samedi , 12 décembre 2020
Accueil » Santé et Remise en forme » Les régimes sans viande associés à un risque accru de fracture

Les régimes sans viande associés à un risque accru de fracture


Les avantages d’un régime alimentaire à base de plantes sont bien connus d’un point de vue environnemental : pour la protection du climat et des animaux. D’un point de vue nutritionnel, de nombreuses études ont démontré qu’une alimentation végétarienne pouvait réduire le risque de maladie cardiaque, de diabète, d’obésité et de certains cancers. Dans ce cas, alimentation végétarienne et équilibre nutritionnel peuvent aller de pair à condition d’appliquer certaines règles pour un bon apport de protéines. Notamment grâce à des associations judicieuses entre les aliments : par exemple en combinant produit céréalier et légumineuse ou produit céréalier et produit laitier ou œufs.

Mais comme le précise le ministère de la Santé sur le sujet, les végétariens doivent veiller à la couverture des besoins en fer, notamment chez les femmes. Voilà qu’une étude met en garde contre un risque jusqu’ici peu évoqué,celui de fractures.Publiée dans la revue BMC Medicine, celle-ci indique que les personnes qui ne mangent pas de viande soit les végétariens, végétaliens et pesco-végétariens (mangent du poisson et des crustacés) sont plus à risque de fractures, en particulier au niveau des hanches. L’effet peut provenir d’un manque de calcium et de protéines lié à leur alimentation, ainsi que du fait qu’elles ont tendance à être plus minces et ont donc « moins en chair » pour amortir une chute.

« La plus grande différence concernait la hanche »

Ainsi, par rapport aux personnes qui mangeaient de la viande, les végétaliens avec des apports en calcium et en protéines plus faibles en moyenne avaient un risque 43% plus élevé de fractures totales, ainsi que des risques plus élevés de fractures spécifiques au site des hanches, des jambes et vertèbres. Les végétariens et les personnes qui mangeaient du poisson mais pas de la viande avaient aussi un risque plus élevé mais moindre de fractures de la hanche par rapport aux personnes qui mangeaient de la viande. Cependant, le risque de fractures était en partie réduit une fois que l’indice de masse corporelle (IMC), le calcium alimentaire et l’apport en protéines alimentaires étaient pris en compte.

« Il s’agit de la première étude complète sur les risques de fractures totales et spécifiques chez les personnes de différents groupes alimentaires. Nous avons constaté que les végétaliens avaient un risque plus élevé de fractures totales, ce qui entraînait près de 20 cas supplémentaires pour 1 000 personnes sur une période de 10 ans par rapport aux personnes qui mangeaient de la viande », explique le Dr Tammy Tong, principal auteur de l’étude. « Les plus grandes différences concernaient les fractures de la hanche, oùle risque chez les végétaliens était de 2,3 fois plus élevé que chez celles qui ont mangé de la viande, ce qui équivaut à 15 cas de plus pour 1 000 personnes sur 10 ans. »

L’indice de masse corporelle, un facteur à ne pas négliger

Cette nouvelle recherche a tiré parti d’une étude de longue date appelée EPIC-Oxford, une cohorte de 55 000 personnes vivant au Royaume-Uni recrutées entre 1993 et ​​2001. Sur l’ensemble des participants, 29 380 mangeaient de la viande, 8 037 du poisson mais pas de la viande, 15 499 étaient végétariens et 1 982 étaient végétaliens (avec en plus une exclusion des produits laitiers et d’autres produits d’origine animale comme les œufs et le miel) lors de leur recrutement. Leurs habitudes alimentaires ont été évaluées au recrutement, puis à nouveau en 2010. Les participants ont été suivis en continu pendant 18 ans pour la survenue de fractures, au nombre de 3 941 au total au cours de l’étude.

Plus précisément, 566 fractures sont survenues au niveau du bras, 889 au poignet, 945 à la hanche, 366 à la jambe, 520 à la cheville et 467 fractures sur d’autres sites principaux, définies comme la clavicule, les côtes et les vertèbres. Les chercheurs ont constaté que par rapport aux personnes qui mangeaient de la viande, les végétariens et végétaliens présentaient des risques plus élevés de fractures totales. L’association s’atténuait avec un ajustement supplémentaire pour le calcium, les protéines et l’IMC, mais restait clairement significative chez les végétaliens et la plus grande différence de risque par groupe d’alimentation concernait particulièrement les fractures de la hanche.

Des avantages et des risques pour chaque alimentation

« Des études antérieures ont montré qu’un faible IMC est associé à un risque plus élevé de fractures de la hanche, et de faibles apports en calcium et en protéines ont tous deux été liés à une mauvaise santé des os. Cette étude a montré que les végétaliens, qui avaient un IMC inférieur ainsi que des apports plus faibles en calcium et en protéines que les mangeurs de viande, présentaient des risques plus élevés de fractures sur plusieurs sites », ajoute le Pr Tong. Les chercheurs invitent donc les adeptes d’un régime à base de plante à s’assurer d’avoir des niveaux adéquats de calcium et de protéines et de maintenir un indice de masse corporelle sain, « c’est-à-dire ni sous-pondéré ni en surpoids. »

Les chercheurs préviennent cependant qu’ils n’ont pas été en mesure de faire la différence entre les fractures causées par une mauvaise santé osseuse et celles causées par des accidents car ces données n’étaient pas disponibles. Ces derniers souhaitent mener d’autres études auprès de différentes populations, y compris non européennes et avec une plus grande proportion d’hommes, pour explorer les différences possibles de risque selon le sexe et l’ethnie. A noter que l’Organisation mondiale de la santé recommande toutefois de limiter la consommation de viande transformée et de viande rouge, ces dernières étant liées à des risques accrus de décès par maladie cardiaque, diabète et d’autres maladies.


Première apparition