaisir et pas uniquement au niveau des zones génitales. Tout le corps devient érotique, source de plaisir et d’orgasme », affirme la thérapeute.

Des solutions en cas de problème sexuel lié à l’âge

D’abord, notez que le fait d’avoir une activité physique soutenue améliore l’état de santé qui influence à son tour la sexualité. Entretenir ce cercle vertueux permettrait donc de se maintenir en forme sur tous les plans.

Côté médicaments pour les hommes les IPDE-5 (Viagra, Cialis, etc.), ont révolutionné les problèmes de dysfonction érectile et une substitution en testostérone semble améliorer également la libido chez la plupart des patients. Pour les femmes, une substitution hormonale (œstrogènes et progestérone), peut également être envisagée. De toutes les façons, il est important de bien discuter des risques et des bénéfices avec un médecin.

Le vieillissement sexuel est donc entre mythe et réalité. Il s’agit surtout de découvrir une autre forme de sexualité qui s’offre à nous à maturité. Enfin, nous conclurons sur les mots de notre thérapeute : « Vieillir, c’est découvrir notre tendresse et un principe de vie illimité qui dépasse le temps de vie et de jeunesse du corps. Jeunesse éternelle qui donne au désir la force de s’accomplir dans l’acte de rencontre de deux cœurs reliées au sexe et à tout l’ensemble des cellules animées. »

Sources :
(1) Etude de l’université du Michigan, mai 2018 et étude menée sur la sexualité des Américains âgés.
(2) Etude parue dans The Journal of Sex Research, mai 1990.
(3) Texte du Dr Marc Ganem sur la sexualité des seniors.

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Marine Nugeron

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