samedi , 12 décembre 2020
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Médicaments à éviter : la revue Prescrire identifie 93 produits dangereux en France


Tous les médicaments ne se valent pas. C’est, du moins, ce qu’on peut déduire du neuvième bilan « des médicaments à écarter pour mieux soigner », publié jeudi 26 novembre par la revue médicale Prescrire.

112 médicaments (dont 93 commercialisés en France) dont la balance bénéfices-risques est défavorable dans toutes les situations cliniques dans lesquelles ils sont autorisés (sauf rares exceptions précisées en note) ont été recensés. Ils ont été analysés par la revue pendant dix ans, de 2010 à 2020. Tous bénéficient d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) française ou européenne. Il s’agit à la fois :

  • de médicaments actifs, « mais qui, compte tenu de la situation clinique, exposent à des risques disproportionnés par rapport aux bénéfices qu’ils apportent » ;
  • de médicaments anciens, « dont l’utilisation est dépassée, car d’autres médicaments plus récents ont une balance bénéfices-risques plus favorable » ;
  • de médicaments récents, « dont la balance bénéfices-risques s’avère moins favorable que celle de médicaments plus anciens » ;
  • et de médicaments « dont l’efficacité n’est pas prouvée au-delà de celle d’un placebo, et qui exposent à des effets indésirables particulièrement graves ».

« Ces médicaments plus dangereux qu’utiles sont des causes de mortalité, d’hospitalisations ou d’effets nocifs graves ou très gênants, largement évitables », indique la revue spécialisée.

De l’importance de la balance bénéfices-risques

La balance « bénéfices-risques », comme son nom l’indique, consiste à établir un comparatif entre les effets indésirables relatifs à la prise d’un traitement et ses éventuels bénéfices. Pour être commercialisé, un médicament doit avoir une balance positive : ses bénéfices doivent être supérieurs aux risques encourus.

Cette balance est réévaluée au regard de nouveaux médicaments disponibles sur le marché. Et Prescrire de préciser : « notre évaluation repose sur une procédure rigoureuse : recherche documentaire méthodique et vérifiable, détermination de critères d’efficacitéqui comptent pour les patients, hiérarchisation des données scientifiques selon la solidité des preuves, comparaison versus traitement de référence (s’il existe), prise en compte des effets indésirables et de leur part d’inconnues. »

Propecia et Nootropyl : deux nouveaux médicaments ajoutés à la liste noire

Parmi les nouveaux médicaments déconseillés, on retrouve le « finastéride 1 mg » (Propecia et ses génériques), un médicament largement utilisé contre la chute de cheveux chez les hommes. L’Agence du médicament (ANSM) avait déjà averti des risques de troubles psychiatriques (anxiété, dépression) et sexuels (troubles de l’éjaculation, diminution de la libido).

Autre médicament épinglé : le piracétam (Nootropyl et ses génériques), un vasodilatateur autorisé dans diverses indications dont les vertiges, et comme traitement d’appoint pour de troubles mineurs chroniques (cognitifs ou neurosensoriels) liés au vieillissement.

« Les effets indésirables auxquels ils exposent sont disproportionnés par rapport à leur faible efficacité ou à la bénignité de la situation clinique dans laquelle ils sont autorisés », indique Prescrire.

Plusieurs autres médicaments sont mis en cause

Trois autres médicaments montrent « une certaine efficacité », mais leurs effets indésirables « sont disproportionnés ou d’autres options moins dangereuses existent » :

  • L’eskétamine (Spravato) en pulvérisation nasale « à l’efficacité très incertaine » contre des dépressions résistantes aux antidépresseurs, 
  • Le pimécrolimus (Elidel non commercialisé en France) contre l’eczéma atopique, mais avec un risque accru de cancers cutanés et de lymphome, 
  • Le romosozumab (Evenity, non commercialisé en France) pour l’ostéoporose sévère chez les femmes ménopausées.

Le méloxicam (Mobic et ses génériques), un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) du groupe des oxicams a également été signalé. « Il s’agissait d’un oubli dans la précédente édition du bilan », précise la revue.

Une dizaine de médicaments de la famille des gliflozines (contre le diabète) figurent aussi parmi les médicaments à écarter. « Au fil du temps, leur balance bénéfices-risques défavorable s’est confirmée ». Il s’agit de :

  • la canagliflozine (Invokana ; associée avec la metformine dans Vokanamet),
  • la dapagliflozine (Forxiga ; associée avec la metformine dans Xigduo ; et associée avec la saxagliptine dans Qtern),
  • l’empagliflozine (Jardiance ; associée avec la metformine dans Synjardy ; et associée avec la linagliptine dans Glyxambi)
  • l’ertugliflozine (Steglatro°; associée avec la metformine dans Segluromet° ; et associée avec la sitagliptine dans Steglujan°).

Toutefois, « ces médicaments ne sont pas forcément de futurs « Mediator », au centre de scandales et de procès […]. Surtout si tous les acteurs de santé réagissent à temps », souligne la revue.




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