jeudi , 2 juillet 2020
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Les tests d’immunité, un nouveau business florissant – Santé

Des sociétés proposent désormais à leurs employés de réaliser un test sérologique pour savoir s’ils sont immunisés contre le coronavirus. Des labos privés les proposent à prix coûtant. Une proposition qui fait polémique.

Depuis le 5 mai, les 750 membres du personnel du secrétariat social Groupe S peuvent s’inscrire volontairement à un test sérologique. Cette analyse de sang vise à déterminer s’ils ont développé des anticorps contre le coronavirus rapporte De Morgen.

Depuis le 5 mai, les 750 membres du personnel du secrétariat social Groupe S peuvent s’inscrire volontairement à un test sérologique. Cette analyse de sang vise à déterminer s’ils ont développé des anticorps contre le coronavirus rapporte De Morgen. « Nous voulons que le test rassure nos collègues et leurs familles. Beaucoup se demandent s’ils ont déjà été infectés par le virus. Le test que nous faisons leur donne cette information », explique Philippe Niemegeers, conseiller en prévention au sein du Groupe S au quotidien flamand. « Nous voulons réduire les risques de contamination à un minimum absolu pourlaisser la majorité de nos employés revenir au bureau », ajoute-t-il dans Het Nieuwsblad. Ce test d’immunité est proposé par cet employeur comme un avantage complémentaire aux autres mesure de prévention pour lutter contre le coronavirus dans l’entreprise. Les résultats du test sont envoyés au domicile du travailleur. 500 membres du personnel se sont déjà dit intéressés par le test d’anticorps, selon Het Nieuwblad.Ces tests sont plébiscités par de plus en plus employeurs pour leur permettre de retrouver une situation de travail normale. Les tests d’immunité ont aussi la cote aux États-Unis dans le monde de l’entreprise. Avec le même but : accélérer le retour des employés guéris ou exposés au virus sans le savoir. Le géant de la distribution Amazon a annoncé, début avril, le lancement de son propre laboratoire destiné à tester certains de ses employés tandis que Whirlpool, le fabricant d’appareils électroménagers, envisage d’effectuer des contrôles de température, rapporte le journal La Croix.Le médecin sportif Servaas Bingé a mis au point, de son côté, une plateforme numérique en collaboration avec l’entrepreneur technologique Jelle Van De Velde, fondateur du site de santé emma.health. La plateforme permet de donner aux entreprises un aperçu de l’immunité de groupe de leurs employés. Ils collaborent également avec l’UZ Leuven et la Task Force en charge du testing menée par le ministre Philippe De Backer (Open Vld).Il y a beaucoup d’intérêt de la part des entreprises, confirme Bingé au Morgen, mais la plateforme n’est pas encore active car il y a encore trop d’incertitudes sur les tests et l’interprétation de leurs résultats. « Un tel test sérologique ne peut que dire si vous avez des anticorps ou non », dit le Dr Bingé. « Avoir des anticorps indique seulement que le virus vous a infecté, mais ne signifie pas que vous êtes immunisé. Il n’y a pas encore de certitude à ce sujet ».Bingé : « La contamination est liée au fait d’être porteur. Vous pouvez être parfaitement positif pour les anticorps et avoir le virus dans le nez et ainsi infecter les autres ». Le médecin poursuit : « Le problème est que vous pouvez faire croire aux gens qu’ils peuvent ignorer les mesures de prévention parce qu’ils ont des anticorps. Cela devient dangereux ».Selon le professeur Katrien Lagrou, chef du laboratoire de microbiologie clinique de l’UZ Leuven, les tests d’anticorps ont une utilisation très limitée à l’échelle individuelle. Toutefois, ils sont utiles pour les études de population, comme à l’UAntwerpen, ou chez les personnes hospitalisées. « Certains des patients ont obtenu un résultat négatif au test PCR. Un test d’anticorps peut être concluant pour eux », dit-elle.De nombreuses personnes désirent en effet savoir si elles sont immunisées. Des tests « rapides » qui ne nécessitent la ponction que d’une simple goutte de sang avec un résultat chez son médecin dans les 10 minutes sont déjà disponibles sur le marché. Ces tests ne sont pour l’heure pas disponibles directement à l’achat pour le patient, un arrêté royal l’interdit. Ils doivent être prescrits par un médecin. Leurs résultats posent encore trop de questions et d’incertitude pour qu’ils soient généralisés à toute la population. Ils devraient dans un premier temps être prioritaires pour le personnel soignant. Le gouvernement n’a pas encore précisé sa stratégie les concernant mais a déjà passé plusieurs commandes chez différents fournisseurs. Rien n’a encore été annoncé sur leur remboursement par l’INAMI.Conscients du potentiel lucratif de ces tests, des laboratoires privés font actuellement la promotion d’un test sanguin qui détecte les anticorps développés contre le coronavirus. Ce genre de test coûte en moyenne 25 à 30 euros et n’est pas remboursable. Dans un grand labo liégeois, on apprenait la semaine dernière qu’il était en effet possible pour n’importe quel patient de réaliser un test moyennant payement. Une prescription d’un médecin était toutefois exigée. Même procédure dans un laboratoire de prises de sang de la province de Namur, « à partir de la semaine prochaine et sur prescription », apprend-on. Des laboratoires en Belgique proposent aussi ces tests d’anticorps sans prescription, sur simple rendez-vous. C’est le cas par exemple du laboratoire médical privé Medilab situé à Gand qui le propose pour 30 euros tout compris. En moyenne, trente à quarante personnes par jour réalisent ce test actuellement chez Medilab. « Je n’appellerais pas cela de la précipitation pour ce genre de tests sanguins, mais l’intérêt est constant », déclare son directeur médical Philippe Cuigniez au Nieuwsblad. « Un patient sur cinq testé a des anticorps dans le sang. J’ai lu dans la littérature scientifique actuelle qu’avec des anticorps, on est immunisé et on ne peut plus infecter personne. Nous ne savons pas encore combien de temps une personne reste immunisée et ne peut pas propager la maladie. Si nous continuons à comparer avec d’autres virus, nous supposerons que cela dure quelques mois », avance-t-il. Toutefois, les avis sont très partagés à ce sujet. « Les résultats ne sont pas certains », déclarent les associations de médecins généralistes et de médecine de laboratoire. Le laboratoire Domus Medica, à son tour, reçoit beaucoup de questions de la part de médecins qui veulent savoir s’ils doivent ou non recommander de passer le test. « Nous leur conseillons à tous de ne pas faire un test sanguin comme ça. La valeur du résultat est presque nulle pour l’instant », déclare au Nieuwsblad Roel Van Giel de Domus Medica. « Le patient sait qu’il a contracté le virus, mais pas s’il est totalement protégé à l’avenir. La recherche scientifique n’est pas encore assez avancée pour cela. Nous devrons attendre et voir ». En outre, toutes les personnes qui ont contracté le virus ne sont pas forcément positives aux tests de dépistage des anticorps.Même son de cloche du côté de l’Association Royale belge de Médecine de Laboratoire. Ils comprennent que des entreprises privées font la promotion du test d’un point de vue commercial, mais ils sont mitigés à leur sujet. « Nous n’empêcherons personne de le promouvoir. Mais nous sommes clairs : pour nous, la qualité des résultats du test prime sur l’objectif commercial. Et pour l’instant, la science ne démontre la valeur ajoutée du test que dans une mesure limitée », déclare le porte-parole Matthijs Oyaert au Nieuwsblad.


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