jeudi , 2 juillet 2020
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Notre nez a son propre microbiome, et il serait possible de le changer


Il a été démontré que des souches de bactéries bénéfiques pour la santé humaine résident dans nos intestins, les voies génitales et la peau et que celles-ci sont d’une très grande importance pour le bon fonctionnement de l’organisme. Des scientifiques viennent de découvrir que certaines « bonnes » bactéries sont également nichées dans notre nez et que leur présence en plus ou moins grande quantité peut influencer la santé. Leur étude publiée dans la revue scientifique Cell affirme qu’une souche de lactobacilles s’est en effet adaptée à l’environnement riche en oxygène du nez et que les personnes souffrant d’une inflammation nasale et sinusale chronique en possédaient une quantité moindre.

L’auteur de l’étude le Pr Sarah Lebeer de l’Université d’Anvers s’est intéressée à ce sujet lorsque sa mère a subi une opération à cause de maux de tête et rhinosinusite chronique. « Ma mère a essayé de nombreux traitements différents, mais aucun d’entre eux ne fonctionnait. Je pensais que c’était dommage de ne pas pouvoir lui conseiller de bonnes bactéries ou probiotiques pour le nez. », explique-t-elle. Pour savoir si les bactéries associées à une bonne santé intestinale pouvaient également jouer un rôle dans la santé des voies respiratoires supérieures, les chercheurs ont comparé les bactéries nasales de 100 personnes en bonne santé et 225 patients atteints de rhinosinusite chronique.

Une famille de bactéries s’est démarquée : les lactobacilles

Un total de 30 familles différentes de bactéries présentes dans les voies respiratoires supérieures a été analysé chez ces participants, ce qui a permis de constater que les personnes en bonne santé avaient une plus grande abondance de l’une d’entre elles, appelée « lactobacilles » : une quantité jusqu’à 10 fois plus importante dans certaines parties du nez. Les lactobacilles sont des bactéries bénéfiques bien connues qui ont des propriétés inhibitrices face aux agents pathogènes en produisant de l’acide lactique. Mais la présence de ces bactéries dans le nez n’avait jamais été étudiée en détail et en regardant de plus près, les chercheurs ont découvert une souche spécifique de celle-ci.

Une souche spécifique de Lacticaseibacillus qui a non seulement montré des effets anti-inflammatoires et antimicrobiens contre les agents pathogènes, mais aussi des caractéristiques uniques qui lui permettent de mieux s’adapter à l’environnement du nez. « Bien que la plupart des lactobacilles préfèrent se développer en l’absence d’oxygène, la souche identifiée a montré des gènes uniques lui permettant de faire face aux niveaux de stress oxydatif plus élevés dans le nez. », précisent les chercheurs, qui ont ensuite cherché à vérifier leurs résultats sur des témoins. Encore fallait-il trouver le bon modèle animal pour étudier l’interaction entre les bactéries du nez et l’hôte humain.

« Certains patients gagneraient à remodeler leur microbiome »

Finalement, l’équipe scientifique a créé un « spray nasal probiotique » contenant des lactobacilles, pulvérisé dans le nez 20 volontaires sains. Si d’ordinaire toute substance introduite dans le nez disparaît généralement dans les 15 minutes qui suivent, ces bactéries ont pu le coloniser pendant deux semaines sans effets indésirables, après deux semaines d’administration du spray deux fois par jour. Aucun effet potentiel sur la santé de cette intervention test n’a été mesuré scientifiquement, même si certains participants ont par la suité déclaré pouvoir respirer plus facilement. La prochaine étape consistera à en savoir plus sur les propriétés anti-inflammatoires bénéfiques de cette souche de bactéries.

Les chercheurs souhaitent en effet identifier les molécules antimicrobiennes que la souche de lactobacilles produit en plus de l’acide lactique. À terme, leur objectif est de développer un traitement à base de probiotiques nasaux permettant d’améliorer les symptômes des sinusites, (congestion nasale, douleur sous les deux yeux et les pommettes, maux de tête…). « Les patients atteints n’ont pas beaucoup d’options de traitement. Nous pensons que certains patients gagneraient à remodeler leur microbiome et à introduire des bactéries bénéfiques dans leur nez pour réduire certains symptômes. Mais nous avons un long chemin à parcourir avec des études plus poussées. », conclut le Pr Lebeer.

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